
Pascal DENAULT, Florent VARAK, Deux perspectives sur le millénium (Perspectives évangéliques), Lyon, Clé, 2021, 121 p.
Recension préparée par un pasteur de conviction prémillénariste
La doctrine de la fin des temps est un thème biblique majeur ! Savoir ce qu’enseignent les Saints Écrits sur la venue en gloire du Maître, le dénouement de l’histoire de l’humanité ainsi que le jugement dernier ne peuvent nous laisser sans voix. Il y eut un temps où ce sujet fut la friandise de plusieurs Églises, pasteurs et théologiens, puis fut mis de côté car trop polémique, trop vaste, trop compliqué… Mais, comme l’indique l’introduction du livre, l’eschatologie revient au-devant de la scène médiatique évangélique. Notons d’ores et déjà que Pascal Denault et Florent Varak ont développé leurs conclusions de manière honorable, paisible et respectueuse. En cela déjà, l’ouvrage nous éduque à affirmer nos compréhensions doctrinales de manière irénique. Je ne parle pas ici de compromis, de consensus, mais d’écoute, de tempérance et de droiture.
Dans sa forme, il aurait été intéressant d’attribuer au livre un bref chapitre sur l’impact concret de l’eschatologie dans nos vies et nos congrégations. Bien que cela soit succinctement évoqué, une exposition plus développée du tronc commun de ces deux perspectives aurait été appréciée afin de stimuler une conviction personnelle mesurée auprès des lecteurs. Les 120 pages de l’ouvrage n’ont, de loin, pas épuisé le sujet et pour cause ! Ce travail reste néanmoins une excellente introduction du thème autour du millénium. Les lecteurs, initiés ou pas, auront l’opportunité d’identifier aisément ce qui particularise ces deux positions. L’art rhétorique de ces deux tribuns y contribue certainement beaucoup.
Pascal Denault résume assez bien sa position eschatologique : le millénium symbolise l’âge de l’Église tout entière entre le premier et le deuxième avènement du Christ. Jésus a donc inauguré son règne « millénaire » avec sa première venue, et cela ne sera pas lors de sa seconde venue ! L’accent sur le langage figuratif est un point clé de cette position. Fréquemment, l’approche herméneutique glisse vers l’interprétation symbolique avant de rechercher et établir des spécificités littérales. L’interprétation de l’expression « première résurrection[1] » en est un bel exemple. Toujours dans ce même registre, les amillénaristes soutiennent que les promesses non-accomplies de l’Ancien Testament faites à la nation d’Israël sont symboliquement remplies en Christ et dans l’Église à cette époque actuelle, le millénaire.
Florent Varak, quant à lui, démontre aisément qu’Apocalypse 20.4-6[2] représente un moment à venir et certainement pas actuel. Plutôt que de représenter un règne spirituel qui se déroule aujourd’hui parmi les croyants – bien que Christ règne sûrement actuellement dans la vie de son peuple – le millénaire est décrit comme un moment historique et visible de l’histoire qui suit la tribulation et précède le jugement final. Le « déjà/pas encore », notons-le, n’est pas une exclusivité amillénariste ! Que faire donc de tous ces textes[3] vétérotestamentaires qui décrivent un état non-représentatif du ciel et encore moins actuel ? Un survol rapide d’Esaïe 65 suffit pour concevoir l’embarras d’un millénium actuel, comme le relève habilement Florent Varak.
Certains lecteurs se sentiront peut-être distancés par quelques raisonnements herméneutiques. La densité des Écritures ne doit en aucun cas les décourager, bien au contraire. Lorsqu’on évoque la fin des temps, cela doit être un puissant stimulant, car Christ est sur le retour ! Comme l’évoque à juste titre Matthieu Moury[4] : « … c’est en Christ que toute eschatologie doit commencer et aboutir »[5]. Jamais, au cours des différents échanges, cet ouvrage n’a succombé aux sirènes d’une herméneutique journalistique. Deux lectures et interprétations différentes, certes, mais un désir indéniable : proclamer la royauté de notre Seigneur Jésus-Christ, penser et agir pour la gloire de son nom. C’est avec une telle disposition d’âme que le lecteur doit aborder cet ouvrage.
Luciano BRANCO
Recension préparée par un pasteur de conviction amillénariste
L’objectif de cette série Perspectives évangéliques des Editions Clé est extrêmement louable. Elle vise à « faire entrer en dialogue plusieurs conceptions contraires sur des sujets conversées ayant trait à la foi évangélique » (p. 5) et cela, tout en essayant « d’apprendre à échanger avec respect et amour dans l’Eglise » (p. 14). Est-ce possible avec un sujet si débattu et si vif qu’est la question du millénium ?! Merci Seigneur ! Les deux auteurs, Pascal Denault et Florent Varak, font preuve de ces deux caractéristiques que sont le respect et l’amour, cela tout en gardant un désir ardent de sonder les Ecritures pour y obéir.
La grande force de ce livre est également sa grande faiblesse : sa brièveté. 120 pages seulement pour couvrir une introduction, la présentation des deux points de vue, ainsi qu’une critique de chacune des présentations. La brièveté nous laisse avec beaucoup de questions, interrogations, voire frustrations ! Heureusement que les auteurs fournissent chacun une bibliographie permettant d’approfondir le sujet (p. 119-120).
Le point de vue amillénariste est représenté par Pascal Denault, pasteur à Saint-Jérôme au Québec, et co-animateur de l’émission Coram Deo. C’est Florent Varak (ancien pasteur de l’EPEVC en région lyonnaise, et qui anime le podcast Un pasteur vous répond) qui présente les arguments en faveur du prémillénarisme historique. Il est dommage que d’autres opinions sur le millénium ne soient pas proposées (le postmillénarisme, et le prémillénarisme dispensationaliste), mais le directeur de la publication explique pourquoi l’amillénarisme et le prémillénarisme ont été choisis (p. 13) et inclure d’autres points de vue aurait évidemment nécessité beaucoup plus de pages.
La partie la plus instructive du livre pour moi, c’est sans doute la présentation de Varak sur le prémillénarisme. Il m’a ouvert les yeux pour comprendre un point de vue auquel je n’adhère pas. Par exemple, il m’a aidé à apprécier l’étendue des textes bibliques, notamment parmi les prophètes postérieurs qui peuvent être cités comme ayant trait au millénium.
J’ai également appris qu’un des arguments en faveur du prémillénarisme semble être l’apparente contradiction entre, d’un côté, le règne des croyants promis pendant le millénium (Ap 20,4 et 20,6), et, d’un autre côté, la souffrance et le rejet que nous vivons ici-bas. Varak le précise : « l’Eglise ne règne pas maintenant » (p. 82). Là, je perçois un souci pastoral potentiel. Certes, il est vrai qu’un jour l’Eglise va régner avec le Christ – lors de la résurrection (Ap 22,5). Mais n’est-ce pas exactement le but de l’apôtre Jean dans le livre de l’Apocalypse de montrer qu’en Christ on règne durant ce siècle présent si l’on reste fidèle au témoignage ? Il a fait de nous des rois et des prêtres dès maintenant (1,6 ; 5,10). Si nous suivons le Roi-Agneau en étant un fidèle témoin, alors on est vainqueur (certes, de façon paradoxale) par la mort et la souffrance, tout comme lui il l’a été dans la souffrance et la mort (Ap 5,5-6, ; 2,10-11 ; 3,21). Si nous, peuple de Dieu, étions toujours en train d’attendre le règne du Christ, est-ce que nous aurions autant d’audace et de confiance en souffrant pour notre témoignage ici-bas ?
Du côté de Denault, j’ai beaucoup apprécié l’explication lucide sur le sujet (complexe !) du chronométrage du « déjà-et-pas-encore » chez Jean (p. 19-21), ainsi que les liens qu’il a essayé de démontrer entre Apocalypse 20 et d’autres textes en Apocalypse (p. 34), dans les évangiles (p. 27-29) et dans les épîtres (p. 29-31). A mon sens, il aurait pu renforcer ses arguments en contrant la vision chronologique de l’Apocalypse que Varak met en avant (p. 69). En effet, il existe plusieurs indices qui pointent vers une structure plutôt récapitulative et cyclique. Jean parle, par exemple, de la chute de Babylone à huit reprises (à l’intérieur des ch. 14-19), et d’un « rassemblement à la guerre » trois fois (16,14 ; 19,19 ; 20,8), mais sans qu’il soit question de plusieurs chutes ou de trois guerres différentes[6]. Ainsi, peut-être que 20,1-6 ne suit pas de façon chronologique ce qui précède ?
Pour résumer, j’ai appris beaucoup de choses nouvelles sur ce vaste sujet. Je recommande vivement ce court livre à celles/ceux qui voudraient entendre quelqu’un qui ne partage pas forcément le même avis, mais qui a surtout bien réfléchi sur le sujet. Et tout comme ces deux auteurs, efforçons-nous continuellement de nous aiguiser les uns les autres, avec amour et respect, dans notre compréhension du texte biblique.
« A celui qui nous aime, qui nous a lavés de nos péchés par son sang et qui a fait de nous un royaume, des prêtres pour Dieu son Père, à lui soient la gloire et la domination aux siècles des siècles ! Amen ! »
(Ap 1,5-6)
James CLARK