
Matthieu RICHELLE, La Bible et l’archéologie, (Eclairages), Charols/ Vaux-sur-Seine, Excelsis/ Edifac, 2011, 152 p.
Première contribution à une série équivalente – dans le domaine biblique/ théologique – à la collection Que sais-je ?, cet ouvrage explore les relations entre l’archéologie et le texte biblique. Pour ce faire, il présente, photographies à la clé, à la fois une introduction à la discipline qu’est l’archéologie et une discussion éclairante sur les débats médiatisés concernant l’époque de David et de Salomon.
Alors que des connaissances en matière d’archéologie ne sont aucunement nécessaires à l’étude de la parole de Dieu, qui dit « Évangile », dit aussi « histoire » – du salut, certes, mais celle-ci s’inscrit dans le cadre de l’histoire tout court (cf. l’article de Charles Kenfack dans le Maillon, printemps 2011). De ce fait, la question de l’articulation entre l’archéologie et les Écritures s’impose. Matthieu Richelle, jeune titulaire de la chaire d’Ancien Testament à la Faculté de Vaux-sur-Seine, a rendu un beau service à tout étudiant de la Bible souhaitant s’informer dans ce domaine. Pour un étudiant suivant un cursus dans un institut biblique ou une faculté de théologie, cet ouvrage serait pertinent pour plusieurs matières dont l’introduction à l’Ancien Testament, la bibliologie, l’apologétique, la critique textuelle.
Face à la diversité des conceptions quant à l’apport que devrait avoir l’archéologie pour l’exégète, Richelle nous met en garde contre une approche qui cherche à « prouver la Bible ». Aussi met-il en évidence les limites inhérentes à l’archéologie – les imprécisions, les ambiguïtés, les difficultés quant à la datation, le caractère partiel des fouilles (le caractère inaccessible de certains endroits)… Il nous met également en garde contre une approche qui érigerait l’archéologie en juge de l’historicité de la Bible, entre autres parce que « l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence » (p. 84, 101). On ne trouve aucune confirmation archéologique des récits concernant Abraham et sa famille ? Ce n’est pas étonnant :
Si une grande importance … est accordée [à Abraham], c’est seulement a posteriori, en raison de sa relation à Dieu et de son statut spirituel, et non parce qu’il aurait été suffisamment célèbre de son vivant pour marquer l’histoire du Proche-Orient : rien dans la Genèse, d’ailleurs, ne le laisse penser (p. 101).
On ne trouve aucune trace de l’exode dans les sources égyptiennes ? N’oublions pas que « les textes royaux égyptiens ne citent jamais d’éléments défavorables au pharaon, et que 99% de la documentation du delta du Nil est perdue » (p. 84).
Qu’en est-il de la thèse d’Israel Finkelstein qui met en cause le lien entre les vestiges de palais/de fortifications et le règne de Salomon ? Richelle y répond avec autorité (au chapitre 5). Malgré la vulgarisation de la chronologie de Finkelstein comme relevant d’un consensus, son point de vue n’a pas convaincu la communauté des spécialistes. Quant au cas de l’importance de Jérusalem en tant que ville à l’époque de la monarchie unie, le sujet reste débattu et les données incertaines, mais certaines recherches archéologiques vont tout à fait dans le sens du tableau biblique.
Quelques hésitations quant à notre appréciation du livre peuvent être évoquées – peut-être faudrait-il parler en termes de points d’interrogation. On aurait pu souhaiter que l’affirmation selon laquelle la Bible n’a pas besoin de bénéficier de preuves archéologiques, qui apparaît dans la conclusion (p. 146), soit davantage mise en lumière : l’Écriture s’auto-identifie, est digne d’être crue en elle-même (cf. le fameux « autopistos » de Calvin, Institution I, 7, 5), une autorité plus grande que Dieu n’étant pas concevable (Hé 6,13-18). De plus, la « datation longue » de l’exode (15e s.) aurait pu être mise en avant comme option valable, voire préférable. Par ailleurs, on pourrait être intrigué par l’hésitation apparente de Richelle devant l’ouvrage de Kenneth Kitchen sur la fiabilité de l’Ancien Testament. Il ne figure pas parmi les titres recommandés pour l’approfondissement du sujet (p. 149-150) ; la « visée apologétique » de Kitchen (p. 103) correspond-elle à une disqualification ? Quoiqu’il en soit, le livre d’Alan Millard (Des pierres qui parlent[1]), mentionné dans la liste de Richelle, peut être recommandé à titre de lecture qui commencerait à étancher la soif engendrée par la lecture, au préalable, de La Bible et l’archéologie[2].
Bonne lecture – et nous avons hâte d’accueillir un livre semblable de la plume du même auteur sur les manuscrits de la mer Morte (cf. p. 63) !
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Lumières archéologiques sur les lieux et les temps bibliques, tr. de l’anglais (Treasuries from Bible Times, 1985 ; Discoveries from the Time of Jesus, 1990) par Antoine DORIATH et Sylvette RAT,Cléon d’Andran, Excelsis, 1997, 352 p. ↩︎
Un autre ouvrage vient de paraître dans le domaine de l’archéologie : Alfred KUEN, L’archéologique confirme la Bible, Saint Légier, Emmaüs, 2012, 249 p. Son objectif est de « mettre entre les mains des croyants ébranlés dans leur foi par les affirmations d’une “science faussement ainsi nommée”, quelques faits mis à jour par les fouilles archéologiques qui confirment la fiabilité historique de la Bible ou qui permettent de mieux comprendre son contexte » (p. 13). ↩︎