
John Dickson, L’histoire peut-elle prouver l’existence de Jésus ?, tr. de l’anglais (Is Jesus History?, 2019) par Claire Romerowski, Marpent, BLF, 2024, 177 p.
Bien que le christianisme plonge ses racines dans l’histoire et la géographie, le nouvel athéisme laisse penser que tous les spécialistes ont unanimement écarté le Jésus historique. De nombreux auteurs médiatisés feraient passer les documents du Nouveau Testament pour des mythes. Mais l’auteur John Dickson, lui-même historien, nous révèle dans cet ouvrage ce qu’en disent véritablement les spécialistes non-croyants. Jésus est-il bel est bien historique ?
Pour répondre à cette question, l’auteur commente avec simplicité et clarté de nombreux documents historiques bibliques et extrabibliques ainsi que des éléments archéologiques, et s’appuie sur ses collègues historiens qui, pour la plupart, ne sont pas croyants (surtout aux ch. 5–9). Plusieurs extraits de textes en tous genres sont proposés à la fin de chaque chapitre pour agrémenter la réflexion. Nous saluons au passage les efforts de la part des éditeurs pour recommander des ressources bibliographiques disponibles en français et équivalentes à celles proposées par l’auteur, en anglais.
Cela dit, c’est pour deux autres raisons que nous avons particulièrement apprécié la démarche de l’auteur et qui le distingue de Jésus, l’enquête de Lee Strobel, par exemple. Premièrement, Dickson explique ce en quoi consiste la méthodologie de l’historien, il en présente l’évolution au cours des derniers siècles. Comment savons-nous ce que nous savons ? Les artéfacts ne suffisent pas : nous croyons—nous avons la foi dans—des témoignages dont il a fallu déterminer la fiabilité. C’est le cas dans la vie de tous les jours, et il en est de même des événements historiques comme de la vie de Jésus.
Nous avons aussi aimé la conclusion du livre. Il est de plus en plus largement accepté parmi les spécialistes que les sources néo-testamentaires sont fiables et solides. Si elles relataient d’autres événements (les exploits d’Alexandre le Grand, p. ex.), on les accepterait sans hésitation sur la base de la qualité des témoignages. Pourtant, bien qu’elles soient dignes de confiance, quand il s’agit de la résurrection de Jésus, on choisit de s’y fier ou pas sur la base de « nos croyances de base, de nos préférences et de nos expériences » (p. 153). C’est ce que John Dickson appelle l’« éternelle énigme » de la résurrection (ch. 10). L’histoire, loin de remettre en doute le christianisme, questionne les idées préconçues des sceptiques.
Ce livre est donc une excellente apologie de l’historicité de la foi chrétienne, fondée sur les mêmes méthodes qui nous permettent de connaître tout autre événement du passé. Il est particulièrement destiné à un incroyant qui cherche une introduction au sujet. Toutefois—et c’est l’une des forces du livre—le lecteur est invité à ne pas en rester aux faits, mais à tirer ses propres conclusions, à être prêt à remettre en question ses propres idées. Aussi ce livre n’est-il pas et n’a-t-il pas pour vocation d’être la fin de la conversation (plusieurs suggestions de lectures sont offertes en fin d’ouvrage pour aller plus loin, en anglais et en français). Il ne fait que corriger certains a priori afin de laisser la place à la lecture et la méditation du message même des textes bibliques.