
Christophe PAYA, Comprendre Matthieu 14-28 aujourd’hui, Charols, Excelsis, 2020, 360 p.
Ce commentaire fait partie de la série « La Bible et son message » dont Christophe Paya et Matthieu Richelle sont les rédacteurs en chef. L’objectif de cette série est : « exposer le plus clairement possible le sens du texte, puis déduire de son contenu même un message pour aujourd’hui[1] ». Pour arriver à ce but, chaque section de l’évangile de Matthieu est analysée selon trois optiques : (1) « structure et contexte », (2) « commentaire », et (3) « message[2] ».
Cette série vise les « croyants désireux de mieux comprendre la Bible et de mettre en pratique ses enseignements » ainsi que les « personnes chargées de communiquer son message[3] ». Ce volume de Paya sur Matthieu 14 à 28, qui fait suite à celui qui a paru en 2013 sur la première partie de l’évangile, atteint largement cet objectif ! Il est utile pour quelqu’un chargé d’enseigner ce texte ou n’importe quel croyant sérieux qui veut bien comprendre, communiquer, et vivre le message de Matthieu.
Ce commentaire est particulièrement fort dans sa vision intégrée de l’évangile. Paya fait attention au développement de la narration au sein de l’évangile. Il évite le danger d’interpréter les versets hors contexte ou d’imposer le contexte d’un autre passage. Il lie chaque passage aux évènements et aux discours précédents et suivants qui éclairent le sens du texte.
Cette approche évite les réponses simplistes qu’on peut entendre sur les questions importantes. Par exemple, quand Jésus dit : « enseignez-leur à mettre en pratique tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28.20), quel est le contenu de « ce que je vous ai prescrit » ? Paya répond : « Les lecteurs chrétiens ne peuvent pas répondre à l’ordre missionnaire du chapitre 28 s’ils n’ont pas d’abord suivi le parcours du chapitre 10 et ne se sont pas imprégnés de l’ensemble du message et des actes de Jésus[4]. »
Un autre point fort est l’interaction avec les spécialistes de l’évangile de Matthieu. Même s’il ne veut pas « surcharger [ses] réflexions d’indications techniques et bibliographiques qu’on trouvera dans d’autres commentaires »[5], il est clair que Paya est au courant des discussions et des débats actuels. Dans les notes de bas de page, on constate qu’il entretient un dialogue avec des chercheurs actuels, notamment Ulrich Luz, Craig Keener, Donald Hagner, David Garland et John Nolland.
Malgré toutes ces forces, il reste quelques points faibles. Certaines faiblesses sont imposées par la structure de la série. La structure qui traite chaque passage selon les trois optiques implique une certaine répétition. En outre, certains passages sont assez longs, ce qui fait que les trois sections d’interprétation sont éloignées dans le livre et pas bien intégrées. Par exemple, le livre prend 13.54 à 17.27 comme un seul passage. Cela veut dire que si on voulait étudier la transfiguration (17.1-13), on chercherait la structure et le contexte à la page 11, le commentaire aux pages 66 à 71, et le message aux pages 103 à 104.
Une autre contrainte de la série est le manque d’index (sujets, auteurs, références bibliques). Un commentaire biblique n’est pas normalement lu en entier, mais plutôt employé comme outil pour comprendre des passages spécifiques. Les index facilitent la recherche du passage ou du sujet voulu.
Par ailleurs, fait surprenant, certains passages difficiles ne sont pas commentés. Par exemple, la remarque de Jésus dans 24.36 (« Quant au jour et à l’heure, personne ne les connaît… ni même le Fils ») suscite pas mal de questions théologiques, mais aucune explication n’est donnée. Ceci est peut-être dû aux contraintes de taille dans la série, mais quelques remarques auraient été appréciées.
L’interprétation de l’appel à la mission dans Matthieu 28 est aussi étonnante : « La mission de l’Église peut s’accomplir dans le proche ou le lointain ; elle peut obliger l’Église à franchir des frontières ou simplement traverser la rue[6]. » Cette approche généralise ce qui semble être un commandement spécifique. Le pasteur et missiologue David Platt résume l’avis de beaucoup de missiologues : « L’appel à la mission dans Matthieu 28 n’est pas un ordre général à faire des disciples et à multiplier les Eglises parmi le plus grand nombre de personnes possible. L’appel à la mission dans Matthieu 28 est un ordre spécifique à faire des disciples et à multiplier les Eglises parmi toutes les nations[7]. »
Mais ces faiblesses ne diminuent pas la grande valeur de cet ouvrage important et précieux.
P. 7. ↩︎
Cette approche fait penser à deux autres séries de commentaires : la série « Word Biblical Commentary » (une série plus technique qui emploie les catégories : (1) « Form/Structure/Setting » ; (2) « Comment » ; (3) « Explanation ») et la série « NIV Application Commentary » (qui emploie les catégories : (1) « Original Meaning », (2) « Bridging Contexts », (3) « Contemporary Significance »). ↩︎
P. 8. ↩︎
P. 345. ↩︎
P. 7. ↩︎
P. 345. ↩︎
Conférence à Talbot School of Theology, Biola University, le 11 mars 2020. ↩︎