
Frères séparés ?
« Séparés » Oui ! « Frères » Pas si vite…
Recension d’un livre récent sur la question des relations entre évangéliques et catholiques[1]
Quel regard faut-il porter sur les catholiques ? Il s’agit d’une question d’actualité pour tout chrétien évangélique et tout responsable d’église en Europe francophone. Nous constatons que nous avons des croyances en commun avec l’Eglise catholique (dont la Trinité, la doctrine du Christ et l’inspiration des Ecritures) et nous connaissons peut-être des catholiques qui ont une foi authentique dans l’Evangile biblique. Nous sommes témoins de la sécularisation de l’Europe et du fait que de moins en moins de personnes se disent chrétiens. Sur le plan local, il est bien tentant de nous associer aux catholiques qui nous entourent. Refuser la collaboration avec les catholiques devient de plus en plus difficile pour les évangéliques. Continuer d’affirmer qu’il existe encore des différences importantes entre l’enseignement de l’Eglise catholique et l’Evangile biblique n’est pas à la mode. Quel regard faut-il porter sur l’Eglise catholique romaine dans son ensemble ? Et envers tous ses fidèles, du catholique de nom jusqu’au plus pratiquant d’entre eux ? Le pasteur évangélique expérimenté Gordon Margery a écrit un livre, Frères séparés, qui vise à aider le monde évangélique à répondre à ce genre d’interrogations. Dans cet article, j’aimerais faire l’interaction avec son livre et l’approche qu’il prône en matière de relations évangéliques-catholiques.
Survol du livre
Le sous-titre du livre explique qu’il s’agit d’un « Regard sur les relations catholiques-évangéliques en France ». Ayant passé la première partie de son ministère dans un milieu qui était très frileux par rapport à l’œcuménisme, l’auteur explique qu’il a vécu « ce qu’on pourrait appeler, en langage catholique, une conversion œcuménique » durant les années 80 (p. 19). Depuis lors, il a été fortement impliqué dans le dialogue évangélique-catholique, étant membre du Groupe de Conversations Catholiques-Evangéliques pendant 14 ans[2] et ayant participé à la rédaction du livre Evangéliser aujourd’hui dans le cadre de ce groupe[3]. Dans l’introduction de Frères séparés, Margery dévoile son souhait : « J’aimerais aider le public évangélique à avoir sur le catholicisme un regard bienveillant et nuancé, à évaluer certaines critiques courantes, à oser des relations de proximité apaisées, sans escamoter les difficultés d’une telle démarche » (p. 11). Le livre de Margery ne nie pas toutes les différences entre catholiques et évangéliques, et il prend le temps d’analyser certaines des plus grandes différences entre les deux théologies. Il veut cependant persuader les évangéliques que, malgré les sujets de désaccord qui subsistent et qui les séparent encore des catholiques à un certain niveau, il est souvent possible et souhaitable de voir dans l’interlocuteur catholique un frère ou une sœur en Christ.
Margery n’écrit pas uniquement à l’intention des évangéliques ; il s’adresse également à ses amis catholiques qui sont visiblement frustrés par le manque d’accueil par certains évangéliques des valeurs de l’œcuménisme[4]. Il précise : « J’aimerais aider le public catholique à comprendre pourquoi le dialogue avec les évangéliques est parfois compliqué » (p. 12). Bien plus,
J’invite mes amis catholiques à être patients à l’égard des évangéliques ! Depuis Vatican II, vous avez eu plus de cinquante ans pour affiner votre relation avec vos frères séparés. On sait que l’esprit du Concile n’a pas été apprécié de tous, mais c’est bien l’ouverture aux autres qui l’a emporté. Pour les évangéliques, l’évolution des mentalités est plus récente et inégale. Aucun concile ne peut tracer pour eux les nouveaux contours d’une relation qui, pendant 500 ans, était figée. Soyez patients, et faites confiance au Seigneur (p. 32).
Après un chapitre d’introduction, son livre se divise en quatre parties, en commençant par « ce que nous avons en commun » (ch. 2) où l’auteur présente les doctrines enseignées à la fois par l’Eglise catholique et par les évangéliques. Ensuite, le chapitre 3, « Qu’est-ce qui nous sépare encore ? », qui présente les doctrines dans l’Eglise catholique qui posent encore un problème aux évangéliques. Dans le quatrième chapitre, Margery analyse les critiques à l’égard de l’Eglise catholique qu’on peut parfois entendre chez les évangéliques et qui relèvent, selon lui, du réductionnisme ou de la caricature. Dans le dernier chapitre, il aborde les textes bibliques qui parlent de l’unité et des ruptures qui sont parfois inévitables. Enfin, il termine le livre en tirant des conclusions et en proposant quelques pistes pratiques pour les relations entre évangéliques et catholiques. Intercalés entre les différents chapitres se trouvent des « intermèdes », que l’auteur décrit comme des « textes courts qui racontent une expérience personnelle, comme la visite d’une cathédrale ou une rencontre qui sortait de l’ordinaire… le ressenti d’un pasteur évangélique, sans prétention particulière à l’objectivité » (p. 13).
Argument principal : Vivons des relations apaisées envers les frères et sœurs en Christ dans l’Eglise catholique tout en reconnaissant qu’il y a encore des choses qui nous séparent
Le titre Frères séparés résume bien l’argument principal de ce livre. Margery l’a choisi pour plusieurs raisons. D’abord, il s’agit d’une expression connue des catholiques, utilisée dans les documents du concile Vatican II pour parler des églises protestantes. Margery commente :
Le regard de l’Eglise catholique sur les protestants a changé. Depuis le concile Vatican II (1962-1965), ils ne sont pas des hérétiques mais des « frères séparés ». Ce ne sont pas véritablement des Eglises au plein sens du terme, mais des « communautés ecclésiales ». C’est déjà un grand progrès (p. 188-189).
Margery estime qu’il nous incombe de faire le même geste envers nos amis catholiques – de ne plus les considérer comme des hérétiques, mais comme des frères et sœurs en Christ. Voilà pour la partie « frères » du titre ; qu’en est-il de la partie « séparés » ? Margery est clair qu’une union ecclésiale avec Rome n’est pas possible pour les évangéliques et donc que nos églises respectives resteront « séparées » à ce niveau-là[5]. Mais il va plus loin : « le mot ‘séparés’ a toute son importance. Il ne désigne pas seulement une absence de communion ecclésiale, comme entre catholiques et anglicans, ou catholiques et orthodoxes. Il suppose de grandes divergences de théologie et de pratique[6]. » Pour étayer cette idée de considérer les autres comme des frères tout en étant à un certain point séparés d’eux à cause de désaccords parfois profonds au niveau de la théologie et de la pratique, Margery cite 2 Thessaloniciens 3,14-15. Là, Paul parle de quelqu’un qui « n’obéit pas à ce que nous disons dans cette lettre » et il commande aux croyants : « Ne le considérez pas comme un ennemi, mais avertissez-le comme un frère ». L’auteur trouve dans ce verset la catégorie de frère « séparé », une étape intermédiaire entre la rupture complète (Mt 18) et la pleine communion[7]. Il reconnaît que tous les catholiques ne sont pas sauvés. En effet, il évoque, dans la conclusion, la possibilité que la foi soit absente (p. 223). Mais il poursuit :
Or, par rapport à des baptisés évangéliques, les évangéliques partent d’un préjugé favorable : ils sont leurs frères, sauf preuve du contraire. En France, dans une situation de post-chrétienté, est-il possible d’adopter le même raisonnement à l’égard de catholiques engagés ? (p. 223-224)
L’argument principal de ce livre est que, malgré ce qui peut encore nous séparer en termes de théologie et de pratique, nous devons considérer les catholiques engagés comme nos frères et sœurs en Christ.
Conclusion du livre : différents degrés de collaboration entre évangéliques et catholiques
Dans le dernier chapitre du livre, Margery analyse les textes bibliques qui parlent d’unité et de rupture et il propose des pistes concrètes pour les relations entre évangéliques et catholiques. Se basant sur un article d’Henri Blocher[8], il propose trois cercles de collaboration possible[9]. Je cite Margery : « Le premier cercle, celui de la “communion” en Christ, autour de Christ, à cause de Christ, invite à l’expression la plus appropriée de la foi commune » (p. 235). Il s’agit de la possibilité, voire le devoir, d’exprimer notre foi commune avec des catholiques, même si la relation ne va pas plus loin pour englober des actions en commun. Le deuxième cercle invite à une « coopération occasionnelle ou exceptionnelle » avec des personnes qui sont des « frères authentiques qui s’écartent de la position de l’orthodoxie » sur un point[10]. Dans ce cercle, Margery envisage des actions ponctuelles sur des « thèmes de société » (la « cobelligérance »). De plus, il peut être question « d’assister à un événement dans l’autre Eglise », de participer « à une proclamation de la résurrection le jour de Pâques » ou d’ « organiser une étude biblique bipartite », mais, Margery le précise bien, « tout dépendra du contexte » (p. 235). Il est conscient du dilemme que pose « la proposition d’une manifestation commune » pour les évangéliques (p. 236) :
Accepter la proposition pourrait envoyer le signal qu’ils sont en parfaite communion avec les autres partenaires. Les organisateurs seraient pris en photo par la presse locale – avec ou sans vêtements liturgiques – et le public comprendrait que rien ne sépare les communautés (p. 236).
L’auteur affirme que « tout ne peut pas se faire ensemble, pas plus entre évangéliques d’ailleurs qu’entre évangéliques et catholiques. Une évangélisation commune entre catholiques et évangéliques sera toujours imparfaite, parce que l’évangélisation doit aboutir à une vie d’Eglise » (p. 237). Il affirme ne pas pouvoir adopter une approche « tout ou rien » (p. 240)[11] en parlant des relations entre les évangéliques et les catholiques. Il refuse à la fois « la confrontation frontale » et « la pleine reconnaissance mutuelle » (p. 240). A la question « pouvons-nous évangéliser ensemble ? », Margery répond « pas toujours, pas partout, pas avec tous » (p. 249). Il reconnaît « le problème posé par les mots utilisés par les uns et les autres, qui souvent se chevauchent sans se recouvrir complètement » (p. 249). Il reformule la question pour terminer son dernier chapitre, « Pouvons-nous rendre témoignage ensemble à Jésus-Christ ? » et donne comme réponse, « A cette question reformulée je ne peux que répondre positivement » (p. 250). Ce témoignage commun inclut « la proclamation de la Bonne Nouvelle en vue d’amener les hommes et les femmes au salut par la puissance de l’Esprit Saint et de les rassembler dans le Corps du Christ » (p. 252)[12]. Margery est conscient que ces déclarations « restent inacceptables aux yeux de certains. Mais mon vœu, c’est qu’elles trouvent aujourd’hui un nouvel écho » (p. 253). Ces deux raisons sous-tendent son vœu : « pour l’évangélisation, il y a effectivement urgence. Mais plus fondamentalement, la vérité et l’amour l’exigent » (p. 253).
Aspects appréciables du livre
1 Le refus d’une analyse grossière
Dans ce livre, Margery fait preuve d’une compréhension impressionnante de la théologie catholique, à la fois pour ce qui est du concile de Trente et des développements survenus depuis le concile Vatican II. Il me semble qu’une telle maîtrise est rare chez les évangéliques. Il démontre également une grande familiarité avec l’Eglise catholique en France, tant au niveau du dialogue avec les catholiques haut placés qu’au niveau local sur le terrain. Les conclusions de Margery sur les actions concrètes à entreprendre avec les catholiques sont bien nuancées. Il n’encourage jamais une union ecclésiale avec l’Eglise catholique et tient clairement compte des différentes sensibilités des églises évangéliques.
Certaines des critiques que fait Margery de l’Eglise catholique sont justes et bien fondées. Par exemple, sa critique de la compréhension catholique de la tradition est bien formulée. Je compte consulter ce livre dans l’avenir pour aiguiser ma compréhension de l’enseignement catholique concernant l’une ou l’autre doctrine. Dans le chapitre 4 de son livre, il nous met en garde contre des critiques trop réductrices de la théologie catholique. Dire que les catholiques croient qu’ils sont « sauvés par leurs bonnes œuvres » à l’exclusion de la grâce, c’est mécomprendre le point de vue catholique sur la question. Comme Margery le fait remarquer, dire que les catholiques ont l’intention d’être idolâtres dans leur dévotion au saint sacrement ou à Marie n’est probablement pas juste (p. 140)[13]. Margery signale que le catholique lambda peut tomber dans ces pièges, mais que la théologie officielle est plus nuancée que cela. Plus largement, il a raison de considérer que les évangéliques ont besoin d’avoir une compréhension plus nuancée et plus juste de la théologie catholique.
2 La cobelligérance (mais à distinguer de l’évangélisation)
Je suis mitigé concernant l’appel de Margery à la « cobelligérance » sur des thèmes de société, dans notre ère de plus en plus post-chrétienne. Il parle des
actions de justice, des combats politiques et des conférences où, ensemble, catholiques et évangéliques luttent contre la vision matérialiste et relativiste de la culture, plaident la cause des enfants à naître, défendent la liberté religieuse, résistent à l’euthanasie, abordent le problème posé par des questions d’éthique sexuelle (p. 219).
Je trouve qu’affirmer les valeurs judéo-chrétiennes et se rassembler autour des causes communes est bien possible et même souhaitable. Peut-être certains évangéliques ont-ils peur de telles actions, mais nous devons nous remettre en question et nous engager avec d’autres qui partagent les mêmes valeurs dans une société qui s’oppose de plus en plus à l’éthique biblique.
Là où je trouve que l’approche de Margery sur la cobelligérance laisse à désirer, c’est qu’il estime que cela mènera naturellement à des actions qui, pour moi, nécessite un plus grand terrain d’entente. Il déclare : « Il deviendra difficile de garder intact un cordon sanitaire autour des questions spirituelles. Prier ensemble, dans certaines conditions, semblera naturel. Evangéliser ensemble sera peut-être envisageable » (p. 219). Je trouve qu’il est possible d’agir en cobelligérant avec des personnes que nous ne considérons pas comme nos frères et sœurs en Christ (des catholiques, mais aussi des juifs, des musulmans ou des athées)[14]. Pour moi, c’est ici que sa critique de l’approche prétendue « tout ou rien » est réductrice. Il est tout à fait possible pour des évangéliques de ne pas considérer a priori que les catholiques soient sauvés, de ne pas prier avec eux[15], ni entreprendre une évangélisation commune, tout en ayant des relations amicales et en menant des actions communes avec eux autour de causes communes dans la société.
3 Des relations variées dépendant du contexte
J’apprécie également le fait que Margery ne propose pas une seule solution pour toute situation. Les relations entre catholiques et évangéliques vont varier en fonction du contexte. Margery distingue notamment les relations sur le plan individuel, les relations entre responsables d’églises et les relations entre des églises elles-mêmes. Les relations à chaque niveau ne seront pas les mêmes.
Des interrogations concernant ce livre
J’ai l’impression que l’approche de Margery attire de plus en plus de responsables d’églises évangéliques en Europe francophone et que plusieurs théologiens évangéliques rejoignent son point de vue[16]. Je trouve qu’il est donc d’autant plus important de soulever les lacunes dans cette approche face à la question des relations catholiques-évangéliques. J’aimerais ensuite proposer une voie qui, à mon sens, fait davantage justice à la fois aux données bibliques et à l’enseignement et la pratique de l’Eglise catholique contemporaine.
1 Un « préjugé favorable » injustifié
Comme nous l’avons constaté, la position de Margery est nuancée. Il considère les catholiques comme des frères (qui croient donc à l’Evangile biblique) tout en étant séparés (à cause d’une grande divergence de théologie et de pratique). La note dominante qui résonne dans ce livre est celle de « frères ». La première chose que le lecteur évangélique va ressentir en lisant le livre de Margery, c’est qu’il est censé considérer les catholiques comme ses frères et sœurs en Christ. Cette impression est confirmée par la préface de ce livre où Etienne Lhermenault donne cette exhortation : « Amis catholiques et évangéliques, lisez sans tarder cet ouvrage et vous apprendrez que « les frères séparés » sont d’abord frères en Jésus-Christ ! » (p. 10) Ma critique principale du livre, c’est que, malgré ses critiques de certaines doctrines et pratiques de l’Eglise catholique, l’auteur insiste sur le statut de « frères » chez les catholiques. Nous n’avons pas de raisons bibliques de « partir d’un préjugé favorable[17] » concernant le salut du catholique qui suit l’enseignement du magistère.
2 Une analyse problématique du catholicisme
La place me manque dans cet article pour analyser en détails tous les aspects du livre que je trouve problématiques[18]. Je me contenterai donc d’analyser la question-clé de la doctrine du salut dans l’Eglise catholique. Le traitement de Margery de la question du salut dans l’enseignement catholique illustre deux dangers qui nous guettent dans l’analyse de la théologie catholique. Premièrement, on peut analyser des formulations doctrinales de façon parcellaire comme si l’on pouvait les retirer du système tout entier de la théologie catholique. Comme l’affirme Pietro Bolognesi, « [l]e conflit entre catholicisme et foi évangélique ne touche pas seulement un certain nombre de points doctrinaux, mais les deux systèmes. Procéder de façon fractionnée n’aide pas. » Ou encore : « le catholicisme est un ensemble indivisible. Chaque aspect du système est relié aux autres[19]. » Au centre de ce système tout englobant se trouvent deux piliers, à savoir (1) la nature sacramentelle du salut (qui connote également la coopération humaine et le mérite dans le salut) et (2) le rôle de l’Eglise catholique comme extension de l’incarnation du Christ (ce qui implique que nous ne sommes pas sauvés par le Christ seul, mais bien par le Christ qui agit par le biais de l’Eglise et de ses sacrements)[20].
Lié à ce premier danger, le deuxième danger consiste à confondre un vocabulaire que nous avons en commun avec les catholiques et un véritable accord théologique[21]. Derrière un vocabulaire commun, même à un niveau théologique très sophistiqué (le Groupe de conversations catholiques-évangéliques en témoigne), se cache une divergence plus profonde encore entre deux modes de pensée tout à fait différents[22].
3 « Frères » - une prémisse non prouvée
L’affirmation selon laquelle nous devons partir du principe qu’un catholique engagé est un frère ou une sœur présuppose que ces catholiques croient à l’Evangile biblique, le seul Evangile qui sauve. Pourtant, la démonstration à ce propos dans le livre de Margery n’est pas convaincante. La section qui traite de la compréhension catholique du salut se trouve de manière surprenante au chapitre 2 qui traite de « Ce que nous avons en commun ». Il est indéniable que nous partageons les mêmes faits historiques concernant l’histoire du salut (Jésus est mort à la croix, il est ressuscité et il est monté auprès du Père). Cependant, le sens que nous attribuons à ces évènements n’est pas le même. Pour n’évoquer qu’un exemple, j’ai démontré dans un autre article que l’Eglise catholique contemporaine ne partage pas l’enseignement biblique sur le cœur de l’Evangile, la substitution pénale accomplie par le Christ sur la croix[23].
4 Sauvés par la grâce ou par les œuvres ?
Le sujet du salut n’apparaît pas dans le chapitre 3, « Qu’est-ce qui nous sépare encore ? », mais l’auteur l’aborde dans le chapitre 4 (« Ce qu’on peut entendre »). Il répond à deux critiques évangéliques à l’encontre de l’Eglise catholique : premièrement que le catholique croit qu’il est « sauvé par les œuvres » et ensuite que « l’Eglise catholique n’annonce pas le salut ». Pour la question du salut par les œuvres, il démontre qu’officiellement ce n’est pas ce qu’enseigne l’Eglise catholique : « Accuser tous les catholiques de croire au salut par les œuvres, cela ne correspond pas à la vérité » (p. 160). Il souligne : « ce n’est pas la doctrine de l’Eglise » (p. 163). Il est vrai qu’au niveau officiel, l’Eglise catholique n’enseigne pas que l’on est sauvé par les œuvres sans la grâce de Dieu. Margery affirme avec raison que l’Eglise catholique enseigne que la grâce est toujours « première et imméritée » (p. 150). Mais la question n’est ni la priorité de la grâce, ni le mérite initial, mais : « est-ce que les mérites de nos œuvres entrent en compte dans la compréhension catholique du salut ? » Dans les faits, l’Eglise catholique affirme que la grâce aide le croyant à faire des bonnes œuvres qui sont nécessaires pour mériter la vie éternelle :
Personne ne peut mériter la grâce première, à l’origine de la conversion, du pardon et de la justification. Sous la motion de l’Esprit Saint et de la charité, nous pouvons ensuite mériter pour nous-mêmes et pour autrui les grâces utiles pour notre sanctification, pour la croissance de la grâce et de la charité, comme pour l’obtention de la vie éternelle[24].
Selon l’Eglise catholique, bien que poussés par Dieu, c’est véritablement nous qui méritons la vie éternelle par nos bonnes œuvres. Cela semble contredire l’emphase biblique sur la grâce qui fait que le salut n’est nullement par nos propres œuvres et que nous ne méritons en aucun cas le salut que Dieu nous offre en Christ (p. ex., Ep 2,8-10 ; Rm 4,4-5). Les propos de Blocher sont utiles ici : « L’idée que la grâce ferait coopérer l’homme à l’obtention du salut reflète plutôt le désir de préserver une parcelle de propre justice que l’enseignement scripturaire[25] ». Est-il possible de considérer comme nos frères et sœurs en Christ ceux qui, suivant l’enseignement officiel de leur Eglise, s’appuient ne serait-ce qu’en partie sur les mérites de leurs bonnes œuvres pour obtenir la vie éternelle ?
5 Un accord sur la justification ou les mêmes mots employés pour signifier des choses bien différentes ?
Margery estime que les catholiques et les évangéliques sont parvenus à un accord sur la question de la justification. A l’appui de cette affirmation, Margery cite la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, publié en 1999 par l’Eglise catholique et la Fédération luthérienne mondiale : « A prendre au sérieux la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, l’Eglise catholique adhère au sola gratia de la Réforme » (p. 213). Cela est loin d’être le cas. La sola gratia dont il est question dans la Déclaration commune est la grâce reçue par le baptême[26] ! Le salut dans l’Eglise catholique n’est pas par la grâce seule, mais par la grâce véhiculée au moyen des sacrements de l’Eglise qui rendent possibles les bonnes œuvres nécessaires pour mériter la vie éternelle[27]. Cette expression employée par l’Eglise catholique montre la réalité que nous pouvons utiliser les mêmes mots que les catholiques tout en signifiant des choses très différentes. Un vocabulaire partagé peut cacher les différences profondes qui existent encore entre la théologie catholique et l’enseignement biblique.
Conclusion : Les catholiques sont-ils nos frères ?
Margery argumente en faveur d’une approche fraternelle envers les catholiques. Il dit que nous devrions considérer les catholiques comme nos frères et sœurs en Christ. Mais nous avons vu sur la question du salut que son analyse du catholicisme est insuffisante. Par conséquent, nous devons nous interroger sur les conclusions qu’il propose. L’expression « frères séparés » ne nous sert pas dans nos réflexions sur les relations entre catholiques et évangéliques. Pour Margery, la séparation et la fraternité peuvent coexister entre catholiques et évangéliques. Mais, si nous restons convaincus que l’Eglise catholique n’enseigne pas l’Evangile biblique, la séparation est bien de mise parce que les catholiques ne sont pas nos frères et sœurs en Christ. Si notre ami.e catholique croit à la doctrine officielle de l’Eglise catholique romaine, alors nous devons dire qu’il ou elle n’est en toute probabilité pas sauvé.e. C’est pour cela que nous ne pouvons pas dire que les catholiques engagés sont forcément nos frères en Christ. Peut-être certains le sont-ils malgré ce que l’Eglise catholique enseigne et du fait d’avoir entendu quelque part le véritable Evangile biblique. L’Eglise catholique, elle, enseigne un salut par les sacrements dont l’Eglise catholique est le médiateur. Ceci est très loin de l’Evangile biblique, centré sur Christ qui a été crucifié pour nous et qui nous sauve si nous plaçons notre confiance en lui. Nous ne pouvons pas évangéliser avec les catholiques. Nous devons continuer à évangéliser les catholiques. Il serait malavisé, voire trompeur, de prier avec un responsable catholique en public ou même en privé avec un catholique que nous ne considérons pas comme sauvé. Nous vivons, comme Margery nous le rappelle souvent dans son livre, dans une société post-chrétienne. Pour lui, cela veut dire que nous devons d’autant plus nous unir avec les catholiques et les traiter comme nos frères et sœurs. Je pense que nous pouvons œuvrer ensemble avec des catholiques (et des juifs et des musulmans et d’autres le cas échéant) pour faire entendre une voix commune sur les questions de moralité. Mais dans les célébrations d’église et dans l’évangélisation, gardons nos convictions bibliques et refusons la collaboration avec des groupes qui nient explicitement ou implicitement l’Evangile de Jésus-Christ.
Je suis d’accord avec Margery, qu’en tant qu’évangéliques, nous devons sortir des clichés et des caricatures concernant l’Eglise catholique. Il nous faut une compréhension plus juste et plus nuancée de sa doctrine et de sa pratique, surtout depuis le concile Vatican II et depuis l’accession du pape François. Il faut poursuivre des relations amicales et apaisées avec les catholiques que nous connaissons. Nous devons être remplis de bienveillance[28]. Mais, je pense que nous devons le faire sans que nos convictions évangéliques s’émoussent et sans perdre de vue l’autorité ultime de la Parole écrite de Dieu que nous avons dans la Bible.
Dans cette société post-chrétienne, plus que jamais, analysons la théologie catholique avec soin en tant que système de croyances et au lieu de considérer a priori que les catholiques sont sauvés, prenons le temps de comprendre leurs croyances et continuons à aimer et à évangéliser toute personne qui croit à des enseignements qui contredisent l’Evangile biblique. Que beaucoup puissent venir à une véritable compréhension de l’Evangile biblique et de la toute suffisance du salut accompli par notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, à la seule gloire de Dieu !
Gordon MARGERY, Frères séparés, Regard sur les relations catholiques-évangéliques en France, Charols, Excelsis, 2022, 266 p. Je suis reconnaissant envers l’auteur d’avoir lu une première version de cet article, que j’ai ensuite révisé à la suite de ses commentaires. Il a aussi gentiment répondu à plusieurs de mes questions concernant son livre et sa compréhension de l’Eglise catholique. Ses réponses m’ont aidé à mieux comprendre sa pensée et à nuancer considérablement certaines de mes critiques. Je tiens à le remercier pour cet échange fraternel et j’espère que, malgré notre désaccord concernant la théologie catholique et les relations qu’il convient d’avoir avec les catholiques, j’ai pu présenter fidèlement l’argumentation qu’il développe dans son livre. ↩︎
Il a même été co-président de ce groupe de 2014 à 2021 (p. 20). ↩︎
Groupe national de conversations catholiques-évangéliques, Evangéliser aujourd’hui, Des catholiques et des évangéliques s’interpellent, Charols/Paris, Excelsis/Salvator, 2017, 138 p. ↩︎
Margery n’apprécie pas spécialement le terme « œcuménisme » qui, pour lui, connote trop facilement un retour à Rome ou bien une unité « sous l’égide du Conseil Œcuménique des Eglises à Genève » (p. 226). Il préfère parler de « relations apaisées ou bienveillantes, comme le fait le Groupe national de conversations catholiques-évangéliques » (p. 228). Dans la pratique, il est parfois difficile de distinguer entre ce que Margery appelle des « relations apaisées ou bienveillantes » et ce qui est communément appelé « l’œcuménisme ». Il est également important de noter qu’il est possible de vivre des relations « apaisées et bienveillantes » avec des catholiques sans forcément les considérer comme nos frères et sœurs en Christ. ↩︎
« La communion eucharistique ne peut pas être envisagée, car elle implique la communion ecclésiale avec l’évêque et le pape, et elle suppose la doctrine catholique de la transsubstantiation. Notre communion est donc imparfaite, il faut le reconnaître » (p. 237). ↩︎
Correspondance privée, e-mail du 1er février 2024. ↩︎
Nous trouvons que ce passage en 2 Thessaloniciens ne s’applique pas aux catholiques. Paul parle de personnes qui croient bel et bien à son Evangile mais qui n’obéissent pas à ses instructions dans la lettre. Le contexte parle surtout de l’oisiveté (cf. 2 Thessaloniciens 3.11-13), et Paul explique la discipline d’église qu’il convient d’adopter envers cette personne qui est un frère qu’il faut avertir afin qu’il parvienne à la repentance. Une application aux relations catholiques-évangéliques ne vaut que si la prémisse du livre de Margery est prouvée, c’est-à-dire que les catholiques croient à l’Evangile tel que défini par la Bible. Si ce n’est pas le cas, alors ce texte n’est pas à adopter en matière de relations catholiques-évangéliques. ↩︎
Henri BLOCHER, « L’unité chrétienne selon la Bible », Théologie évangélique, vol. 9, no. 3, 2010, pp. 217-232. Il est à noter que cet article a été rédigé par Blocher en 1974 en amont de la conférence de Lausanne et que sa visée semble être l’unité qui existe entre les différents groupements évangéliques présents à cette conférence. L’article ne traite pas explicitement de la question d’une quelconque unité avec l’Eglise catholique. ↩︎
Comme nous l’avons signalé, Margery exclut la possibilité d’une pleine communion ecclésiale avec l’Eglise catholique, ce qui correspond au centre des trois cercles de Blocher. Nous pouvons conclure que Margery situe les relations entre évangéliques et catholiques uniquement dans les deux cercles extérieurs. ↩︎
Il reprend ici une expression de Blocher, art. cit., p. 229. L’exemple que Blocher lui-même évoque est le respect pour l’inspiration et l’inerrance des Ecritures. ↩︎
Il cite à nouveau Blocher, art. cit., p. 226. « Nous ne suivons donc pas ceux qui ne conçoivent en matière d’unité que le tout ou rien. Nous préconisons une correspondance graduée » (italiques de Blocher). ↩︎
Ibid., p. 53-54. ↩︎
Il estime qu’« il y a chez eux une apparence d’idolâtrie, ou un risque d’idolâtrie » (p. 140-141). ↩︎
Margery aurait mieux fait de garder intacte la distinction que fait Francis Schaeffer entre la cobelligérance (collaborer avec des personnes de différentes croyances afin de lutter pour une cause commune) et des alliances spirituelles (uniquement avec des frères et sœurs en Christ). Voir le résumé qu’en fait Leonardo DE CHIRICO, disponible ici : https://vaticanfiles.org/en/2016/04/122-cooperating-with-the-roman-catholic-church-a-lesson-from-francis-schaeffer-1912-1984/ (consulté le 5 mars 2024). ↩︎
Nous regrettons, par exemple, l’implication récente du directeur de l’Alliance Evangélique Mondiale dans une veillée de prière œcuménique organisée par le Vatican. Voir l’analyse de cet événement que fait DE CHIRICO, https://www.christianitytoday.com/ct/2024/february-web-only/evangeliques-catholiques-eglise-etat-defis-debats-europe-fr.html (consulté le 5 mars 2024). ↩︎
Etienne Lhermenault a écrit une préface élogieuse, Louis Schweitzer sert d’inspiration pour l’argument de Margery et Henri Blocher semble être enthousiaste concernant cette nouvelle ouverture évangélique envers le catholicisme. Cela dit, je salue l’analyse et la critique impressionnantes de l’ecclésiologie catholique dans Blocher, La Doctrine de l’Eglise et des sacrements, Charols/Vaux-sur-seine, Excelsis/Edifac, 2022, p. 107-157, et je reconnais ma dette envers Blocher sur certains points. ↩︎
Pour reprendre les termes de Margery (p. 224). ↩︎
Je pourrais citer l’optimisme de Margery face aux changements à Rome (voir pp. 178-196). Le Concile Vatican II a certainement apporté des changements, et le pape François en apporte encore d’autres. Mais le Concile Vatican II a apporté essentiellement trois choses : développement, ressourcement, et aggiornamento (une mise
à jour) sans qu’il y ait eu un véritable retour à l’Evangile biblique. Pour ces trois termes, voir Thomas GUARINO, The Disputed Teaching of Vatican II, Continuity and Reversal in Catholic Doctrine, Grand Rapids, Eerdmans, 2018, p. 57-66. Je pense aussi aux « intermèdes » où Margery livre ses impressions subjectives sur l’Eglise catholique sous ses différentes facettes. A mon sens, ces « intermèdes » minent l’analyse théologique de ce livre, car dans ces sections, l’autorité de la Bible cède souvent la place à l’expérience ou au ressenti personnel. ↩︎Pietro BOLOGNESI, « Catholicisme romain et protestantisme évangélique : réconciliation, mais sous quelles conditions ? » Revue réformée, 263,2012, disponible en ligne à https://larevuereformee.net/articlerr/n263/catholicisme-romain-et-protestantisme-evangelique-reconciliation-mais-sous-quelles-conditions (consulté le 7 mars 2024). ↩︎
Ces principes sont bien résumés dans l’introduction de Gregg R. ALLISON, Roman Catholic Theology and Practice, An Evangelical Assessment, Wheaton [Illinois], Crossway, 2014, p. 42-67. ↩︎
Voir l’excellent livre de Leonardo DE CHIRICO qui traite cette question du vocabulaire commun qui cache la profondeur des différences entre catholiques et évangéliques : Same Words, Different Worlds, Do Roman Catholics and Evangelicals Believe the Same Gospel?, Londres, IVP, 2021, 145 p. ↩︎
Blocher nous avertit quant à un vocabulaire qui paraît dissoudre le désaccord entre évangéliques et catholiques sur la question des sacrements. « Plusieurs théologiens catholiques contemporains proposent des interprétations qui réduisent le désaccord, au point, parfois, de paraître le dissoudre ; la plupart des évangéliques, cependant, trouvent ces interprétations trop subtiles pour être plausibles, trop éloignées des croyances et du vécu séculaires dans l’Eglise catholique, et encore ordinaires aujourd’hui, pour qu’ils soient rassurés », Henri BLOCHER, op. cit., p. 140. Nous trouvons pourtant qu’il y a parfois un décalage entre les observations de Blocher et les conclusions qu’il en tire pour les relations catholiques-évangéliques. ↩︎
« La croix et nos amis catholiques », Le Maillon, Hiver-printemps 2020, p. 5-11. Margery attire notre attention sur le paragraphe 615 du Catéchisme qui cite Es 53 en déclarant que Jésus « portait des péchés des multitudes » (p. 157) ; à première vue, cela semble affirmer la substitution pénale. Mais il faut lire ce paragraphe conjointement avec le paragraphe 603 où il est écrit que « Jésus n’a pas connu la réprobation comme s’Il avait Lui-même péché » alors que, bibliquement, Jésus a été fait « péché pour nous » (2 Co 5,21) et sur la croix il a connu la réprobation à notre place pour nous en délivrer, fait que la majorité écrasante des théologiens catholiques nient. ↩︎
Catéchisme de l’Eglise catholique 2010. Voir aussi Catéchisme de l’Eglise catholique 1813: Les « vertus théologales » (la foi, l’amour, l’espérance) « sont infusées par Dieu dans l’âme des fidèles pour les rendre capables d’agir comme ses enfants et de mériter la vie éternelle ». ↩︎
Henri BLOCHER, La Doctrine du péché et de la rédemption, Edifac, Vaux-sur-seine, 2000, p. 297. ↩︎
Par moments, Margery dit que ses interlocuteurs catholiques affirment que l’on peut être sauvé sans être baptisé. Mais les textes que les catholiques citent pour appuyer ces propos n’enseignent pas un salut par la foi en Christ, mais bien une vision universaliste du salut qui est bien présente dans l’Eglise catholique depuis le Concile Vatican II (p. 63 ; p. 116, voir Gaudium et Spes no 2). Margery commente l’encyclique Fratelli Tutti du pape François en disant : « Dans la pratique, cela peut conduire à un quasi-universalisme. L’encyclique Fratelli tutti semble donc glisser de la fraternité des humains, fils de Dieu en tant que ses créatures, à l’annonce d’une fraternité religieuse qui inclut toutes les croyances » (p. 64). Ceci est un exemple où l’Eglise de Rome s’éloigne de plus en plus de l’Evangile biblique. Un catholique qui croit aux doctrines officielles du catholicisme risque de croire à l’universalisme, une croyance qui est incompatible avec l’enseignement clair des Ecritures. ↩︎
Voir Leonardo DE CHIRICO, « Not by faith alone? An Analysis of the Roman Catholic Doctrine of Justification from Trent to the Joint Declaration » dans Matthew BARRETT, dir., The Doctrine on Which the Church Stands or Falls, Justification in Biblical, Theological, Historical, and Pastoral Perspective, ed., Wheaton [Illinois], Crossway, 2019, p. 748 et, en français, la critique qu’expose David VAUGHN, « La déclaration commune sur la doctrine de la justification de la fédération luthérienne mondiale et de l’église catholique romaine », La Revue réformée 216, 2002, https://larevuereformee.net/articlerr/n216/declaration-commune-sur-la-doctrine-de-la-justification-de-la-federation-lutherienne-mondiale-et-de-l’eglise-catholique-romaine (consulté le 7 mars 2024). ↩︎
Pas dans le sens où Margery comprend ce terme qui parcourt son livre. Pour lui, la bienveillance semble vouloir dire : ne pas trancher face à une doctrine non-biblique et ne pas imaginer que l’autre personne puisse ne pas être convertie. En revanche, en perspective biblique, nous devons montrer de la bienveillance envers tous, croyant ou non. Nous pouvons faire preuve de bienveillance envers les catholiques que nous ne considérons pas comme sauvés. ↩︎