Il vaut mieux pour vous que je m’en aille

Recension
Calendar4 juin 2022
PersonChristopher De La Hoyde
Couverture

J. D. GREEAR, Il vaut mieux pour vous que je m’en aille, tr. de l’anglais (Jesus Continued, 2014) par Marina BANKEL, Romanel-sur-Lausanne, Maison de la Bible, 2021, 336 p.

« Considérons-nous la présence du Saint-Esprit en nous comme si forte et réelle qu’elle nous apparaît plus bénéfique que celle de Christ lui-même à nos côtés ? » (p. 14) Telle est la question au cœur de ce livre de J.-D. Greear, qui explore et applique la promesse de Jésus évoquée dans son titre : « Il vaut mieux pour vous que je m’en aille. En effet, si je ne m’en vais pas, le défenseur ne viendra pas vers vous ; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai » (Jn 16,7). S’adressant à des membres d’Eglise de tout âge et de tout stade de maturité, Greear ne cherche pas à élaborer une théologie systématique de l’Esprit telle que L’Esprit Saint de Sinclair Ferguson, mais plutôt à nous motiver et nous aider à vivre pleinement la présence et la puissance de l’Esprit en nous dans le contexte de la mission de Jésus. Greear nous explique, à partir du texte biblique, de sa propre expérience et de celle des saints qui nous ont précédés, comment passer d’une vie chrétienne où nous dépendons de nous-mêmes à une vie chrétienne où nous comptons toujours plus sur la présence et la puissance de l’Esprit. Il résume lui-même le grand thème de son livre : « L’Esprit … nous permet d’abord de saisir le message du salut, puis de découvrir continuellement de nouvelles facettes de sa splendeur. Il vient habiter en nous la première fois que nous recevons l’Evangile, et il nous remplit encore et encore, au fur et à mesure que nous renouvelons notre foi en cet Evangile … Il nous équipe afin que nous puissions porter la Bonne Nouvelle au monde entier. » (p. 317-318)

Il faut noter d’emblée que l’auteur s’exprime à partir du point de vue selon lequel l’Esprit nous parle et nous dirige de diverses manières aujourd’hui, cela tout en restant centré sur l’oeuvre de l’Esprit à travers la parole et l’Evangile. Les forces du livre sont les suivantes : 

  • L’accent sur la nature indissociable de l’Esprit et de la parole et la place primordiale de la parole écrite dans la vie du chrétien
  • L’explication de la façon dont l’Esprit cherche à glorifier Christ en nous donnant de contempler sa gloire dans l’Evangile afin de nous transformer en son image
  • L’accent sur la centralité de la mission et la place de la souffrance dans l’œuvre de l’Esprit : il nous dirige et nous équipe pour la mission de Jésus dans le contexte de la souffrance, et non pas pour nous donner la santé et la prospérité matérielle dans cette vie
  • L’exhortation à persévérer dans une prière ambitieuse face aux besoins et opportunités dans la mission
  • L’encouragement à nous attendre à ce que Dieu fasse des œuvres plus grandes que ce que ce que l’on pourrait imaginer sans lui
  • Des histoires de la vie de Greear et de l’histoire de l’Eglise qui concrétisent tout ce qui est dit
  • Des questions d’application personnelle qui nous aiguillent sur tous ces sujets

Il reste tout de même quelques faiblesses dont il faudrait avertir le lecteur :

  • Il existe quelques imprécisions d’exégèse et d’application du texte biblique. Par exemple, il semble mal fondé de s’appuyer sur Jean 3,8 (« Le vent souffle où il veut ») pour parler du mystère de la direction de l’Esprit, puisque Jésus parle à cet endroit de la souveraine action de l’Esprit dans la nouvelle naissance. Ces imprécisions ne nous aident pas à avoir confiance dans les grandes thèses de l’auteur.
  • Les exemples de l’Eglise grandissante et influente de Greear qui envoie des centaines de membres en mission parmi des peuples non-atteints peuvent nous donner l’impression que nous suivons l’Esprit uniquement si nous avons de grands rêves et voyons des choses gigantesques arriver pour la gloire de Jésus. Qu’en est-il de toutes ces personnes qui travaillent fidèlement et de manière invisible toute leur vie sans voir beaucoup de fruit ? Ce ne sont pas moins des héros et des modèles, selon la Bible.
  • Greear cherche à nous motiver et à nous aider à rechercher la direction de l’Esprit dans l’accomplissement de sa mission et, dans un souci d’être équilibré et de bien fonder tout ce qu’il dit, dédie un bon tiers du livre à cette question. Ceci peut déséquilibrer notre vision du Saint Esprit et nous pousser à nous concentrer davantage sur ces préoccupations que sur d’autres plus centrales dans la Bible (telles que la transformation qu’opère l’Esprit en nous) qui sont traitées par Greear en moins de pages. 

Il vaut mieux pour vous que je m’en aille est un livre stimulant et utile. Cela dit, c’est un ouvrage à lire en dialogue avec d’autres livres sur le Saint Esprit et la direction de Dieu, tels que L’Esprit Saint de Sinclair Ferguson, Les dons de l’Esprit de Winston, Reeve et Varak, et Et si Dieu voulait autre chose pour moi de DeYoung, afin d’établir une vision plus équilibrée, riche et complète de l’œuvre de l’Esprit.