
Jean CALVIN, Commentaire de Malachie, tr. du latin (Malachias, dans Opera exegetica et homiletica) par Renaud FESTAL, Marpent/Alès, BLF Editions/Editions Calvin, 2024, 177 p.
Nous pouvons remercier Renaud Festal ainsi que les deux maisons d’édition pour le fait d’avoir rendu ce texte édifiant disponible en français. Il s’agit de « leçons » que Calvin avait données en 1559, en latin, à l’intention de ses étudiants à Genève.
Pour les lecteurs n’ayant pas profité des commentaires de Calvin, il est utile de signaler qu’on a affaire à des « méditations (profondes) suivies » dont le caractère oral est conservé. Bien que le grand réformateur puisse aborder des questions lexicales et grammaticales assez pointues[1], il ne faudrait pas s’attendre à trouver toutes les composantes des commentaires techniques modernes. Ainsi, Calvin ne discute pas longuement de l’auteur de la prophétie (« J’admettrais plus volontiers ce que d’autres disent, que c’était Esdras », p. 9), des destinataires, du contexte historique, ni même de la structure du livre. Concernant cette dernière considération, ce qui frappe à la lecture du commentaire, c’est que la durée des cours prime parfois (« Je ne peux pas terminer aujourd’hui, car je serais trop long », lisons-nous après le texte de Ml 1,14, p. 61).
Par ailleurs, il faudrait tenir compte du contexte du réformateur qui applique aisément le texte de Malachie aux « papistes » et qui use d’un ton plus tranchant que ce qui serait acceptable au 21e siècle (« Nous voyons donc à quel point débitent des balivernes et jasent sans réflexion les insensés… », p. 29). On est en droit de contester humblement certaines de ses remarques péremptoires[2] ! Il arrive (1,11 ; 2,9 ; 3,17) que les remarques exégétiques de Calvin semblent en porte à faux avec le texte cité : celui-ci reflète le latin, alors que Calvin s’appuie sur l’hébreu.
Il est appréciable qu’à la fin de sa démonstration, Calvin résume régulièrement ce qu’il estime être le sens voulu par le prophète. Par exemple, par rapport à 3,20 (4,2 selon certaines numérotations)[3] :
Voici en somme ce qu’il veut dire : « Approchez-vous, vous qui craignez Dieu ; car c’est un autre message que j’ai pour vous, à savoir que le soleil de justice se lèvera, qui apportera la guérison sous ses ailes. Que périssent ces détracteurs de Dieu, qui, tout en faisant la guerre, veulent le tenir obligé envers eux. Mais relevez la tête, attendez patiemment ce jour et, dans cette espérance, endurez calmement toutes les peines. » Maintenant, nous saisissons la portée de ce verset.
Par ailleurs, Calvin fournit un résumé de l’essentiel du livre dans son introduction. A titre de « résumé de son résumé », Dieu « reproche [aux Juifs, de retour dans leur patrie] leur ingratitude du fait de répondre à leur Dieu libérateur par un si indigne retour. Ensuite, il rappelle certains crimes, afin de maintenir le peuple convaincu, alors qu’il le voyait relativiser à l’excès. » Il pointe particulièrement du doigt les sacrificateurs, censés « lui enseigner la piété et l’intégrité. » Le prophète montre aussi que « Dieu gardera en mémoire son alliance gratuite qu’il avait établie avec leurs pères, de sorte que finalement, le Rédempteur viendra » (p. 10).
En clair, Calvin applique le livre aux croyants de notre époque de l’histoire du salut (cf. p. 21 pour son herméneutique). Il propose un assez long excursus sur l’élection vers le début, en rapport avec 1,5.
La prophétie de Malachie nous incite à prendre Dieu au sérieux et revêt une importance particulière là où, en Occident, nous risquons de devenir des croyants « mous », entraînés par le matérialisme qui nous « dorlote ». Certains lecteurs bénéficieraient du livre de Calvin dans le contexte de leur culte personnel, mais, pour ce cadre-là, celui de Benton[4] servirait plus aisément en attendant la parution chez BLF de Se plonger dans Malachie. Pour les prédicateurs et enseignants, il conviendrait de profiter de certains commentaires contemporains (de Mackay, de Verhoef…[5]) en plus de celui de Calvin.
Là où des termes hébraïques sont cités, il faudrait revoir la translittération, souvent erronée, en vue d’une deuxième édition (à la p. 90, il y a une erreur dans l’hébreu lui-même, « rectifiée » à la p. 92). ↩︎
P. ex., son affirmation selon laquelle « votre semence » dans 2,3 ne comporte « aucune ambiguïté », alors que la semence en question peut être soit agricole soit humaine. ↩︎
Italiques originales. ↩︎
Où est l’honneur qui m’est dû ?, Le message du prophète Malachie, tr. de l’anglais (Losing Touch with the Living God, 1985) par Europresse (1988), rév. EPMT (2022), Darlington [Royaume-Uni], Europresse, 1988/2022, 220 p, recensé sur Bibliodok : https://www.bibliodok.com/recension?x=ou-est-l-honneur-qui-m-est-du (consulté le 6 août 2025). ↩︎
Cf. https://bestcommentaries.com/malachi/ (consulté le 6 août 2025). ↩︎