
J. Mack STILES, L’Evangélisation, Comment toute l’Eglise témoigne de Jésus-Christ, tr. de l’anglais (Evangelism, 2014), 9Marks, Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes, 2022, 192 p.
Il y a 2000 ans, avant son ascension, Jésus a laissé une mission à ses disciples : faire de toutes les nations des disciples (Mt 28,19-20). Ce commandement est simple à comprendre, mais nous avons tant de mal à le vivre, et surtout en Église. Comment installer une culture d’évangélisation dans nos communautés en sorte que chacun soit impliqué dans cette mission que notre Sauveur nous a laissée ? Dans ce livre, Mack Stiles, ancien dans une Église à Dubaï, encourage par la parole, et avec des pistes pratiques, les responsables d’Église à vivre l’évangélisation comme quelque chose qui est intégré dans la mission de l’Église à tel point que cela devient une partie de sa culture.
Il commence par définir l’évangélisation biblique et partage des pistes pour développer une culture d’Église où chacun partage sa foi au quotidien, convaincu de sa responsabilité individuelle de « communiquer sa foi, en multipliant les efforts individuels »[1]. Stiles met plus l’accent sur les motivations du cœur des croyants qui s’engagent dans une culture d’évangélisation que sur les méthodes et leur « succès ». L’amour envers Jésus et son Évangile, la confiance en l’Évangile, une juste compréhension du besoin de nos contemporains et un désir de travailler ensemble vers un but commun : tant d’attitudes doivent en effet être les moteurs d’une telle culture.
Nous apprécions son réalisme sur les justes attentes à avoir lorsqu’on s’engage dans l’évangélisation et sa façon d’évaluer nos démarches, se concentrant plus sur la fidélité à l’Évangile que sur les résultats, comme quand il affirme : « les résultats ne sont jamais un facteur de motivation pour guider ou justifier une certaine pratique d’évangélisation »[2].
Nous noterons cependant que certains présupposés de l’auteur nous semblent manquer d’appuis bibliques. Il affirme, par exemple, que chacun doit être capable d’enseigner l’Évangile et que, bien plus, « Si vous ne savez pas enseigner l’Évangile, vous ne le comprenez peut-être pas vraiment. Et si vous ne le comprenez pas, vous n’êtes peut-être pas un véritable croyant »[3]. Par ailleurs, il soutient, également sans appui biblique, que chaque croyant a la responsabilité d’être proactif en s’efforçant de parler de l’Évangile au quotidien.
L’auteur propose un modèle qui promeut l’annonce de l’Évangile en communauté tout en s’éloignant des programmes d’évangélisation classiques qu’il recommande d’utiliser avec modération à cause du fait qu’ils portent, selon son appréciation, peu de fruit, nécessitent beaucoup d’efforts et donnent souvent une impression d’avoir accompli de l’évangélisation sans que cela ait été réellement le cas. Il ne fustige pas toutes ces méthodes, mais il dénonce également le fait que certaines d’entre elles incluent de la manipulation, du mensonge et un désir de succès personnel.
La solution qu’il propose est de partir des principes bibliques d’une évangélisation centrée sur l’Évangile, c’est-à-dire de l’annonce globale du message avec une vision claire du but qui est une conversion véritable. La définition de l’évangélisation qu’il propose est : « enseigner l’Évangile dans le but de convaincre. »[4]
Ce livre ne propose pas une culture individualiste où chacun(e) est seul pour accomplir sa mission personnelle. Au contraire, toute l’Église se sent concernée en accueillant les non-croyants et en partageant sa vie et son temps avec eux sans mettre la responsabilité des programmes sur les responsables. Il présente une Église où tous les ministères sont centrés sur l’Évangile et où chacun(e) se sent alors libre d’inviter des amis et voisins avec l’assurance que chacun(e) aura l’occasion d’entendre la bonne nouvelle, rencontrer des croyants véritables et voir l’amour fraternel en action. L’Église qui vit une culture d’évangélisation est « une communauté aimante, engagée dans l’annonce de l’Évangile comme mode de vie permanent, plutôt qu’un occasionnel événement éclair d’évangélisation »[5].
L’auteur prend également le temps d’expliquer ce qu’est vraiment l’Église et quelle est sa mission, ce qu’est l’Évangile et comment ce message devient également un style de vie pour celui qui l’a accepté. Il met en garde contre la tendance à présupposer que chaque personne qui se présentera comme croyant en arrivant dans une Église est véritablement convertie. Sans tomber dans une méfiance obsessionnelle face aux personnes qui confessent la foi, il nous invite à nous réjouir tout en attendant de voir une foi persévérante.
Ce livre est un plaidoyer pour l’implantation d’une culture d’évangélisation dans toutes les Églises. À la lecture on commence à désirer voir cela mis en œuvre dans notre monde francophone où tant de nos contemporains se perdent faute d’avoir entendu l’Évangile.
Sur la forme, le style d’écriture est marqué par le modèle nord-américain, avec beaucoup d’illustrations et d’exemples qui appuient le propos de l’auteur mais qui pourraient parfois noyer l’information principale. La traduction est parfois un peu hasardeuse et certaines phrases sont difficiles à comprendre (par exemple, p. 42 : « Être capable d’enseigner l’Évangile est profitable pour notre vie spirituelle, car cela fait en sorte que nous vivions conformément aux thèmes de l’Évangile. »).
Mais la thèse de l’auteur est appuyée par les Écritures et son expérience du ministère. Nous recommandons de tout cœur la lecture de ce livre aux membres et surtout aux responsables d’Églises qui aimeraient voir nos Églises prendre leur place dans la mission de Dieu et nos contemporains entendre l’Évangile de Christ proclamé dans le cadre de relations amicales.