Comprendre et aimer les Psaumes

Recension
Calendar23 janvier 2024
PersonJames Hely Hutchinson
Couverture

W. Robert GODFREY, Comprendre et aimer les Psaumes, tr. de l’anglais (Learning to Love the Psalms, 2017) par Vincent COLLET, Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes, 2023, 278 p.

Ce livre est édifiant et utile, mais aussi atypique et non sans faiblesses. Un lecteur potentiel fera bien d’aller au-delà du titre avant de décider s’il voudrait en profiter.

Par la providence de Dieu, j’ai lu un très grand nombre de livres sur les Psaumes, mais le genre représenté par l’ouvrage de Godfrey est unique dans mon expérience[1]. Tout au long des 50 chapitres du livre, l’auteur vise à inculquer une bonne appréciation du livre des Psaumes (le titre original veut dire « Apprendre à aimer les Psaumes »). Pour ce faire, il résume ses thèmes, considère ses formes poétiques, traite de son déroulement structurel et aborde certaines difficultés d’interprétation qu’on rencontre dans les Psaumes. En même temps, pour l’essentiel, cet ouvrage correspond à un commentaire, partiellement exégétique/herméneutique et partiellement thématique, sur 37 psaumes individuels.

Robert Godfrey a été exposé aux Psaumes dès sa conversion et, plus tard dans sa vie, a trouvé un plaisir particulier à étudier ce livre biblique. Il n’est pas un spécialiste de l’Ancien Testament, mais un professeur retraité d’histoire de l’Eglise bien respecté, et ses connaissances en matière de théologie historique sont un atout dans ce livre. Avant de le lire, j’ignorais ce dicton de l’Eglise primitive : « Toujours un psaume à la bouche, toujours Christ dans le cœur » (p. 4)[2].

Quels critères président à la sélection des psaumes commentés, et quel type de commentaire est mis en avant ? Pour chacun des cinq livres du psautier, l’auteur propose un survol et ensuite vise à illustrer des aspects du livre au moyen d’une étude d’une demi-douzaine de psaumes. Il « ne vise pas une exégèse détaillée » mais « plutôt des pistes pour approfondir [n]otre compréhension des Psaumes… » (p. 49). Ainsi, il ne s’agit pas régulièrement d’exposés des psaumes choisis mais souvent de tremplins pour aborder tel thème (le temple, les imprécations, les lieux et les personnages évoqués dans le psautier…) Un accent dans le livre, qui est également l’une de ses forces, est son christocentrisme, conformément au dicton cité dans le paragraphe précédent. Ces remarques sur le psaume 78 illustrent cela (p. 152) :

[S]i le manque de foi d’Israël est résolu grâce au roi et au temple, que se passe-t-il lorsque la royauté tombera et que le temple sera détruit ? La solution, bien sûr, tient en Jésus. C’est lui qui va restaurer la monarchie davidique. C’est aussi lui qui incarnera le vrai temple. Loin d’échouer, les promesses de Dieu s’accomplissent d’une manière plus merveilleuse et plus complète que quiconque aurait pu l’imaginer.

Ses propositions concernant la structure du livre des Psaumes semblent souvent ténues[3] : à ce sujet, l’auteur aurait pu bénéficier de la littérature qui est disponible dans ce domaine. Concernant les psaumes individuels, Godfrey exagère l’importance du centre des poèmes à titre de clé du message (p. 36-38). Dans son choix de psaumes pour des commentaires, son omission des deux premiers est surprenante compte tenu du fait qu’il consacre un chapitre à chacun des cinq derniers psaumes. Il lui arrive également de mettre en avant des généralisations insuffisamment nuancées, par exemple que « tous les psaumes sont aussi les cantiques de notre grand Roi, le Christ Jésus » (p. 25) ou que « toutes les références faites à Dieu dans les Psaumes sont des références au Fils divin » (p. 29)[4].

Abstraction faite de ces considérations[5], le but de l’auteur est atteint. La lectrice/le lecteur, surtout si elle/il ne connaît pas bien ce livre biblique, en aura l’eau à la bouche. L’estimation de Godfrey du thème global du livre – « la bonté et l’amour indéfectible de Dieu envers le juste » (p. 17-21) – est bien ciblée, et son amour de la parole de Dieu est bienfaisant (« Arrêtons-nous un instant pour nous laisser emporter… », p. 234).


  1. Celui qui y ressemble le plus est Geoffrey W. GROGAN, Prayer, Praise and Prophecy, A Theology of the Psalms, Fearn [Ross-shire], Christian Focus, 2001, 330 p. ↩︎

  2. J’ai également appris que plusieurs des grands théologiens du passé « nous ont exhortés à chanter les Psaumes, comme Augustin, Martin Luther, Jean Calvin, John Knox, Abraham Kuyper, John Cotton et John Murray… » (p. 274). ↩︎

  3. P. ex., il croit discerner l’entrée triomphale du Christ dans le psaume 21, l’ascension dans le psaume 24 et la Pentecôte dans le psaume 25 (p. 38). Par ailleurs, il considère que chacun des cinq derniers psaumes « reprend et conclut » l’un des cinq livres (Ps 146 pour le premier livre, etc.) Pour notre appréciation du déroulement structurel du psautier, cf. « The Psalter as a Book », dans Andrew G. SHEAD, dir., Stirred by a Noble Theme, The Book of Psalms in the Life of the Church, Nottingham, Apollos, 2013, p. 23-45 ; « Le messianisme dans le livre des Psaumes », Redécouvrir les Psaumes (Interprétation), Vaux-sur-Seine/Charols, Edifac/Excelsis, 2015, ch. 5-6, p. 105-150. ↩︎

  4. Par rapport à son identification de l’alliance mosaïque aux pages 171-181, cf. notre Answering the Psalmist’s Perplexity, New-Covenant Newness in the Book of Psalms (New Studies in Biblical Theology 62), Londres, Apollos/IVP, 2023, 243 p. ↩︎

  5. Sur ces plans-là, on pourra préférer l’introduction au livre des Psaumes dans la Bible d’étude du Semeur, ainsi que « Note sur le livre I/II/III/IV/V », une page de résumé concernant la structure de chaque livre, aussi dans Bible d’étude, Semeur 2015, Charols, Excelsis, 2017, p. 851, 879, 897, 913, 945. ↩︎