Façonné par Dieu

Recension
Calendar19 mars 2022
PersonSolveig Vincent-Dret
Couverture

John PIPER, Façonné par Dieu, Comment développer des pensées et des sentiments en accord avec les Psaumes, tr. de l’anglais (Shaped by God: Thinking and Feeling in Tune with the Psalms) par Olivia Zhang, Trois-Rivières, Publications Chrétiennes, 2020, 116 p.

Un petit livre avec une grande ambition, voilà ce que John Piper nous propose. À travers une sélection de six psaumes, il cherche à montrer comment la méditation du Psautier peut nous aider à développer des sentiments et pensées saints dans diverses circonstances de la vie, telles que la dépression spirituelle, la culpabilité ou la louange.

Nous relevons en particulier trois forces dans cet ouvrage.

Premièrement, il rappelle l’importance des émotions dans la foi[1]. Dans certains milieux évangéliques, il existe le risque de minimiser la place des sentiments, ou de s’en méfier, au profit de la connaissance. Or, Piper indique qu’une tête bien remplie ne suffit pas à orienter le cœur. Tourner ses pensées vers Dieu, réfléchir souvent à ce qu’il dit (en d’autres termes : la méditation biblique) produira du plaisir chez le chrétien, nous dit l’auteur selon le Psaume 1 : « C’est l’objectif même des Psaumes : nourrir notre pensée de manière à réjouir notre cœur »[2].

Deuxièmement, Piper veut nous montrer comment gérer avec sainteté nos émotions et pensées. En effet, il est heureux et réconfortant de trouver dans la Bible des personnes qui ont pensé ou ressenti la même chose que nous à un moment spécifique. Toutefois, il est plus difficile de savoir quoi en faire (surtout s’il s’agit de pensées ou d’émotions négatives), si elles sont légitimes ou proviennent de notre nature pécheresse, et surtout, comment réagir dans une circonstance donnée… Piper affirme à nouveau l’adéquation des Psaumes pour répondre à ces questionnements : « Leur objectif est de façonner la manière dont l’esprit pense et le cœur ressent. »[3].

Troisièmement, cet ouvrage indique systématiquement le lien entre les Psaumes et Jésus-Christ, ainsi que la nouvelle alliance. Les exemples fournis sont bien utiles pour montrer comment ces textes (rédigés sous l’ancienne alliance) s’appliquent dans le cadre de la nouvelle alliance, c’est-à-dire notre quotidien[4] ! Une mention spéciale doit être faite pour le chapitre 5 sur les psaumes imprécatoires[5]. En effet, qui n’a jamais été mal à l’aise en lisant ce genre de passages qui semblent contredire le commandement d’amour pour son prochain ? Comment comprendre et que faire de ces psaumes ? À l’aide du Psaume 69, Piper répond avec pédagogie.

Malgré ces points forts, nous déplorons plusieurs faiblesses majeures.

La première a trait au ratio « taille/contenu » : en dépit de sa petite taille, l’ouvrage se révèle très dense. La (sur)abondance de points de réflexion complique la tâche au lecteur : chaque chapitre contient plusieurs sous-parties (parfois elles-mêmes subdivisées), trop nombreuses par rapport au nombre de pages et pas toujours liées entre elles de manière évidente. On passe (trop) vite d’un point à un autre, oubliant un certain nombre d’entre eux au fur et à mesure… Une ou deux phrases de résumé en guise de conclusion auraient été bien utiles à cet égard.

La deuxième faiblesse réside dans le fait que l’argumentation de Piper manque parfois d’assise. Ses affirmations ou conclusions nous semblent hâtives en certains endroits. Est-ce dû à une divergence d’interprétation[6] ou, de nouveau, à un défaut de place[7] ? Aurait-il été possible de réduire le nombre d’éléments de réflexion au profit d’explications plus complètes ? Nous sommes conscients qu’il s’agit là d’un équilibre bien difficile à atteindre.

Quoi qu’il en soit, ces deux points complexifient la lecture et la réflexion du lecteur. Produire un livre de petite taille est souvent un bon compromis pour les personnes qui manquent de temps ou qui n’aiment pas lire. La densité du contenu et le raisonnement pas toujours aisé à suivre ou incomplet pourraient décourager certains. Ceux qui prendront le temps de méditer ces réflexions devraient, pour leur part, en tirer profit pour leur marche avec Dieu.


  1. P. 25-26. ↩︎

  2. P. 17. ↩︎

  3. P. 26. ↩︎

  4. Mentionnons l’exemple édifiant du chapitre 3, qui montre à travers le Psaume 51 que le péché du roi David a été pardonné à l’avance, puis réalisé en Christ (p. 46-49). ↩︎

  5. C’est-à-dire « des malédictions, contre les ennemis de Dieu » (p. 80). ↩︎

  6. À supposer, dans ce cas, que le texte biblique n’est pas suffisamment clair en lui-même et laisse donc la porte ouverte à plusieurs interprétations. ↩︎

  7. Citons, par exemple, le chapitre 2 dans lequel Piper affirme qu’au verset 8 (ou 9, selon les versions) du Psaume 42, le roi David réaffirme sa confiance dans l’amour souverain de Dieu envers lui (p. 31-32). Or, ce verset pourrait plutôt exprimer le désarroi, l’incompréhension du psalmiste qui subit épreuve sur épreuve et se sent abandonné dans sa situation actuelle, par contraste avec les moments de douceur dont il se souvient (v. 5 et 10). La version de la Bible utilisée peut certes jouer un rôle dans la manière de comprendre ce verset (certaines traductions utilisent le présent au lieu du passé au v. 9), mais le lecteur ira logiquement se référer à la version du psaume fournie au début du chapitre. Autre exemple : Piper affirme qu’au verset 5, où le psalmiste se remémore des moments de louange collective, ce qu’il ressent « n’est pas de la nostalgie » ni « un accès sentimentaliste de sa part, mais bien l’œuvre surnaturelle de Dieu » (p. 36). À nos yeux, ce verset semble pourtant bien empreint de nostalgie et ressemble fort à un cri du cœur. Nous peinons à comprendre pourquoi le fait de se souvenir du passé ne pourrait pas susciter en nous de la nostalgie, tout en nous motivant à reprendre espoir. ↩︎