
Jonathan EDWARDS, L’union dans la prière, Un appel à prier ensemble pour la propagation de l’Évangile, Adaptation de l’édition française (1823) de A Call to United, Extraordinary Prayer : An Humble Attempt…[1], 1748), Impact Héritage, Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes, 2022, 56 p.
Souvent considéré comme étant le meilleur théologien de l’histoire américaine, Jonathan Edwards a été grandement utilisé par Dieu pour les progrès de l’Évangile il y a près de trois siècles. Nous qui avons à cœur de vivre un « réveil[2] » au 21e siècle en Occident, nous pouvons constater, grâce à ce livre paru dans la collection Impact Héritage, à quel point la prière communautaire était importante pour Edwards. En effet, l’éditeur, Publications chrétiennes, ne cache pas son objectif : « Il serait heureux si ces pages pouvaient engager des millions de chrétiens francophones à s’unir pour présenter à Dieu de ferventes prières pour la propagation de l’Évangile et le succès des missions ! » (p. 11)
Est-ce réaliste de penser que ce court livre pourrait avoir un tel impact ? Avant d’y répondre, soyons sur nos gardes : « l’éditeur a choisi les parties qu’il juge les plus essentielles de l’essai d’Edwards » (p. 11). Nous devrions donc être circonspects quant à tout jugement porté sur le contenu, car nous ne disposons pas de l’intégralité du texte. Mais les convictions de l’auteur concernant l’avenir (son eschatologie postmillénariste) s’en dégagent assez clairement et paraissent étranges pour un lectorat francophone du 21e siècle. Celui-ci risque de ne pas comprendre pourquoi Edwards insiste autant sur le fait que « [l]a tranquillité des chrétiens après Constantin a été très brève » (p. 26, cf. p. 21, 25, 45). L’explication réside dans le fait qu’Edwards estime qu’il convient de rechercher un moment dans l’histoire de ce monde où « tout le genre humain sera amené au sein de l’Église de Dieu » (p. 24, cf. p. 29) – ce qui n’est pas arrivé à l’époque de Constantin. C’est à cela – à la « prédominance universelle de la vraie religion dans les derniers jours » (p. 21) que « l’avancement de l’Église et du règne de Christ » (p. 15) conduirait, et c’est pour cela qu’il faudrait prier (p. ex., p. 33).
Un lectorat évangélique francophone du 21e siècle pourrait-il transposer l’eschatologie de l’auteur en fonction de ses propres convictions et bénéficier quand même de l’appel fervent à prier que le livre met en avant ? Il le pourrait, mais il lui faudrait substituer des textes qui seraient convaincants aussi à ce titre-là. Il aurait du mal à contresigner ce type de propos : « Aucun passage de la Bible n’exprime avec autant de force l’importunité avec laquelle nous sommes appelés à prier qu’Ésaïe 62.6,7 : ‟Vous qui la rappelez au souvenir de l’Éternel, point de repos pour vous ! Et ne lui laissez aucun relâche jusqu’à ce qu’il rétablisse Jérusalem et la rende glorieuse sur la terre” » (p. 37).
A mon sens, l’ouvrage idéal, pour le but énoncé dans la préface, réunirait une théologie biblique de la mission[3] avec les forces des écrits de Edward M. Bounds[4] (motivant pour la prière) et de J. Gary Millar[5] (pour la démonstration du lien étroit dans les Écritures entre la prière et l’accomplissement du plan salvateur de Dieu).
Il n’en reste pas moins que ce livre d’Edwards est bien édifiant. Il vaudrait la peine de le lire dans le but d’imiter son zèle et son ardent désir de voir Dieu glorifié. Par ailleurs, la préface est bien éclairante sur le sérieux avec lequel bien de nos devanciers dans la foi ont pris la prière communautaire en vue de la propagation de l’Évangile. Si vous avez accès à un exemplaire de ce livre, je vous encourage à profiter, au minimum, de ces trois pages (9-11).
Le titre original n’est pas donné dans son intégralité. Il se lit ainsi : « An Humble Attempt to Promote Explicit Agreement and Visible Union of God’s People in Extraordinary Prayer for the Revival of Religion and the Advancement of Christ’s Kingdom on Earth, Pursuant to Scripture Promises and Prophecies Concerning the Last Time. » ↩︎
Pour la définition de ce terme, merci de consulter Benjamin EGGEN, « Devrions-nous rechercher un ‟réveil” ? (ou replacer l’Evangile au centre) », Le Maillon, hiver-printemps 2019, p. 6-11, https://www.institutbiblique.be/article?x=devrions-nous-rechercher-un-reveil-ou-replacer-l-evangile-au-centre (consulté le 30 juillet 2023). ↩︎
Cf. notre article « La motivation la plus performante qui soit pour l’évangélisation ? », Le Maillon, hiver-printemps 2021, p. 17-21. ↩︎
Power Through Prayer, s. l., s. d. (Rough Draft Printing, 2013, 96 p.), disponible gratuitement en ligne (p. ex., https://www.gutenberg.org/ebooks/65115, consulté le 30 juillet 2023). ↩︎
Calling on the Name of the Lord, A Biblical Theology of Prayer (New Studies in Biblical Theology 38), Londres/Downers Grove, Apollos/IVP, 2016, 262 p. ↩︎