Henri se moque de sa sœur

Recension
Calendar27 février 2024
PersonMyriam Allier
Couverture

Lauren WHITMAN, Joe HOX, Henri se moque de sa sœur, Quand tu te sens coupable, tr. de l’anglais (Henry’s Big Mistake: When You Feel Guilty, 2022), Collection « Leçons de vie pour cœurs tendres », Charols, Excelsis, 2023, p. 36.

Henri se moque de sa sœur est l’histoire d’un petit hérisson qui, un jour, se moque de sa sœur devant leurs amis et la blesse profondément. Rempli de culpabilité, il cherche dès lors à obtenir son pardon. Ce faisant, Henri découvre comment Dieu, en utilisant ce sentiment désagréable, nous confronte à notre péché et nous révèle sa grâce.

Ce joli album s’adresse aux enfants de quatre à six ans, et fait partie d’une collection d’histoires (« Leçons de vie pour cœurs tendres ») mettant en scène plusieurs familles d’animaux de la forêt ; l’imaginaire y est à la fois bucolique, enfantin, et très quotidien. Les petites familles mènent leur vie en pleine nature, entre camaraderies à l’école du « Pré-aux-Mûres », vie à la maison, jeux entre copains… Au fil des pages, captivé par les illustrations magnifiques, le jeune lecteur s’attache à ses héros, s’y retrouve, et découvre à travers leurs aventures quotidiennes que Dieu s’intéresse à la plus banale situation de vie et la transforme en une formidable occasion d’en apprendre davantage sur l’Evangile.

Ce livre s’adresse donc aux parents de jeunes enfants, en particulier confrontés à la question de la culpabilité. Mais si le concept de la collection est absolument pertinent pour la tranche d’âge visée, on pourrait lui reprocher des textes denses (en moyenne dix-sept lignes par double page), des phrases longues et un rythme entrecoupé de détails qui alourdissent parfois l’histoire principale du livre (par exemple la moquerie de Katia envers sa sœur Kinza, qui surajoute à la moquerie d’Henri envers sa sœur Hortense). Néanmoins, toujours en ce qui concerne la forme, la cohérence globale du scénario et les illustrations sublimes en font un album de vraie qualité. La section de conseils à destination des parents en fin de livre est également intéressante. De plus, la répétition de certains schèmes que l’on retrouve d’un album à l’autre de la collection (par exemple la feuille de papier sur lequel est inscrit un verset pour l’enfant, ou l’explication tirée du « Grand Livre », la Bible) induit une routine familière et rassurante pour l’enfant, redondance qui facilite la mémorisation de certains éléments clefs (en l’occurrence, le verset ou la leçon biblique). Toutefois, les codes empruntés au monde chrétien évangélique contemporain pourraient avoir le tort d’en faire un album moins accessible à des enfants issus de familles non-croyantes.

Dans le contenu proprement dit, ce livre traite de la question de la culpabilité en évitant les pièges du moralisme ou de la grâce à bon marché. Au fil du récit, nous constatons que malgré tous ses efforts, Henri se sent toujours aussi coupable. Nous apprenons que la culpabilité, loin d’être mauvaise en soi, agit comme un indicateur de la faute. (Bien qu’à ce stade, il aurait probablement été nécessaire de souligner la différence entre vraie et fausse culpabilité résultant ou non d’un péché). Dès lors, se sentir coupable devrait mener à la confession de nos torts à Dieu et à la demande de pardon afin d’obtenir la réconciliation, d’abord avec Dieu, puis avec nos pairs blessés. L’Evangile est ainsi au cœur du livre, honnête et vrai quant au péché, plein de grâce et de paix quant au pardon. Cela est particulièrement précieux pour les enfants, de qui l’on souhaite bien souvent un comportement irréprochable, sans s’attendre à ce que celui-ci découle de l’Evangile qui transforme les cœurs pécheurs. Ici, l’adulte aussi (Mme Bixby) partage ses torts à Henri, et bien que l’exemple aurait mérité de porter sur un péché récent et non commis dans l’enfance, le petit lecteur constate qu’en effet, « tous ont péché (…) et sont gratuitement justifiés par sa grâce » (Rm 3,23-25). De plus, le droit fil du livre semble reposer sur la volonté d’Henri de se débarrasser de son sentiment de culpabilité. En insistant sur cette quête interne, le risque serait de réduire la confession à une solution pour ne plus se sentir désagréablement coupable. La demande de pardon d’Henri ne pourrait finalement pas tant être liée à l’amour et au respect de l’autre (Dieu d’abord, puis Hortense) qu’à son propre malaise.

Pour conclure, cet album, bien que d’une densité dans les discours méritant probablement d’être allégée au vu du jeune public visé, est un outil précieux pour les parents qui souhaitent aider leur enfant à faire face au sentiment de culpabilité après une faute commise. La culpabilité, néfaste, jetterait-elle une ombre sur le bonheur, ou au contraire, serait-elle révélatrice du vrai bonheur ? La pertinence de traiter cette problématique d’un point de vue biblique est telle qu’elle mériterait d’être rendue accessible à un jeune public plus large, notamment dans le milieu non-chrétien.

Ainsi, le monde imaginaire proposé et la beauté des illustrations, l’aspect pédagogique à destination des parents et surtout la centralité de l’Evangile dans le récit en font un album de grande qualité.