
Michael LAWRENCE, Guide pratique de théologie biblique, Un manuel pour appliquer la Bible à la vie d’Eglise et au ministère pastoral, tr. de l’anglais (Biblical Theology in the Life of the Church, 2010) par Jean Maxime PIERRE-PIERRE, collection 9Marks, Trois-Rivières [Québec], Publications Chrétiennes, 2022, 276 p.
« La théologie biblique est une théologie vraiment utile. La théologie biblique est la théologie à l’œuvre. Alors, prenez votre Bible et mettez-vous au travail ». C’est par ces mots engageants que Michael Lawrence termine son Guide pratique de théologie biblique (p. 276). Et force est de constater qu’il réussit à le démontrer avec maestria tout au long de son livre !
Adressé « aux personnes qui se passionnent pour le ministère dans l’Eglise locale » (p. 17)[1], ce manuel vise à expliquer pourquoi et comment la théologie biblique est nécessaire pour appliquer correctement la Bible à la vie de l’Eglise et du chrétien. Car, comme il le dit bien en citant R. Lints : « l’Eglise n’abandonne la théologie qu’à ses propres risques et périls » (p. 142). Lawrence choisit d’utiliser l’expression « théologie biblique » dans deux sens[2] : théologie conforme à la Bible (« la saine doctrine ») et, selon son sens plus technique, théologie qui vise à expliquer « comment les différents livres de la Bible forment un grand récit unifié qui culmine avec la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ »[3].
Après une assez longue introduction qui rappelle les caractéristiques principales de la Bible en tant que révélation divine, l’ouvrage se divise ensuite en trois parties. La première est intitulée « les outils nécessaires ». Assez dense et plutôt technique[4], elle présente clairement et utilement les étapes à suivre si nous voulons comprendre la Bible : la recherche de l’intention de l’auteur par une exégèse sérieuse et attentive au genre littéraire, la question des horizons d’accomplissement du texte, le rôle des alliances et de la typologie, la relation intime nécessaire entre la théologie biblique et systématique, etc[5]. Dans sa deuxième partie, « les histoires à raconter », Lawrence aborde cinq thèmes clés (création, chute, amour, sacrifice, promesse) sous l’angle de la théologie biblique au sens technique du terme. Il traite ainsi chacun de ces thèmes en suivant la révélation progressive de l’Ecriture qui culmine en Christ, puis en montrant les applications que nous pouvons en tirer. Enfin, dans la dernière partie, le pasteur et théologien explique comment « mettre le tout au service de l’Eglise », tant pour la prédication et l’enseignement que dans tous les domaines pratiques du ministère tels que la relation d’aide, la mission, le ministère auprès des pauvres et la relation avec l’Etat traités dans le dernier chapitre.
On aimerait que tous les « manuels pratiques » soient de si haute tenue biblique et théologique (les imperfections notées çà et là de la part de l’auteur[6] ou du traducteur[7] ne remettant évidemment pas en cause ce constat) ! Car M. Lawrence démontre à merveille que la rigueur biblique et théologique et le souci pastoral sont toujours deux faces d’une même médaille. Avec clarté[8], pédagogie[9] et mordant[10], il explique parfaitement pourquoi et comment seul le travail théologique sérieux et fidèle à l’Ecriture nous permettra de répondre aux questions pratiques brûlantes de notre temps, pour la gloire de Dieu, comme Paul lui-même l’a fait ! (p. 137-141).
Un seul élément pourrait être éventuellement sujet à discussion : l’utilisation de la même expression (« théologie biblique ») pour deux réalités assez différentes (cf. notre remarque plus haut), parce qu’un tel choix pourrait occasionner une certaine confusion chez le lecteur non averti et non attentif. Pourquoi ne pas simplement utiliser « saine doctrine » ou un synonyme pour décrire la théologie fidèle à l’Ecriture, plutôt que de rajouter encore un sens possible à une matière déjà assez complexe à définir, comme l’auteur le rappelle d’ailleurs lui-même (p. 113 en haut) ?
Mis à part ce point de débat, nous recommandons chaudement ce livre qui est le complément idéal des bons ouvrages de théologie biblique et de théologie systématique qui existent déjà[11].
Il précise un peu plus loin : « Ce livre est dédié aux pasteurs et responsables d’Eglise… » (p. 17). ↩︎
Cf. le paragraphe intitulé Une meilleure définition, p. 32ss ou pp. 112-113. ↩︎
Définition de Dominique Angers : https://dominiqueangers.toutpoursagloire.com/livres-avant-faculte-de-theologie/ (page consultée le 27 juin 2022). ↩︎
C’est ce que reconnaît Lawrence dans son avant-propos, pp. 24-25 ; il conseille d’ailleurs aux lecteurs découragés par cette première partie de passer directement au « guide de démarrage rapide » (p. 25) en commençant au ch. 6., puis de relire les ch. 1-5 dans un deuxième temps. ↩︎
Cf. les deux excellents résumés de cette première partie p. 109 et pp. 148-149. ↩︎
Comme par exemple quelques moins bonnes illustrations (cf. celles des baguettes, p. 30) ou un accompagnement pastoral manquant un peu de sensibilité, p. 140. ↩︎
En particulier l’usage de plus en plus répandu qui consiste à traduire « gracious » par « gracieux » (cf. p. 217 en haut ou deux fois p. 221 par exemple) ou la traduction de « service » par… « service », alors qu’ au vu du contexte, il s’agit probablement de « culte » (= rencontres de l’Eglise du dimanche matin), p. 257-258. ↩︎
Cf., par exemple, l’usage parlant des diagrammes pour expliquer la prophétie et la typologie au ch. 3. ↩︎
Faire la liste de toutes ses qualités de pédagogue serait trop fastidieux. Mais notons l’utilisation d’images parlantes (la graine et la plante, pp. 81, 91, 113) et d’applications concrètes (la question fil rouge des cellules souches, p. 131ss), son sens de la formule frappant (pour appeler à la prédication textuelle ou expositive, p. 158 ou au sujet de la nécessaire lutte contre le péché, p. 248) ou la proposition d’une grille d’application pour les prédicateurs (p. 236ss). ↩︎
Cf. par exemple son excellente critique de la notion d’Eglise « missionnelle » de plus en plus populaire dans les Eglises évangéliques, pp. 263ss. ↩︎
C’est d’ailleurs ce que Lawrence lui-même recommande, en citant Goldsworthy et Roberts pour les premiers, et Grudem pour les seconds (p. 25). En contexte francophone, il faudrait rajouter les livres d’Henri Blocher parmi les seconds, La doctrine du péché et de la rédemption (Vaux-sur-Seine, EDIFAC, 2000, 367 p.) et La doctrine du Christ (Vaux-sur-Seine, EDIFAC, 2002, 317 p.). Certes assez difficiles d’accès, ce sont deux très bons modèles de théologies systématiques imprégnées de théologie biblique, ce qui s’explique particulièrement par le fait que Blocher est à la fois excellent exégète et excellent systématicien. Pour un ouvrage de doctrine très accessible, nous conseillons l’ouvrage collectif sous la direction d’Alain Nisus Pour une foi réfléchie, Théologie pour tous, Romanel-sur-Lausanne, Maison de la Bible, 2011, 922 p. ↩︎