Chrétiennes méditations, Les psaumes pénitentiels

Recension
Couverture

Théodore de BEZE, Chrétiennes méditations, Les psaumes pénitentiels, Adaptation du texte original (1581) par Arthur LAISIS et Caleb ABRAHAM, Alès, Calvin éditions, 2021, 137 p.

Ce livre comporte, pour huit psaumes bibliques, (1) la version mise en rime préparée par Théodore de Bèze et Clément Marot (1562) et (2) des méditations rédigées par Théodore de Bèze (1581). C’est (2) qui est le cœur du livre, et le lien entre (1) et (2) n’est pas particulièrement direct. Le français à la fois de (1) et de (2) a été modernisé. Pour le choix des psaumes, Bèze suit une tradition selon laquelle un certain nombre d’entre eux appartiennent à la catégorie « confession » ou « pénitence »[1] (Ps 6 ; 32 ; 38 ; 51 ; 102 ; 130 ; 143) ; il y ajoute le psaume 1. Ce troisième livre publié par Calvin éditions dans sa collection « Réforme et Réveil » accomplit son but de mettre en valeur des écrits relevant des « fondements du protestantisme », cela « pour le plus grand profit des lecteurs d’aujourd’hui » (p. 6). La forme est soignée et bien appréciable.

Il serait possible de mésestimer ce livre. Sachant que Théodore de Bèze a repris le flambeau de Jean Calvin, on pourrait s’attendre à lire dans ce volume des commentaires textuels ou « expositifs », éclairant, verset par verset, le sens et la signification des psaumes en question. Alors que les propos de l’auteur peuvent suivre de près le texte biblique, Alain-Cyril Barioz nous explique dans la préface qu’au fond Bèze « s’écarte … d’une tradition selon laquelle ce sont les versets et non les images qui guident le commentaire » (p. 26). Nous pouvons, par exemple, être troublés par le fait que la méditation du psaume 6 parle tant du péché alors que le texte biblique lui-même ne le fait pas[2], mais celui-ci peut servir de tremplin pour un examen de la conscience. Ainsi, d’après le genre littéraire en question dans ce livre, les « méditations » sont orientées « vers le mépris du monde dans l’espace intérieur qui est le lieu intime de la conscience » (p. 27). Ou encore, pour le psaume 102, on voudrait comprendre pourquoi Bèze peut assimiler « le malheureux » (du titre du psaume) à l’Eglise ou pourquoi il ne valorise pas le contexte de l’exil babylonien, mais il discerne des parallèles entre les circonstances dépeintes dans le psaume et celles que traverse le peuple de Dieu.

Une fois ce jalon posé, un lectorat évangélique contemporain est en mesure de profiter du livre. Car l’intérêt de cet ouvrage porte sur un moyen de grâce[3] précieux qui n’est pourtant pas en vogue en milieu évangélique occidental du début du 21e siècle, à savoir la pratique de la transparence et la confession devant Dieu. Considérons cette injonction biblique : « Reconnaissez votre misère, menez deuil, pleurez ! Que votre rire se change en deuil et votre joie en tristesse ! » (Jc 4,9). Ce livre peut nous aider à redécouvrir le réflexe d’exprimer « la tristesse selon Dieu » qui « produit une repentance qui conduit au salut et que l’on ne regrette jamais » (2 Co 7,10).

On est frappé par la façon dont la vérité biblique coule de source chez Théodore de Bèze : des expressions et des concepts tirés des Ecritures imprègnent ses phrases, la lecture étant ainsi une expérience édifiante. D’ailleurs, bien que l’accent soit placé sur le caractère pitoyable du péché, ces méditations ne laissent pas de côté le soulagement que constituent la grâce et l’espérance. Voici un passage qui illustre ces phénomènes, tiré de la méditation sur le premier psaume (p. 42-43) :

Ô bon Dieu, rends-moi donc incoupable par ta loi de la foi, afin que la loi des œuvres (qui m’étonne, condamne, et tue en moi-même) m’assure, m’absolve, et vivifie en celui qui l’a accomplie pour moi jusqu’à être fait malédiction pour moi. Car Seigneur, c’est toi qui frappes et guéris, qui mènes au sépulcre et qui en ramènes. Donne-moi, en celui même, l’esprit de sanctification pour me disposer à ton service, crée en moi le vouloir et le faire…

N’avons-nous pas tous/toutes besoin de prier dans ce sens ?

La préface est utile pour planter le décor historique, théologique et littéraire, mais elle pourrait décourager certains lecteurs/lectrices de par sa technicité, auquel cas il suffirait de profiter de la quatrième de couverture avant de se lancer, sans plus tarder, dans la lecture des méditations. Que les traducteurs soient remerciés pour le fait d’avoir rendu ce texte plus aisément à notre portée.


  1. Le bien-fondé de cette tradition peut être débattu. ↩︎

  2. Même si la version mise en rime par Bèze et Clément Marot évoque le péché à trois reprises. ↩︎

  3. Cf. Henri BLOCHER, La Doctrine du péché et de la rédemption (Collection Didaskalia), Vaux-sur-Seine, Edifac, 2000, p. 309-310. ↩︎