Commentaire sur l’Apocalypse de Jean

Recension
Calendar24 février 2022
PersonCharles Kenfack
Couverture

Sylvain ROMEROWSKI, Commentaire sur l’Apocalypse de Jean, La victoire de l’Agneau et de ses rachetés, Charols, Excelsis, 2020, 676 p.

Sans doute à cause des quelques difficultés de compréhension qu’il laisse derrière lui, le livre de l’Apocalypse ne semble pas être le premier choix de lecture pour un lecteur « normal » de la Bible. L’utilité d’un bon commentaire pour guider le lecteur se trouve alors accrue…

Si la « brique » (1245 pages) de G. K. Beale (The Book of Revelation) apparaît incontournable, il faut dire que cet ouvrage peut paraître peu digeste (car souvent technique), et, potentiel obstacle supplémentaire, le commentaire est en anglais.

Au final, rares sont les commentaires satisfaisants (nourrissants et digestes) en français. Depuis fin 2020, cette impression pourrait ne plus être que du passé, car le Commentaire sur l’Apocalypse de Jean de Sylvain Romerowski est arrivé ! L’ouvrage est le meilleur commentaire que nous avons jamais lu sur l’Apocalypse, de par son caractère rigoureux, la maîtrise qu’a l’auteur du contexte et de l’Ancien Testament (AT), terreau dans lequel Jean puise, et la clarté dont fait preuve Sylvain Romerowski tout en présentant les autres interprétations proposées.

Pour bien comprendre et s’approprier le message d’un livre, il est capital de bien cerner ce qui était destiné aux premiers auditeurs. Le premier grand apport du commentaire de Sylvain Romerowski est le fait de bien informer le lecteur sur le contexte historique que vivaient les premiers chrétiens, ce qui éclaire souvent remarquablement l’interprétation. Par exemple, on comprend mieux la sévérité des avertissements de Jean lorsqu’on se rend davantage compte des persécutions et des dangers de compromission qui pesaient sur les Eglises de la région d’Asie de la fin du 1er siècle où l’empereur Domitien s’est fait appeler « seigneur et dieu », exigeant qu’on lui rende un culte (p.14ss). On se réjouit aussi de comprendre que la tiédeur vomitive de l’Eglise de Laodicée (Ap 3.16) est en lien direct avec l’eau (brouillée et nauséeuse et, au final, « dangereuse pour la santé ») que recevait la ville par le moyen d’un aqueduc. En effet, les eaux tièdes (« 35 °C ») de Laodicée se situaient à mi-parcours entre celles bouillantes et médicinales (« 80 °C ») de Hiérapolis et les eaux issues de la source pure, fraîche et désaltérante de Colosses (p.164s).

Sur le plan de la rigueur, le lecteur appréciera, par exemple, la démonstration de l’auteur qui, dans le livre, met en évidence sept cycles de l’histoire se soldant chaque fois par la manifestation de la colère de Dieu qui arrivera à la fin des temps (p.530s, 216s, 405ss, 425ss… ; cf. 441s). Ce fait permet à Sylvain Romerowski de conclure logiquement que la perspective de l’auteur de l’Apocalypse ne consiste pas à présenter les événements d’une manière chronologique (p. 532). Les passages difficiles, comme celui sur les deux témoins (Ap 11.1-13 : cf. p.279ss), le chiffre 666 (p.383ss) et le millénium (p.535-554 ; cf. p.525s), reçoivent un traitement consistant et bibliquement soutenu.

Un autre élément qui frappe à la lecture du commentaire, c’est sa clarté. Nous trouvons que cet aspect rend bien justice au titre du livre. En effet, de par l’étymologie, l’Apocalypse n’est pas censée complexifier ou compliquer, mais bien dévoiler, révéler, éclairer la situation que vivaient Jean et ses destinataires (les chrétiens d’Asie mineure : cf. p.22). L’apôtre connaissait bien le contexte de ses destinataires, et il partageait avec eux le même arrière-plan culturel (l’AT et le contexte de l’époque) d’où Jean tire les images que Sylvain Romerowski invite le lecteur à regarder, contempler pour s’en imprégner (cf. p.23). Le lecteur de Jean lorsqu’il prenait en main l’Apocalypse, s’attendait à avoir des chiffres, des symboles dont il retrouvait plusieurs dans l’AT, livre familier aux premiers destinataires. Sous cet angle, l’auteur défend la vision d’un livre non pas incompréhensible, « difficile, voire le plus difficile de l’Ecriture », mais celle d’un « livre facile », voire « plus simple que les écrits de Paul dont Pierre reconnaissait lui-même la difficulté (2P 3.16) » (p.21). La difficulté du lecteur moderne en lisant l’Apocalypse vient de ce que les images de l’AT lui sont moins familières et que les éléments socio-culturels ont changé (p.28s).

Ainsi, sans ignorer les différents systèmes d’interprétation déjà avancés pour l’Apocalypse (cf. p.29-33), Sylvain Romerowski propose une interprétation respectueuse du genre apocalyptique qui fait usage de symboles, de chiffres symboliques (ex. les chiffres 7, 4, 12…) que l’Apocalypse emprunte à l’AT (Esaïe, Ezéchiel, Daniel…).

Dans le commentaire de Sylvain Romerowski, toutes les questions ne sont pas pour autant réglées. Cependant, ce qui est fort appréciable, ce sont les pistes appuyées sur l’Ecriture que l’auteur présente, toujours… Dans ce sens, le lecteur appréciera les pistes pratiques et en lien avec la vie chrétienne actuelle. C’est, par exemple, le cas des perspectives contemporaines sur la marque de la bête (p.371-381) où l’auteur tire des principes (tyrannie, mensonges, manipulation, conformité, etc.) à l’œuvre dans l’esprit du dragon et de ses bêtes (Ap 13), depuis la nuit des temps jusqu’à la fin du monde.

L’impression générale qui se dégage dans l’esprit du lecteur, c’est qu’il se trouve dans les mains d’un conducteur sûr. Pour le théologien, l’étudiant, le pasteur ou pour le simple lecteur désireux de mieux comprendre l’Ecriture, le bénéfice de la lecture de ce commentaire sera certain. Nous pouvons dire, pour finir, qu’il s’agit d’un commentaire dont toute personne désirant lire attentivement et étudier la Bible voudrait bénéficier.