L'Église : un bilan de santé

Recension
Couverture

Mark DEVER, L’Église : un bilan de santé, tr. de l’anglais (What is a Healthy Church?, 2007) Lyon/Montréal, Clé/SEMBEQ, 2008, 116 p.

Nous avons toutes et tous des attentes quant à ce qui devrait se passer dans nos Églises et des critères selon lesquels nous les évaluons. Certains aspects sont des sources de bénédiction, d’autres de frustration – et peut-être malheureusement de division.

Que faire lorsque l’Église ne répond pas à mes attentes ? Si je n’y trouve pas ma place, ou si le style du pasteur me déplaît, ou si la musique laisse à désirer, vaudrait-il mieux se plaindre, ne rien dire, ou trouver une autre Église ? Avons-nous vraiment besoin de l’Église, ou pourrions-nous nous en passer complètement ? Et lorsque j’arrive dans une nouvelle Église ou que je pense à celle que je fréquente, comment évaluer ce qui s’y passe ?

Le pasteur Mark Dever répond à ces questions et à bien d’autres encore dans ce petit ouvrage fort utile. C’est un livre qui s’adresse non seulement aux pasteurs mais encore « à tous les chrétiens » (p.11), et qui met le chrétien devant ses responsabilités : « vous, ainsi que tous les membres de votre Église, êtes responsables devant Dieu de ce que devient votre assemblée, non pas votre pasteur ni les autres responsables, mais vous » (p. 12). L’auteur démontre aussi que nous avons besoin d’une Église locale en bonne santé (p. 15) ; c’est là que nous allons montrer dans la pratique que nous appartenons à l’Église universelle de tous les chrétiens du monde ; c’est là aussi que se manifestera l’Évangile et que nos dons seront mis au service des autres (p. 20-22).

Par un bref survol de la Bible, Dever étale les données de ce qu’est véritablement une Église. Il nous rappelle que l’essentiel de l’Église porte sur notre identité, non sur le genre de culte ou sur l’ambiance qui caractérise nos rencontres (p. 38). Nos activités à titre d’obéissance à la volonté de Dieu expriment le fait que nous avons été réconciliés et unis par la mort et la résurrection de Jésus-Christ (Ep 2,13-22).

Vient ensuite un chapitre traitant de la santé des Églises. Nous nous reposons peut-être sur des indices trompeurs, tels que les finances ou le nombre de personnes présentes lors d’un culte. Or, « une Église saine est une assemblée qui reflète chaque jour un peu plus le caractère de Dieu, tel qu’il a été révélé dans sa Parole » (p. 32). C’est en effet au crible de cette Parole que nous devons passer notre comportement et nos structures, afin de plaire à celui qui nous a appelés et sauvés. « Le défi le plus important que les Églises d’aujourd’hui doivent relever n’est pas de trouver comment être « pertinentes », « stratégiques », « sensibles », ou même « avisées », mais d’arriver à comprendre comment être fidèles, écouter, faire confiance et obéir » (p. 46).

Pour savoir si notre Église est réellement en bonne santé, Dever nous propose neuf marques à titre de « tests ». Celles- ci « ne décrivent pas tout ce qui pourrait être dit sur une Église. Elles ne traitent pas nécessairement des sujets que [nous estimons] les plus importants » (p. 49). Plutôt, ce sont des caractéristiques qui sont parfois absentes mais devraient être présentes pour le bon fonctionnement de l’Église. Trois d’entre elles sont jugées essentielles par l’auteur ; les six autres sont importantes.

Première marque essentielle d’une Église en bonne santé : une prédication qui expose un texte biblique (p. 51). Nous serons peut-être surpris de trouver cette caractéristique en premier lieu, mais selon Dever l’Église saine doit démontrer qu’elle désire entendre la Parole de Dieu, et cette méthode de prédication (plutôt qu’une approche thématique ou dogmatique ou narrative) lui permet de comprendre et de mettre en pratique un passage de la Bible à la fois.
Il mentionne que ce n’est pas la seule façon de prêcher légitime ni une question de style. Il précise certains avantages dont le fait que le prédicateur doit creuser un texte et découvrir ce qu’il ne sait pas déjà, plutôt que d’exposer les idées qu’il avait déjà en tête avant de commencer (p. 53) !
Ainsi, l’Église entend la voix de Dieu sur des questions autres que celles prévues au préalable par le prédicateur, d’où l’importance de ce genre de prédication et du travail de préparation que cela requiert.

Deuxième marque essentielle d’une Église en bonne santé : une théologie biblique. Par là il veut dire tout simplement que nos systèmes de théologie doivent être soumis à l’Écriture. Une Église saine a besoin de la « saine doctrine » qui est mentionnée en 1 Timothée 1,10 et Tite 2,1, entre autres pour que sa vie plaise au Seigneur.

Les sujets importants, qui sont souvent soulignés dans la Bible, sont ceux qui devraient nous préoccuper. Par exemple, « [s]i nous sommes chrétiens, pouvons- nous avoir la certitude que Dieu continuera à prendre soin de nous ?

Si oui, ses soins constants dépendent-ils de sa fidélité ou de la nôtre ? » « Ces discussions ne sont pas l’apanage de théologiens zélés ou de jeunes étudiants d’instituts bibliques. Elles sont capitales pour tous les chrétiens. » (p. 60). Sur d’autres sujets, il y a évidemment de la place pour la divergence d’opinion dans une communauté (p. 59).

Troisième marque essentielle : une compréhension biblique de la bonne nouvelle (p. 63). Cela semble évident, et pourtant tous ne s’aperçoivent pas que dans la pratique la bonne nouvelle du salut est souvent remplacée par la bonne nouvelle de l’amour de Dieu ou celle d’avoir Jésus comme ami. Bien que ce soit merveilleux de connaître l’amour de Dieu, le contenu de l’Évangile ne se résume pas par l’idée que Dieu est amour. « En diluant le message de l’Évangile, nous courons le risque que les conversions ne soient pas authentiques et que l’appartenance à l’Église devienne de plus en plus insignifiante… » (p. 65).

Je ne veux pas dévoiler tout le contenu du livre, parce qu’il vaut bien les € 9.90 qu’il faut payer, mais il reste encore six marques de l’église saine – des marques importantes cette fois plutôt que des marques essentielles. Ce sont : une compréhension biblique de la conversion, de l’évangélisation, de l’affiliation des membres, d’une équipe dirigeante, de la discipline dans l’Église, et de comment croître et faire des disciples. Pour chacune de celles-ci, Dever parcourt les données bibliques et explique son point de vue avec des exemples pratiques.

De cette manière, il redresse ce qu’il perçoit comme un manque de préoccupation pour les « caractéristiques bibliques qui devraient distinguer une Église vivante et croissante » (p. 104). Ces marques se complètent et découlent des marques essentielles.

Ce livre provocateur va peut-être vous sembler exagéré ou trop restrictif. Voici donc quelques raisons de le lire :

D’abord, Dever fait preuve de réalisme.  Il n’est pas un théoricien distant. Il sait qu’une Église est toujours en voie de développement et n’est pas toujours idéale. Il reconnaît que « l’Église est composée d’individus, de personnes que nous sommes appelés à encourager, à pardonner, à servir, à mettre parfois au défi mais par-dessus tout, à aimer » (p. 70). En effet, l’Église parfaite n’existe pas. Il faut distinguer entre l’essentiel et l’important (p.69). Mais « les chrétiens, et particulièrement les pasteurs et les responsables, doivent aspirer à une meilleure santé pour leur Église, et œuvrer dans ce sens » (p. 70). Quel noble but !

Deuxièmement, il fait preuve de sagesse pastorale. Ainsi, il offre des « petits conseils : si vous songez à quitter votre Église… » (p. 48), appelle le lecteur à prier pour les pasteurs et les Églises

(p. 55), et propose des pistes pour ceux qui cherchent une nouvelle Église (p. 66). Il nous rappelle d’ailleurs que nous avons besoin de notre Église (p.103) !

En troisième lieu, l’auteur nous présente une vision différente mais avec des textes et des arguments bibliques à l’appui. Si nous voulons « faire l’Église autrement » nous devons aussi avoir des raisons qui soient bibliques et bonnes.

En effet, le fait de devoir ainsi réfléchir au pourquoi de nos petites habitudes à l’Église, ainsi qu’aux questions qui nous semblent capitales, nous permettra de réformer notre foi et notre pratique d’Église au regard des Écritures.

Quatrièmement, j’apprécie le fait que Dever prend au sérieux la qualité de l’Église, plutôt que ses statistiques ou ses activités. J’ai eu l’occasion de rendre visite à l’Église où il est pasteur et je peux confirmer que son souci n’est pas d’avoir une grande Église à tout prix, mais d’avoir une Église bien fondée et bien dirigée, afin que ses membres plaisent au Seigneur en pensée, en parole, en acte.

Ce livre nous donnera envie de faire les efforts nécessaires pour soigner le contenu des prédications, pour promouvoir l’élan d’évangélisation, ou discipliner les membres égarés avec amour. Il nous aidera à participer pleinement à la vie de l’Église avec des attentes réalistes et bibliques. Lisons ce livre, et que son fardeau pour la bonne santé des Églises devienne le nôtre.

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