Changer vraiment : comment ?

Recension
Couverture

Timothy S. LANE, Paul David TRIPP, Changer vraiment : comment ?, tr. de l’anglais (How People Change, 2006), par Aline NEUHAUSER, Longueuil [Québec], Ministère Multilingue International, 2007, 318 p.

Si je recense ce livre 15 ans après sa parution, c’est parce que (1) j’ai été lent à m’y intéresser, (2) il est bien apprécié en milieu évangélique et (3) je voudrais profiter des meilleures ressources me permettant – et permettant à d’autres croyants que je sers – de grandir en Christ. C’est, en effet, un livre dont je bénéficie et que je recommande – mais tout en voulant tenir compte de la disponibilité d’autres ouvrages appartenant au même domaine et qui ont vu le jour plus récemment.

« Tous les point forts de ce livre proviennent de David [Powlison] », lisons-nous dès le départ (p. 5), les auteurs ayant profité du ministère de ce dernier et en particulier d’un cours qu’il avait dispensé. C’est notamment le cas de la matrice proposée pour promouvoir le changement de comportement auquel le titre du livre fait référence. Ce programme consiste à considérer ses circonstances (notamment ses épreuves), comment on y réagit, l’application de la croix à sa vie et le fruit qui en résulte[1]. Ainsi, la réponse à la question que pose le titre du livre est qu’il faut faire face à ses péchés, s’en repentir, s’approprier le pardon offert à la croix et notre nouvelle identité en Christ. « Derrière la bataille pour la conduite, il y a un autre combat plus fondamental : celui pour les pensées et les motivations de notre cœur » (p. 30).

En d’autres termes – et c’est une grande force –, « il n’y a rien de nouveau dans ce livre. Ni secrets, ni formules magiques. » (p. 28) Les vérités permettant la transformation « sont aussi anciennes que les Ecritures dans lesquelles elles sont consignées » (p. 289). On a affaire à un livre qui est centré sur l’Evangile et présentant les trois aspects particulièrement précieux que sont une bonne analyse de l’idolâtrie dans le cœur[2], une insistance sur notre identité en Christ et l’importance de se repentir et exercer la foi continuellement.

Afin de maximiser les bénéfices du livre, je recommanderais la lecture des chapitres 8 à 12 seulement. Ce n’est pas que les autres chapitres ne contiennent pas de vérités bibliques précieuses, mais que l’agencement, la cohérence et l’homogénéité de ce long livre ne sont pas toujours faciles à saisir[3]. Par exemple, l’importance capitale de la théologie de l’identité en Christ, bien exposée et appliquée dans le chapitre 12, est perdue de vue dans l’application synthétique proposée dans le chapitre 15. Si le chapitre 5 souligne, avec justesse, l’importance du rôle de l’Eglise pour le changement individuel[4], on perçoit difficilement comment cela se concrétise par la suite (y compris, là encore, dans la synthèse qu’on trouve dans le chapitre 15). Dernier exemple : le chapitre 3 présente l’espérance chrétienne, mais on a du mal à comprendre comment cette réalité s’articule avec les étapes successives du programme présenté dans le livre en vue du changement de caractère. Si l’on se cantonne aux chapitres 8 à 12, l’essentiel peut être compris plus directement avec plus de clarté.

L’application de la matrice mise en avant dans le livre a ses limites. Si je n’inclus pas le chapitre 13 dans la section recommandée, c’est parce que je suis persuadé qu’étudier Philippiens sous sa forme biblique serait une démarche plus puissante pour la sanctification que de l’étudier selon les quatre critères proposés par les auteurs. Par ailleurs, il serait souhaitable de conjuguer les points forts de ce livre avec ceux d’autres ouvrages, car les Ecritures mettent en évidence un grand nombre de motivations en vue de la sanctification. Rien que sur ce site, je vous renvoie aux contributions de Tim Chester (Vous pouvez changer, qui présente un chevauchement clair avec le livre de Lane et Tripp et qui met l’accent sur les attributs de Dieu[5]), de Dane Ortlund qui met l’accent sur l’union avec le Christ et le caractère du Christ (le sous-titre de son ouvrage sur la sanctification est à noter : « Comment Dieu produit un changement profond chez de véritables pécheurs »)[6], de John Piper qui met l’accent sur la jouissance de la gloire de Dieu[7], de Pascal Denault qui aborde la perception d’un manque de croissance spirituelle en parallèle avec des questions relevant de l’assurance du salut et de la dépression[8] ; citons aussi deux ouvrages qui portent plus largement sur les moyens de grâce, à savoir de Paul Washer[9] et de David Mathis[10]. Mais cette liste n’est pas exhaustive[11], et s’il fallait choisir un seul ouvrage, un candidat phare serait Kevin DeYoung, La faille dans notre sainteté, qui réunit plusieurs avantages de plusieurs de ces livres.


  1. Les auteurs, marchant sur les traces de Powlison, parlent de « chaleur », d’« épines », de la « croix » et du « fruit » en lien avec une métaphore développée relative à la santé d’un arbre. Cela a l’avantage d’être pédagogiquement appréciable du fait des images, mais contient des éléments allégorisants au regard du passage biblique (Jr 17,5-10) auquel ils font appel. La distinction entre « croix » et « fruits » n’est pas toujours claire ; le chapitre 14, portant, en principe, sur les fruits, parle beaucoup de la croix. ↩︎

  2. Cf. cette recension de Powlison, Les idoles du cœur et la foire aux vanités. ↩︎

  3. La forme joue également en sa défaveur. On trouve, par exemple, « pêchez » à la place de « péchez » (p. 303) et des absences dans l’index des textes bibliques (p. ex., Rm 1,25 est un texte important pour l’auteur, cité plusieurs fois, mais on ne le saurait pas en consultant l’index). ↩︎

  4. Apportant ainsi un rectificatif utile par rapport au chapitre précédent qui exploite la notion de mariage avec le Christ dans une perspective trop centrée sur l’individu. ↩︎

  5. Chester nous encourage à appliquer ces vérités à notre cœur en vue de contrer les mensonges sous-tendant nos péchés : « Dieu est grand – nous n’avons donc pas à vouloir tout contrôler » ; « Dieu est glorieux – nous n’avons donc pas à être impressionnés par les autres » ; « Dieu est bon – nous n’avons donc pas à chercher ailleurs » ; « Dieu est plein de grâce – nous n’avons donc pas à prouver notre valeur » (Vous pouvez changer, La puissance transformatrice de Dieu pour grandir en sainteté, Lyon, Clé, 2019, p. 99-116). ↩︎

  6. Cf. cette recension de Ortlund, De gloire en gloire. ↩︎

  7. Cf. cette recension de Piper, Dieu est l’Evangile. ↩︎

  8. Cf. cette recension de Denault, Le côté obscur de la vie chrétienne. ↩︎

  9. Cf. cette recension de Washer, Les moyens de grâce essentiels. ↩︎

  10. Cf. cette recension de Mathis, La grâce au quotidien. ↩︎

  11. Un ouvrage de Paul Wells qui met l’accent sur la bonne théologie (Growing in Christ en anglais) est prévu chez Excelsis. ↩︎