Être membre d'une Église locale

Recension
Calendar6 juin 2020
PersonStephen Orange
Couverture

Jonathan LEEMAN, Être membre d’une Église locale, L’importance de représenter Jésus aux yeux du monde, tr. de l’anglais (Church Membership: How the World Knows Who Represents Jesus, 2012) par Nathalie SURRE, 9Marks, Publications Chrétiennes, Trois-Rivières [Québec], 2018, 174 p.

La pertinence de ce livre risque, de par son titre, de ne pas être bien comprise. La première partie, « Être membre d’une Église locale », peut nous faire croire qu’il est question d’un manuel technique pour une sous-catégorie de chrétiens appelés « membres » d’une Église locale. Pourtant, le livre est un plaidoyer en faveur d’une vision grandiose de l’importance de l’Église locale, et par conséquent, l’adhésion de tout chrétien à l’Église locale. C’est ainsi que la traduction française de ce livre parle souvent d’« adhésion à une Église » au lieu d’« être membre d’une Église ». La deuxième partie du titre, « L’importance de représenter Jésus aux yeux du monde », peut, quant à elle, nous paraître tellement bizarre que nous pourrions faire l’impasse sur son sens.

Ce qui serait une erreur. Cette expression (y avait-il un moyen de la formuler autrement ? Peut-être…) va au cœur du privilège et de la responsabilité qui sont propres au croyant en Jésus-Christ dans ce monde. Car Leeman dresse un portrait de l’Église en faisant une comparaison entre la relation d’un citoyen à sa nation (l’Etat) et le chrétien à l’Église. Si l’Etat a le pouvoir du glaive (et, par conséquent, le citoyen a une relation avec l’Etat qui est plus exigeante, plus formelle qu’une adhérence à un quelconque club bénévole), l’Église a le pouvoir « des clés » (et, par conséquent, le chrétien a une relation à l’Église qui est plus exigeante, plus formelle, qu’une adhérence à un club bénévole). Et pourtant, par défaut, notre société considère l’appartenance à l’Église comme se situant sur le même plan que la participation à une activité bénévole. Mais, selon Leeman, l’Église est comme une ambassade – un avant-poste d’un royaume, spirituel certes, mais toutefois bien réel. Lorsqu’un chrétien comprend que l’Église a la tâche de « représenter » Jésus ici-bas, il constate que ce n’est ni anodin, ni « optionnel » de faire partie d’une Église.  C’est même juste pour le chrétien de se soumettre à l’Église. Si ce propos heurte nos sensibilités, c’est la preuve, dirait Leeman, de l’écart qui existe entre notre pensée et la pensée biblique.

Le livre sert à rappeler aux croyants en Christ la portée de leur appartenance à Jésus-Christ : adhérer à Jésus-Christ par la foi, c’est adhérer à l’Église ; bien plus, c’est être l’Église de Christ (en partie, car l’Église, répétons-le pour notre contexte « post-chrétien » en Europe, n’est pas le bâtiment, mais le peuple, le rassemblement de membres de ce royaume qui avance).

De cette réalité découlent deux définitions importantes : (1) ce qu’est l’Église locale et (2) ce qu’est un « membre » d’une Église locale.  D’abord, « Une Église locale est un groupe de chrétiens qui se réunissent régulièrement au nom de Christ pour manifester officiellement leur appartenance à Jésus-Christ et à son royaume par la prédication de l’Évangile et les ordonnances de l’Évangile, et pour veiller les uns sur les autres[1]. » Deuxièmement, « le statut de membre d’Église implique une relation formelle entre une Église et un chrétien, où l’Église atteste la bonne marche d’un chrétien et veille sur lui, et où le chrétien se soumet à l’Église pour vivre sa vie de disciple sous ses soins[2]. » Cette compréhension de l’Église et en quoi consiste l’adhésion à une Église est établie dans les quatre premiers chapitres, terminant avec un résumé : « Douze raisons pour lesquelles il importe d’adhérer à l’Église locale. »

Les chapitres 5 à 8 construisent sur cette base, et traitent des questions qui en résultent : comment devenir membre (ch. 5), comment se soumettre à l’Église (ch. 6) et ce qui devrait se passer lorsqu’un membre échoue dans ces responsabilités (ch. 7). L’adhésion à l’Église en tant que membre, doit-elle revêtir la même forme partout ? Le chapitre 8 répond à cette question et plaide en faveur d’un certain degré de souplesse quant à la forme : des considérations telles que le lieu où le baptême a lieu ou le fait de passer par des cours avant de devenir membre peuvent varier en fonction du type de société dans laquelle l’Église se trouve, pourvu que la forme en question soit en adéquation avec les critères du Nouveau Testament (développés dans les chapitres précédents).

Dans ces chapitres il se trouve également des « excursus » utiles pour aborder des questions plus complexes (la relation d’un croyant envers les responsables d’Église, les limites de la soumission dans un contexte local).

En résumé : ce livre aide les chrétiens à concevoir autrement l’Église et leur appartenance à l’Église[3]. Il est court, biblique, non technique, bien illustré et appliqué, et accessible à tout chrétien.  Il est à recommander (1) à ceux qui sont dans nos Églises mais qui ne sont pas sûrs de ce qu’un engagement peut signifier ; (2) à nos membres existants qui ignorent la grandeur ce qu’est leur Église locale (toute petite et faible qu’elle peut paraitre ici-bas) ; et (3) à nos responsables, pour qu’ils soient capables de bien expliquer aux autres la haute responsabilité qu’implique l’adhésion à leur Église locale.


  1. P. 71 (dans le livre, la définition figure en italiques). ↩︎

  2. P. 84-85 (dans le livre, la définition figure en italiques). ↩︎

  3. le livre présuppose une ecclésiologie congregationnaliste, sans que cela empêche une application utile des principes énumérés aux autres traditions ecclésiales. ↩︎