
Alexandre SARRAN, Job, Le malheur et la foi, Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes/La Rochelle, 2024, 353 p.
« Encore un livre sur la souffrance ? » Comme la quatrième de couverture l’anticipe, telle est la réaction qui pourrait aisément surgir devant le titre de cet ouvrage ; ce à quoi, elle répond : « Pas exactement ». C’est effectivement une série de 19 prédications textuelles couvrant l’entièreté du livre de Job qu’Alexandre Sarran propose. Les textes bibliques sont expliqués de manière claire et abordable, y compris les discours de Job et de ses trois amis, qui ne sont pas des plus faciles à saisir pour le lecteur contemporain ordinaire. De plus, chaque chapitre (qui correspond à une prédication) montre aussi en quoi le Christ et son œuvre rédemptrice répondent aux problématiques soulevées.
Au fil de l’histoire de Job, l’auteur espère « préparer [ses] lecteurs à faire l’expérience de la souffrance selon la foi » (p. 12). Grâce au format propre à la prédication, l’ouvrage présente à la fois un intérêt pastoral (former, encourager et consoler), herméneutique (comment comprendre et interpréter ce livre), homilétique (comment prêcher ce livre, en particulier vis-à-vis du lien avec le Christ) et philosophique (traitement de questions existentielles).
À chaque chapitre nous est proposée une « leçon » principale à retenir et méditer, mais bien d’autres se trouvent tout au long du texte, telles que : les malheurs ne dépendent pas forcément de la manière dont on se comporte, les malheurs peuvent être bénéfiques, Dieu met à l’épreuve la foi de ses enfants (y compris les plus fidèles !) pour leur bien et sa gloire, la lamentation est une bonne chose, etc.
Outre ces leçons, l’auteur aborde une multitude de questions, que l’on pourrait classer en trois catégories, et dont voici un échantillon. Tout d’abord, des questions (et des pistes de réponse) théologiques et philosophiques, telles que : pourquoi le mal ? Qui est responsable de nos malheurs ? Ensuite, des questions (et des réponses) d’ordre pastoral et pratique : comment consoler le malheureux ? Comment se lamenter (sans pécher) ? Comment réagir au malheur autour de soi et dans le monde ? Comment souffrir avec espérance ? Enfin, des questions d’examen personnel (à chacun d’apporter ses propres réponses…) : mon amour et ma confiance en Dieu dépendent-ils des circonstances ? Est-ce que j’aime Dieu lui-même plus que ses bénédictions ?
Certaines de ces leçons et questions peuvent troubler, heurter, voire révolter, à l’instar du message global du livre de Job, que Sarran formule ainsi : « Dieu nous envoie souverainement le malheur, mais il reste digne de notre entière confiance » (p. 18). Comme l’auteur le dit lui-même : « C’est choquant, c’est subversif, c’est perturbant et difficile à accepter… » (p. 18.) Cependant, la formation de l’esprit à la grande question du mal et de la souffrance est infiniment précieuse pour la vie chrétienne, en particulier si elle débute en amont d’une épreuve. Le chrétien se verra alors mieux préparé à affronter les difficultés, et les vérités qu’il aura apprises pourraient le garder de bien des écueils.
En ce qui concerne la forme, nous ferons deux remarques. Premièrement, chaque partie du texte de Job est directement imprimée dans le livre, au fil du propos, comme sa lecture orale serait faite au cours d’une prédication. Par conséquent, nul besoin de faire des allers-retours entre deux supports (le livre et une bible papier ou numérique), ce qui facilite la lecture dans différents contextes (comme les transports en commun) et lui évite d’être entrecoupée. La fluidité de lecture s’en serait trouvée préservée si le style rédactionnel avait été au rendez-vous. C’est là notre deuxième remarque et le point négatif de l’ouvrage. Bien que soignée au début, l’expression se dégrade malheureusement par la suite : répétitions intempestives, phrases qui tirent en longueur, ponctuation pas toujours à propos… La lecture est alourdie, le lecteur distrait et la qualité du propos quelque peu desservie. Le plaisir de lire s’en trouve affecté, et c’est bien dommage ! Le style oral attaché au format d’une prédication serait-il inadapté ? Nous ne le pensons pas. En revanche, peut-être le texte initial n’a-t-il pas été suffisamment remanié ou le travail de relecture a-t-il été trop rapide… Dans tous les cas, la qualité du contenu mériterait une amélioration de la qualité d’expression.
En dépit de ce point négatif, nous recommandons fortement la lecture de cet ouvrage qui, par sa nature singulière, son contenu de grande qualité et l’universalité des thèmes abordés, saura parler et profiter à tous les profils.