Féminin VS Masculin

Recension
Calendar15 octobre 2022
PersonOlivier Favre
Couverture

John PIPER et Wayne GRUDEM, Féminin VS Masculin, tr. de l’anglais (50 Crucial Questions – An Overview of Central Concerns about Manhood et Womanhood, 2016) par Annie LISIMAQUE, CLC France, Montélimar, 2021, 101 p.

Comme les auteurs le disent eux-mêmes dans la préface pour présenter leur ouvrage, « ce petit livre a été publié à l’origine en tant que chapitre 2 du livre Recovering Biblical Manhood and Womanhood(Retrouver la masculinité et la féminité bibliques)[1] ». Ce dernier étant un gros volume collectif écrit dans les années 90 pour apporter sa pierre au débat entre ce que nous appelons communément l’« égalitarisme » et le « complémentarisme » dans le domaine du ministère féminin[2].

Dès le départ, les auteurs affichent clairement leur point de vue sur la question : « La position que nous adoptons réaffirme les différences complémentaires existant entre les sexes et l’influence de ces différences sur la relation entre hommes et femmes, pour qu’elle soit la plus épanouissante possible[3] ». « C’est pourquoi nous nous définissons comme complémentaristes[4]. »

Puis le livre est organisé autour de 50 questions clefs permettant aux auteurs de présenter et d’argumenter leur position de manière convaincante à partir de la Parole de Dieu.

La faiblesse d’un tel ouvrage, c’est que toutes les questions ne sont pas traitées avec la même étendue, et qu’à cause de sa brièveté, parfois les auteurs nous renvoient au gros volume en anglais pour avoir des réponses plus fournies. Cela dit, nous croyons qu’un tel livre a une véritable utilité, tant pour ceux qui exercent une position d’autorité dans l’Eglise que pour les autres, car ces « 50 questions clefs » sont bien choisies et représentatives des arguments habituellement exprimés dans le milieu évangélique pour s’opposer à la position complémentariste.

Pour vous « mettre l’eau à la bouche », voici un échantillon des questions abordées dans cet ouvrage.

  1. Où trouvez-vous dans la Bible l’idée que seuls les hommes devraient être pasteurs et anciens dans l’église ?
  1. Si le mari doit traiter son épouse comme Christ le fait pour l’Eglise, cela veut-il dire qu’il devrait régir tous les détails de sa vie et qu’elle devrait soumettre tous ses actes à son approbation ?
  1. Qu’en est-il de la manière libératrice dont Jésus traite les femmes ? Ne renverse-t-il pas nos traditions hiérarchiques en ouvrant la voie pour que les femmes aient accès à tous les rôles au niveau du ministère ?
  1. Un pasteur ne peut-il pas autoriser une femme à enseigner les Ecritures à l’assemblée tout en continuant à assumer lui-même l’autorité sur l’église ?
  1. Pourquoi est-il acceptable de chanter des cantiques et de recommander des livres écrits par des femmes, mais pas de leur permettre de dire ces mêmes choses de façon audible ?
  1. Permettre aux femmes l’accès à toutes les fonctions et à tous les rôles n’est-il pas une simple question de justice, ce que même notre société reconnaît ?

Nous signalons tout de même un bémol. Dans la question 23, « Comment pouvez-vous approuver que les femmes prophétisent dans l’église, mais pas qu’elles soient pasteurs ou anciens ? La prophétie n’est-elle pas au cœur de ces rôles ? », les auteurs répondent en faisant référence à la position de Grudem sur la prophétie « faillible[5] ». Ils affirment : « Dans l’Eglise primitive, la prophétie au cours du culte ne revêtait pas le caractère d’une révélation autoritaire et infaillible que nous associons aux prophéties écrites de l’Ancien-Testament[6] ». Personnellement, il nous semble que cette position ne résiste pas à l’examen biblique et qu’il est plus juste d’expliquer le rôle spécial joué par des femmes dans l’histoire biblique en soulignant la distinction entre « ministère exceptionnel » et « ministère institutionnel ». Car dans la Bible nous ne voyons jamais de femmes établies dans un « ministère institutionnel » (sacrificateurs et lévites dans l’A.T., anciens dans le N.T.), alors qu’il arrive que Dieu en établisse parfois, selon sa volonté souveraine, dans des « ministères exceptionnels », comme Débora et les filles de Philippe[7].

Pour conclure, cet ouvrage, bien qu’il soit succinct, mérite toute notre attention, car il apporte une argumentation bibliquement fondée au débat actuel autour du ministère féminin en francophonie.


  1. P. 15. Cet ouvrage est disponible gratuitement en ligne sur le site de www.desiringgod.org. ↩︎

  2. « L’égalitarisme » se référant à ceux qui pensent que tous les ministères sont ouverts de façon égale aux hommes comme aux femmes, « le complémentarisme » se référant à ceux qui pensent que les hommes et les femmes sont complémentaires et qu’ainsi le ministère de la prédication et de la direction de l’église sont réservés aux hommes. ↩︎

  3. P. 19. ↩︎

  4. P. 20. ↩︎

  5. Développée dans son livre en anglais : Wayne Grudem, The Gift of Prophecy in the New Testament and Today, Wheaton [Illinois], Crossway, 2000, 400 p. ↩︎

  6. P. 46-47. ↩︎

  7. Jg 4-5 ; Ac 21.8-9. ↩︎