
Neal Blough, L’Évangile comme récit de paix, L’Église face à la guerre et à la violence, Charols, Excelsis, 2025), 288 p.
Neal Blough commence la préface de L’Évangile comme récit de paix en expliquant réfléchir aux questions liées à la violence, à la guerre et à la paix d’un point de vue mennonite (donc pacifiste) depuis environ cinquante ans. Cela n’étonnera pas le lecteur, tant il paraît évident que la richesse, l’intelligence et la mesure de la pensée de l’auteur ne peuvent être le fruit d’un travail hâtif. Sa publication en 2025 tombe à point, dans un monde en proie à une multiplication préoccupante de conflits armés.
L’ouvrage est composé de huit chapitres qui abordent les questions de la violence, de la guerre et de la paix d’un point de vue biblique, théologique, historique et (un peu) politique. La thèse centrale du livre est que l’Évangile est un récit de paix, comme le présente son titre, et que, de ce fait, les églises et les chrétiens se doivent d’être des artisans de paix dans un monde touché par la guerre et tous les maux qui l’accompagnent, en proposant un mode de vie communautaire et individuel basé sur la non-violence et la recherche active d’une paix juste. Selon l’auteur, cette attitude plonge ses racines dans la christologie (le Christ qui donne sa vie sur la croix pour des ennemis) et dans l’eschatologie (Dieu jugera toute chose en son temps et nous vivons actuellement le temps de sa patience).
L’auteur se démarque ainsi nettement de la « doctrine chrétienne de la guerre juste », dont le but est de définir les conditions qui autorisent le chrétien (ou le prince chrétien) à prendre part à des guerres. Il récuse également ce qu’il nomme le « réalisme politique », qui justifie le recours à la violence comme seule façon efficace de résister à l’agression. Au premier concept, il oppose celui de « paix juste » ; au second, celui de « pacifisme réaliste » (p. 258).
Pour développer sa thèse, l’auteur s’appuie sur une lecture approfondie des textes bibliques (le ch. 2 propose notamment une lecture intéressante du livre de l’Apocalypse) et sur la maîtrise d’un intéressant corpus d’auteurs ayant réfléchi aux questions qui le préoccupent (avec un accent particulier placé sur la question du rôle central joué par l’église dans la promotion d’une culture de la non-violence). Cela rend la lecture de cet ouvrage stimulante et instructive. L’honnêteté et l’humilité avec lesquelles l’auteur fait face aux difficultés soulevées par son propos sont également exemplaires.
Si la thèse générale de L’Évangile comme récit de paix m’est plutôt sympathique, je peine toutefois à entrer complètement dans les vues de l’auteur. Voici deux champs de réflexion que Neal Blough pourrait développer en vue de prolonger la discussion avec des chrétiens n’adhérant pas à son pacifisme. Premièrement, la question de la « guerre juste » mériterait un traitement plus attentif. Je ne suis en effet pas convaincu qu’il fasse suffisamment honneur aux développements historiques et théologiques de cette doctrine, souvent marqués par une grande modération. Deuxièmement, l’auteur gagnerait à mieux distinguer les concepts de « force » et de « violence ». Cela affinerait en effet la portée politique de son travail. Les questions de l’exercice de la justice (notamment pénale), de l’intervention des forces de police et en dernier recours de l’armée pour la préservation de la sécurité de la communauté politique ne sont à mon avis pas développées avec suffisamment de précision dans ce livre. Une réflexion sur la notion de force comme vertu qui résiste au mal ouvrirait, enfin, un champ de réflexion qui permettrait d’aborder notamment la question de la possibilité, pour des chrétiens, de travailler au service de l’état, dans le domaine de la justice, de la police ou de l’armée.