L’Espérance

Recension
Calendar25 février 2022
PersonCharles Kenfack
Couverture

Donald COBB, L’Espérance, Comment demain transforme aujourd’hui, Charols, Excelsis, 2020, 64p.

L’Espérance de Donald Cobb vient précieusement étoffer la collection « Question suivante » éditée par les GBU et déjà bien fournie[1]. Cette collection veut prioritairement faire réfléchir les « étudiants des grandes écoles et des facultés »[2] sur des questions essentielles. Cependant, pasteurs et croyants en bénéficieront largement !

Fermement appuyé sur la Parole de Dieu, l’auteur commence par souligner que le point de départ de l’espérance chrétienne est la foi dans le Christ mort et ressuscité (p.8). S’il est habituel et nécessaire d’insister sur la croix où, par son sang versé, le Christ efface nos péchés et devient notre Seigneur, Cobb veut davantage placer les projecteurs sur le Christ ressuscité[3] pour nous rappeler qu’il est le Seigneur de nos corps qu’il ressuscitera (cf. 1Co 15.35-58 ; Lc 24.36-43 ; Jn 20.19-31) !

C’est sur cette base de la mort et la résurrection de Jésus que Cobb lance une série de questions sur l’espérance chrétienne dont, soutient-il, les réponses courantes semblent davantage s’inspirer « de la pensée païenne que de l’Ecriture » (p.19).

Cobb montre qu’au-delà du ciel, ce que le croyant attend, c’est la résurrection de son corps.
Au sujet de l’enfer, et contrairement à ce que beaucoup croient de nos jours, l’auteur signale que la chanson de Michel Polnareff (« On ira tous au paradis ») cadre difficilement avec la Bible qui « parle clairement de ceux qui “périssent” loin de la voie du Seigneur » (p.31). Ceux-ci vivront loin de la présence de Dieu, connaîtront le châtiment éternel communément appelé « l’enfer » et seront tourmentés dans une « souffrance consciente », rongés « de douleur et de regrets » (p.33s). L’auteur mène ensuite courageusement une réflexion sur l’enfer et le châtiment graduel (selon les œuvres) qui y sera vécu (p.35-44).

Le jugement ouvrira la voie à la nouvelle création qui, dans la perspective de l’auteur, n’est pas simplement la disparition de l’ancien monde, remplacé par le nouveau (p.47). En effet, comme l’ont montré les réformateurs et plusieurs théologiens[4], la présente terre ne sera pas seulement remplacée, mais purifiée (cf. Rm 8.18-23, 2Pi 3.10-13…).

« A quoi peut ressembler une vie d’espérance ? » On apprécie que les questions de l’auteur ne restent pas spéculatives, mais gardent un lien avec la vie chrétienne pratique. En effet, Cobb montre comment l’espérance de la vie dans le nouveau monde doit transformer notre existence présente, notamment par un regard positif sur nos circonstances, tout en jouissant de toutes les bonnes choses que Dieu met à notre disposition, sans toutefois être « accrochés aux possessions ou à la vie matérielle » (p.58). Pourquoi une telle attitude ? C’est que, plaide Cobb, ce qui nous attend est largement meilleur (cf. 1Co 7.31)… Ce style de vie s’exerce en cherchant à ce que tout autour de nous reflète davantage, même si imparfaitement, « la beauté, la justice, l’intégrité et la perfection du royaume eschatologique » sans oublier le souci des autres et la hardiesse dans le témoignage du Christ ressuscité (p.59s). De manière concrète et dans plusieurs domaines (société, Eglise et famille), Cobb donne des pistes concrètes que le chrétien peut immédiatement mettre en application pour traduire l’espérance et la joie qui l’animent (p.61-63).

Bien que son propos soit principalement encourageant, Cobb ne manque pas d’avertir le lecteur ou de lui donner une vision plus globale ou même de se prononcer sur certains débats. Par exemple, tout en mettant en évidence la réflexion de Barth sur la résurrection, on apprécie la mise en garde de l’auteur sur la théologie de Karl Barth (p.17, n.15). En effet, dit-il (p.18), le tombeau vide « fonde » et « définit »[5] l’espérance de la foi chrétienne, de sorte que celui qui a cette espérance dans le Seigneur « se purifie, comme lui le Seigneur est pur » (1Jn 3.3).

Nous apprécions aussi que Cobb replace dans son contexte historique le débat sur l’avenir de ce vieux monde. Il souligne alors que l’hypothèse du remplacement de ce dernier est la conception de beaucoup d’évangéliques majoritairement dispensationalistes, la conception de Cyrus I. Scofield ayant été popularisée par C.S. Lewis[6].

Cobb n’a pas peur de se prononcer sur les questions textuelles comme celle relative à la finale de Marc. Entre ceux qui prétendent que Marc 16.8 est la fin de l’Evangile authentique et la majorité des Bibles actuelles qui y adjoignent les versets 9-20, l’auteur tranche par ces mots : « La solution la plus satisfaisante est que la conclusion primitive de l’évangile s’est perdue très tôt et fut remplacée par celle que nous connaissons aujourd’hui » (p.11, n.4).

Notons, pour terminer, que tout au long des notes de bas de page, le lecteur est heureux de voir plusieurs noms d’auteurs connus du milieu évangélique : N. T. Wright (p.7,24), H. Blocher (p.32ss,42), J. Murray (p.49). Cependant, on peut être surpris de ne pas trouver de référence à certains titres sur le sujet comme, par exemple, Randy Alcorn, Les pieds sur terre, les yeux vers le ciel (paru fin 2017) ou L’espérance chrétienne (2012) de Henri Blocher…

Cela dit, nous sommes reconnaissant à Donald Cobb, car, à coup sûr, la lecture de son petit ouvrage est bienfaisante, encourageante, et contribue à rendre notre foi plus conséquente.


  1. Parmi les nombreux titres disponibles, citons La conversion : manipulation ou transformation ?, Sexe et désir, La Trinité : mystère futile ou réalité essentielle ?↩︎

  2. Cf. https://www.xl6.com/collections/question-suivante (consulté le 23 août 2021). ↩︎

  3. L’auteur fustige certains milieux évangéliques qui n’insistent que « sur la mort du Christ » à la croix (p.10), la résurrection ne servant dans ces milieux qu’à « montrer que le pardon nous est réellement donné ». Cette conception est démentie par plusieurs versets comme 1Co 15.17-19, Rm 4.24s. ↩︎

  4. Luther et Calvin en particulier, mais aussi Irenée de Lyon (2e s.), Jean Chrysostome, Augustin (4e s.), Jérôme (5e s.) et Thomas d’Aquin (13e s.). ↩︎

  5. Les italiques sont de l’auteur. ↩︎

  6. Dans Chroniques de Narnia, La dernière bataille (p.202), Lewis décrit le nouveau monde comme étant « le “pays d’Aslan” qui ressemble à Narnia mais en plus grand et plus beau ». ↩︎