
Michael Barrett, Commençant par Moïse…, Un guide pour découvrir Christ dans l’Ancien Testament, tr. de l’anglais (Beginning at Moses), Péronnas, Europresse, 2021, 384 p.
En théorie, tous les chrétiens reconnaissent l’Ancien Testament comme Écriture chrétienne. Toutefois, nombreux sont ceux qui ne s’y aventurent que peu, pas ou plus ! Soyons honnêtes : qui a réellement envie de se plonger dans les descriptions minutieuses de la construction du Tabernacle (Ex 25-31), de revenir dans le détail sur un système sacrificiel disparu depuis longtemps (Lv 1-7) ou de se perdre dans les généalogies interminables du peuple d’Israël (1 Ch 1-9) ? Force est de constater qu’il existe trop souvent un écart notable entre notre doctrine professée (« toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile … », 2 Tm 3.16) et notre expérience pratique (nous fuyons de larges sections de l’Ancien Testament). Comment sortir de cette aporie ?
Dans Commençant par Moïse… Michael Barrett, professeur d’Ancien Testament et doyen du Puritan Reformed Theological Seminary (Grand Rapids, Michigan, États-Unis), propose justement d’offrir aux croyants ordinaires des clés de lecture de l’Ancien Testament … En réalité, il affirme sans ambages que la clé de lecture réside en Jésus-Christ, de sorte qu’il est impossible de réellement comprendre l’Ancien Testament sans s’y référer. Partant d’une conviction évangélique ferme et de présupposés herméneutiques proches de la mouvance historico-rédemptrice (représentée par des auteurs comme Graeme Goldsworthy, Sidney Greidanus ou O. Palmer Robertson), Barrett cherche à repasser sur le chemin d’Emmaüs pour « expliquer dans toutes les Écritures » ce qui concerne le Christ (Lc 24.27).
Plutôt que de se lancer immédiatement à la recherche de Christ dans les textes vétérotestamentaires, l’auteur va prendre le temps de dresser le portrait du personnage principal du drame du salut. Dans la première partie (« Celui que nous cherchons »), Barrett revient en effet sur les thèmes de l’identité messianique, de la personne et de l’œuvre de Jésus. Il s’agit, ni plus ni moins, d’un résumé de christologie qui sera bienvenu pour beaucoup, ou constituera un rappel pour d’autres. La seconde partie (« Là où il faut chercher ») représente le cœur de l’ouvrage, et Barrett y déploie de façon accessible sa méthode herméneutique. Il désigne la figure de Jésus à travers les alliances (qui ont droit à un développement rigoureux, même si la nouvelle alliance est trop peu traitée) ; les christophanies (manifestations de Christ avant son incarnation, souvent sujettes à débat) ; les noms de Christ (germe, fils de l’homme, sagesse …) ; et la prophétie (avec un tableau récapitulatif partiel, mais utile, p. 289).
Avant de conclure son tour d’horizon par la louange (principalement les psaumes), Barrett consacre deux chapitres à la typologie (qu’il qualifie d’« image prophétique » de Christ) en s’attaquant notamment avec courage à deux morceaux de choix réputés difficiles : la citation d’Osée 11.1 en Matthieu 2.15 (« J’ai appelé mon fils hors d’Égypte ») ; et l’ « allégorie » des deux femmes (Agar et Sara) en Galates 4.22-31 (« ces femmes sont deux alliances »). Pour un point de vue complémentaire sur ces deux textes fort débattus, les lecteurs francophones pourront se référer aux travaux de Cédric Eugène[1] et de Jacques Buchhold[2]. Quoi qu’il en soit, tout au long de son propos, Michael Barrett témoigne d’une passion pour Christ qui réjouira le cœur des chrétiens évangéliques, et d’un zèle à transmettre l’Évangile au travers de toute l’Écriture qui forcera leur respect.
Commençant par Moïse est un ouvrage dense, mais accessible qui peut être lu par tout croyant désireux de renouveler sa lecture de l’Ancien Testament. Bien entendu, sa taille imposante pourra en rebuter certains, il pourrait donc être intéressant de le consulter de temps à autre comme un guide plutôt que de le lire en bloc. Les pasteurs, prédicateurs et anciens pourraient même s’en servir avec profit pour préparer des séries d’enseignements. Ce faisant, ils donneront envie à leur assemblée de s’immerger tout à nouveau dans les eaux vives de l’Ancien Testament. Commençant par Moïse a donc toute sa place dans votre bibliothèque !
Voir https://www.leboncombat.fr/non-matthieu-ne-tord-pas-le-sens-dosee-11/. À notre avis, Cédric Eugène est plus subtil dans son traitement du thème de l’Égypte que Michael Barrett. Au lecteur de juger ! ↩︎
On consultera avec profit les notes de la Bible d’étude du Semeur sur Galates 4 pour comparer les approches. ↩︎