
Frank ALLRED, L’Adoption, La plus grande bénédiction de Dieu, Châlon-sur-Saône, Europresse, 2020, 225p.
Peu de chrétiens apprécient à sa juste valeur leur immense privilège d’être devenus les enfants adoptifs de Dieu. Frank Allred fait donc exception, car il veut exposer cette « plus grande bénédiction de Dieu » dans ses multiples facettes. Pour lui, cette doctrine, « tellement négligée dans l’Eglise aujourd’hui », est même « le principe unificateur » de l’ensemble des bénédictions du salut, et elle « inclut tous les aspects de l’Evangile » (p. 11).
L’auteur épingle dans chacun des 19 chapitres un verset qui fait le lien entre l’adoption et d’autres bénédictions qui en découlent. Il aborde ainsi la nouvelle naissance, la rédemption, le don de l’Esprit Saint, l’Esprit d’adoption, l’assurance du salut, la sanctification progressive, la glorieuse liberté des enfants de Dieu et leur glorification finale. Tout cela aidera le chrétien à apprécier le salut complet qu’il a reçu.
En passant, l’auteur soulève un nombre de sujets connexes et certaines difficultés rencontrées par les chrétiens – comme la souffrance, l’esclavage mentionné dans la Bible, la supposée féminité de Dieu, et l’idée de la paternité universelle de Dieu en tant que Créateur (à distinguer de sa paternité vis-à-vis de ses enfants rachetés). Il traite avec sagesse pastorale la guérison divine et répond à celles et ceux qui en grandissant n’ont pas eu le privilège d’avoir un bon père de famille. La famille de Dieu comprend tous les élus nés de nouveau ; ils n’ont pas seulement Dieu pour Père mais aussi Jésus comme grand frère !
Il est clair que Frank Allred tient rigoureusement à la théologie réformée : « Si tous les croyants étaient, dès le moment où ils placent leur confiance en Christ, convaincus qu’ils sont ‟prédestinés à être les enfants d’adoption” de Dieu », dit-il, « je n’aurais pas besoin d’écrire ce livre ! » (p. 142). Le lecteur attentif découvre cette rigueur réformée dans son traitement de l’élection, de l’assurance du salut et de la persévérance, entre autres. Allred souscrit à la « rédemption personnelle » – c’est-à-dire que l’objectif de l’expiation de Christ était de sauver effectivement les élus. Il veut donc corriger ceux qui « pensent que Christ est mort pour tout le monde et que c’est maintenant à chacun de ceux qui entendent l’Evangile d’y répondre s’ils veulent bien » (p. 85ss).
Frank Allred veut tellement faire passer cet accent théologique qu’il s’exprime parfois en des termes déconcertants : « Il faut affirmer avec force qu’il est impossible d’avoir l’assurance du salut si on rejette la doctrine de la prédestination et de l’élection » (p. 134-5) ; « Dieu a prédestiné ceux qui allaient devenir membres de sa famille, cela veut dire que notre destinée éternelle est déterminée à l’avance, sans aucune interférence humaine » (p. 138).
Certes, Allred justifie son enseignement par de nombreuses citations bibliques à l’appui ; mais il avoue ne pas relever tous les textes que l’on peut opposer à sa position. Or, puisque ces « doctrines de grâce » sont difficiles à comprendre et à recevoir, il aurait fallu fournir des réponses bibliques aux objections qu’elles peuvent susciter. En formulant trop succinctement sa doctrine, et en manquant d’apporter les nuances nécessaires, Allred risque de ne pas persuader ses lecteurs, voire de les contrarier.
Au moins à quatre reprises, l’auteur cite le merveilleux verset, « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ; et nous le sommes » (1 Jn 3.1). Il évoque comment ce « pur privilège d’être enfant de Dieu et prédestiné à être semblable à Jésus révèle la grandeur de l’amour du Père » (p. 74). Le lecteur touché par cette démonstration d’amour est exhorté à l’émerveillement ; c’est bien, mais pourquoi ne pas saisir l’occasion pour exhorter le lecteur à la réponse capitale essentielle, à savoir, celle d’aimer le Père céleste de tout son cœur ?
Allred a préféré mettre l’accent sur la saine doctrine et le devoir du chrétien, et il termine son livre avec un développement bénéfique sur un sujet rarement traité, mais très nécessaire – la discipline. Mais doctrine et exhortation paraissent lourdes sans motivation. Si seulement l’auteur avait mis autant d’accent sur l’amour pour Dieu, il aurait mieux motivé ses lecteurs à la discipline, à l’obéissance et à la sanctification en réponse à l’amour infini du Père.
Il y a une petite inexactitude à signaler en page 186, commentant les versets en Matthieu 7 : le verbe utilisé dans « vous le reconnaîtrez à leurs fruits » (v15-16) n’est pas le même que « jugez » au verset 1.