L’éthique selon la Bible

Recension
Calendar6 juillet 2024
PersonJoël Favre
Couverture

David W. Gooding, John C. Lennox, L’éthique selon la Bible, tr. de l’anglais (The Bible and Ethics, 2015) par Jonathan Hanley, Éditions LLB, Valence, 2023, 351 p.

Pourquoi devrions-nous dire la vérité ou accorder de la valeur à une vie humaine ? Pourquoi ne devrions-nous pas traiter autrui comme bon nous semble ? Pendant longtemps, ces questions ne se posaient même pas. Car dans l’ensemble, les gens partageaient des valeurs morales communes. Mais avec le déclin de la religion en Occident, et sans rien pour la remplacer, le danger du chaos moral est bien réel.

C’est par ce constat que commence ce nouveau livre de Gooding et Lennox. Leur thèse est que le seul espoir face au chaos moral du monde se trouve dans l’enseignement éthique de Jésus : « Si chacun prenait au sérieux le commandement du Christ de ‶faire aux autres ce que nous voudrions qu’ils nous fassent″ et ‶d’aimer même nos ennemis″, le monde deviendrait du jour au lendemain un endroit plus heureux » (p. 8). Mais comme l’enseignement éthique de Jésus plonge ses racines dans l’Ancien Testament et se prolonge dans la suite du Nouveau Testament, Gooding et Lennox proposent dans cet ouvrage de faire un survol « de la Bible dans son ensemble » (p. 9), pour en tirer les principales leçons éthiques.

Quels sont les points forts du livre ?

Premièrement, sa visée apologétique indéniable, qui en fait une excellente ressource à recommander à un ami non-croyant ou à un jeune chrétien. De l’aveu des auteurs eux-mêmes, ce livre vise un lectorat qui n’est pas forcément chrétien et qui « n’a peut-être même [jamais] lu la Bible » (p. 9). Aucune connaissance biblique préalable n’est requise pour suivre le raisonnement des auteurs. De plus, l’utilisation d’analogies et de notes explicatives tout au long du livre en facilite grandement la lecture. L’un des buts que Gooding et Lennox semblent s’être fixés est de convaincre leurs lecteurs de la supériorité de l’éthique chrétienne, en montrant que la Bible apporte les réponses les plus pertinentes aux questions de la vie.

Deuxièmement, son message foncièrement évangélique, qui rappelle que la bonne nouvelle de Jésus est le pivot central de tout son système éthique. Les auteurs insistent à plusieurs reprises qu’« on ne peut isoler l’enseignement éthique de Jésus et l’étudier simplement en tant que système éthique sans tenir compte de sa personne [et de son œuvre] » (p. 208). Sans le pardon des péchés et le don de l’Esprit qu’offre Jésus à tous ceux qui placent leur foi en lui, il est impossible à l’homme de vivre selon les normes éthiques du Christ. La solution au chaos moral du monde n’est donc pas juste d’enseigner l’éthique de Jésus, mais d’annoncer l’évangile de Jésus. Les chapitres 23 à 33 sont particulièrement éclairants sur ce point.

Troisièmement, sa méthode qui est sensible au déroulement de l’histoire du salut, culminant dans la personne et l’œuvre de Jésus. Au lieu d’aborder l’éthique chrétienne de manière thématique (sexualité, travail, argent, etc.), les auteurs ont fait le choix de suivre le déploiement narratif des Écritures, de la Genèse à l’Apocalypse. Le principal avantage de cette approche est qu’elle souligne la grande cohérence interne de la Bible : du début à la fin, celle-ci présente un message unifié.

Mais ce dernier point – qui est l’une des grandes forces de ce livre – est aussi sa plus grande faiblesse…

En effet, les auteurs ayant fait le choix de suivre le fil du récit biblique, c’est en vain que le lecteur cherchera un enseignement systématique sur un sujet précis. Qu’enseigne la Bible sur la question du divorce ou du remariage ? Comment un chrétien doit-il gérer son argent ? Existe-t-il une écologie chrétienne ? Autant de questions – parmi de nombreuses autres ! – qui ne trouvent pas de réponses dans ce livre.

Notons aussi que, pour un livre qui – pourtant – fait la part belle à la « théologie biblique », il est très étonnant que le sujet du développement des alliances ne soit pas très traité. Rien n’est dit, par exemple, sur le rôle de la loi mosaïque dans la vie d’un croyant de la nouvelle alliance. Rien n’est dit, non plus, de la relation entre les mandats créationnel (Gn 1.26-28) et missionnaire (Mt 28.18-20). Il est juste précisé à la page 265 que « le chrétien est guidé par deux systèmes d’éthique… [Car] en plus de l’éthique de la création, les disciples chrétiens sont également liés à l’éthique de la rédemption ». Mais les auteurs ne se donnent pas la peine de préciser le lien entre ces « deux systèmes d’éthique »…

Pour ces différentes raisons, l’ouvrage de Gooding et Lennox doit être considéré comme une bonne introduction à l’éthique chrétienne. Mais la lecture de ce livre devrait être complétée par celle d’ouvrages plus complets, comme par exemple, Vivre en chrétien aujourd’hui, publié par La Maison de la Bible[1].


  1. Alain Nisus, Luc Olekhnovitch, Louis Schweitzer, sous dir., Vivre en chrétien aujourd’hui. Repères éthiques pour tous, Romanel-sur-Lausanne, La Maison de la Bible, 2015, 800 p. Ceux qui maîtrisent l’anglais pourront aussi se tourner vers les ouvrages suivants : Wayne Grudem, Christian Ethics: An Introduction to Biblical Moral Reasoning, Wheaton, Crossway, 2018, 1296 p. ; John Frame, The Doctrine of the Christian Life, Phillipsburg, P&R Publishing, 2008, 1104 p. ↩︎