L’évangélisation en toute honnêteté

Recension
Calendar18 mars 2023
PersonDemelza Soumagnas
Couverture

Rico TICE avec Carl LAFERTON, L’évangélisation en toute honnêteté, Comment parler de Jésus même lorsque c’est difficile, tr. de l’anglais (Honest Evangelism, 2015) par Vincent COLLET, Trois-Rivières [Québec], Publications Chrétiennes, 2022, 142 p.

« Dieu est le grand évangéliste, le grand chercheur et trouveur de personnes ; et il invite ses fidèles à participer à la même quête avec la même émotion » (p. 16).

Mais pourquoi avons-nous tant de mal à prendre part à la mission que Jésus a fixée ?
 
Ce court ouvrage sera profitable pour tout chrétien, qu’il soit jeune ou plus mûr dans la foi. L’auteur part du principe que Dieu appelle tout chrétien à évangéliser ses voisins, ses amis, sa famille. Rico Tice rassurera le jeune lycéen confronté pour la première fois à l’hostilité de ses camarades à cause de l’annonce de l’Evangile. Il remettra aussi en question le cœur du croyant de longue date qui n’évangélise plus. Son « cardiogramme spirituel » au chapitre 3 nous aidera à déraciner les idoles de notre cœur qui tiédissent notre enthousiasme pour l’évangélisation.
 
Avec douceur et honnêteté, l’auteur reconnaît le grand défi de l’évangélisation, en identifiant tout particulièrement notre crainte de la souffrance. Parler de Jésus, c’est progresser sur un terrain inconnu : allons-nous rencontrer l’hostilité ? Trouverons-nous un appétit spirituel chez notre interlocuteur ?
 
Tice, auteur et évangéliste à temps plein, explique que lui aussi doit se préparer à franchir cette ligne de souffrance chaque fois qu’il parle de Jésus. Il nous prévient qu’il n’y a pas d’échappatoire à l’hostilité dans l’évangélisation. En effet, Jésus nous envoie comme des brebis parmi les loups. Faisant preuve de réalisme, il nous donne des raisons d’être optimistes. Il existe bien de l’appétit chez nos concitoyens, et notre Dieu souverain nous a placés dans leurs vies pour sauver le plus grand nombre.
 
Alors pourquoi se faire violence et prendre le risque d’évangéliser ? Tice s’appuie sur trois vérités clé de l’Evangile : la gloire de Jésus, la nouvelle création, la sombre réalité de la mort et de l’enfer. Et comment rester motivés ? Au travers du message de l’Evangile lui-même qui est assez puissant pour motiver durablement nos cœurs : Dieu est souverain, Dieu est gracieux, Dieu est puissant.
 
Dans la deuxième partie de son livre, l’auteur passe à l’aspect pratique. Quel est le contenu de l’Evangile ? Il propose un schéma qui nous prépare en amont à présenter le message : l’évangélisation c’est parler de l’identité, de la mission et de l’appel de Jésus. Comment faire concrètement ? Être soi-même. Pensons à la personne qui a partagé l’Evangile avec nous : son intégrité, sa sincérité, son souci de l’autre. Voici ce qui nous a marqués. C’est un message libérateur qui nous rassure  : Dieu nous utilise avec la personnalité qu’il nous a donnée. Trop souvent les livres sur l’évangélisation oublie le rôle de l’Eglise dans l’évangélisation, mais Tice nous donne une vision de l’église en mission ensemble. L’Eglise locale « procure de la crédibilité à l’Evangile » et « constitue le médium que Dieu a prévu pour propager son message » (p. 113-114). 
 
Au chapitre 7, l’auteur présente le contexte particulier, les opportunités et les obstacles particuliers au Royaume-Uni, pays où l’auteur réside. Il constate que la tolérance et la permissivité priment dans la culture et il en tire deux principes pour l’évangélisation : « Témoigner est un engagement à long terme qui exige d’investir dans une relation, de prier sans relâche, et de proclamer l’Evangile encore et encore, avec patience et persévérance. C’est un voyage fait de conversations autour de l’Evangile » (p. 119). Deuxièmement, un témoignage efficace nous implique nous-mêmes : « Il est de plus en plus difficile d’emmener les gens entendre un enseignement biblique ; vous devez leur apporter la Bible » (p. 120).
 
Malgré les spécificités géographiques de ce chapitre, son appel reste stimulant et valable pour l’Eglise en francophonie, car même s’il y a des différences, il y aussi beaucoup de points communs. Dans notre culture aussi, il y a de fortes chances que nos amis ne mettent pas les pieds dans un bâtiment d’église. Veillons donc à leur apporter intentionnellement la Bible. Tout chrétien peut faire ce travail d’évangélisation en tête à tête, dans le contexte d’une amitié. Tice suggère une série de questions à poser à un ami autour de la Bible et nous encourage à franchir la ligne de souffrance par la prière.
 
En partageant des histoires personnelles en toute honnêteté, y compris ses échecs et ses regrets, mais aussi « cette joie extatique » (p. 16) qui arrive lorsque le Seigneur trouve des gens perdus, Tice nous offre un ouvrage motivant, facile à lire et abordable pour chaque membre de l’Eglise. Il ne propose pas de stratégies, ni de techniques, ni de réponses aux questions apologétiques. Il considère que l’Evangile lui-même est capable de nous motiver et de nous équiper pour cette tâche d’évangélisation, et que le cœur de notre évangélisation consiste avant tout à avoir un cœur qui aime Jésus au-dessus de tout autre chose. Je recommande ce livre sans hésitation. Prions que Dieu s’en serve pour la gloire de son Fils en francophonie.