Christ et son Église

Recension
Couverture

Mark ASHTON, Christ et son Église, Les priorités de l’église locale, tr. de l’anglais (Christ and His People, Christian Focus, 2016) par Myriam GRAFFE, Montélimar, CLC France, 2020, 64 p.

Que l’on soit pasteur, ancien, responsable ou simplement désireux de s’engager dans son glise, qui n’a pas besoin de se refocaliser sur les priorités de l’église ? C’est justement le but de Mark Ashton, ancien pasteur de « l’église ronde » à Cambridge en Angleterre, qui décrit les aspects clé qui ont toujours caractérisé son ministère. Ecrit pendant les derniers mois avant sa mort à la suite d’un cancer en 2010, ce petit livre témoigne d’un homme qui savait exactement là où il allait dans son ministère, qui était résolu dans son attachement à ce qui est central, et dont la vision était limpide et non brouillée par des considérations secondaires. La simplicité et la clarté d’esprit de ce livre sont une bouffée d’air frais pour nos cœurs et fera énormément de bien à nos églises qui sont si facilement distraites.

Le livre se divise en huit courts chapitres, chacun destiné à exposer l’un des piliers du ministère de « l’église ronde » : la Bible ; l’église locale comme première expression du royaume céleste ; la prédication textuelle ; les rencontres pour l’édification et l’évangélisation ; le ministère pour tous les membres de l’église ; le discipulat comme projet principal ; le sacrifice pour le bien des autres ; et la prière. Cette liste de priorités n’a rien de révolutionnaire, mais c’est justement le propos principal ! Cette vision rafraîchissante du ministère est récapitulée dans cette phrase : « Nous devons toujours apprendre à faire la distinction entre ce qui importe vraiment et ce qui importe, mais moins » (p. 48). Ashton veut détourner notre attention de tout ce qui n’est que nouveauté éphémère ou débat secondaire, et nous donner envie d’être de simples ministres - des chrétiens - armés de la Bible, de la prière, et d’un désir brûlant de bénir l’église et le monde avec la bonne nouvelle de l’Évangile quel que soit le coût. L’auteur est inébranlable dans sa conviction selon laquelle « L’Évangile repose au cœur même de la vie chrétienne et nous ne pourrons jamais nous en passer ou le transcender » (p. 46). C’est l’Évangile qui sauve, qui fait croître l’église, que nous célébrons et que nous vivons. Dans une époque où même les églises évangéliques perdent de plus en plus de vue la centralité de l’Évangile, ce point est particulièrement appréciable. Et Ashton laisse entendre sans aucun doute que « l’Évangile » n’est pas pour lui une idéologie, mais le cœur battant d’une relation profonde avec Jésus-Christ. Marcher en relation avec le Christ de l’Évangile et prêcher le Christ de l’Évangile - voici ce qui enflammait son ministère.

Parmi les nombreuses perles dans ce livre, nous évoquons le chapitre sur l’engagement de tous les membres dans le ministère de l’église locale et celui sur le discipulat intentionnel visant chaque individu. Ashton est convaincu que les responsables doivent enseigner la Bible, « tout en outillant et équipant chaque membre de son assemblée afin qu’il devienne un ministre de l’Évangile dans de nombreuses sphères et de diverses façons » (p. 40). Sa défense de l’importance primordiale de la prédication textuelle est aussi l’une des parties phares du livre. Ses propos sont rendus d’autant plus convaincants qu’ils sont étayés par de nombreuses anecdotes - souvent percutantes et pratiques – de la vie de « l’église ronde ». Il est clair que Mark Ashton et son église vivaient les convictions présentées dans ce livre, et que cela portaient beaucoup de fruit - non pas le fruit valorisé par le monde, mais le fruit de tant d’âmes sauvées et transformées par la Parole de Dieu.

Malgré l’insistance sur le discipulat dans les chapitres 5 et 6, il y a des moments où cette priorité semble être un peu mise de côté. L’accent placé sur le besoin d’annoncer l’Évangile au monde est réjouissant, mais par endroits Ashton semble donner à penser que l’église existe seulement pour évangéliser. Il affirme au début du chapitre 4 que les rencontres de l’église sont pour l’édification et l’évangélisation, puis il néglige l’édification dans le reste du chapitre. Sa citation de William Temple, « l’église est la seule société coopérative au monde à exister dans l’intérêt de ses non-membres » (p. 51), semble illustrer cette vision un peu déséquilibrée. L’insistance sur le besoin d’être tourné vers l’extérieur est très louable, mais cela n’empêche pas que les « affaires internes » - la croissance spirituelle de chaque membre - soient également importantes. Vu l’accent placé sur le discipulat dans les chapitres 5 et 6, nous supposons que cela n’est qu’une omission involontaire dans les autres parties du livre, et non un choix intentionnel.

Comme le remarque D. A. Carson dans sa préface, ce livre fait penser inévitablement aux « neufs marques d’une église en bonne santé » de Mark Dever[1]. Bien que ce dernier propose un traitement plus profond, les deux sont comparables quant à leur simplicité et à la clarté de la vision biblique du ministère qu’ils présentent. La lecture des deux livres est fortement recommandée pour nous aider à déblayer notre vision de l’église et du ministère de tout encombrement et la recentrer sur ce qui importe vraiment.


  1. En français, on peut trouver ces neuf marques dans l’ouvrage de Mark DEVER, L’Église : un bilan de santé, tr. de l’anglais (What is a Healthy Church?, 2007) Lyon/Montréal, Clé/SEMBEQ, 2008, 116 p. Cf. https://www.bibliodok.com/recension?x=l-eglise-un-bilan-de-sante (consulté le 29 octobre 2021). ↩︎