
Nancy GUTHRIE, Ce que vous devez savoir sur le deuil, Comment aider (et non blesser) quelqu’un qui a perdu un être cher, tr. de l’anglais (What Grieving People Wish You Know about What Really Helps [and What Really Hurts], 2016) par Loanne PROCOPIO, Trois-Rivières (Québec), Publications Chrétiennes, 2022.
Nancy Guthrie sait de quoi elle parle : elle et son mari ont perdu deux enfants, et cette tragédie l’a rendue particulièrement sensible aux paroles et aux gestes de ceux qui tentent – avec plus ou moins de tact et de sagesse - d’aider et d’accompagner les personnes endeuillées.
Une bonne partie de l’ouvrage – un tiers environ – est consacrée à de nombreux témoignages d’hommes et de femmes qui ont perdu un être cher (majoritairement un enfant) et qui ont été aidés – ou blessés – par leur entourage à cette occasion.
Les deux premiers chapitres du livre sont consacrés aux paroles – à dire et à ne pas dire. Pour l’auteur, l’essentiel réside moins dans ce que l’on dit que dans le fait de dire quelque chose : un être dévasté par le chagrin souffrira plus encore si son vis-à-vis évite de parler de ce qu’il vient de vivre ou de la personne qu’il vient de perdre ; il ne s’attend pas à ce que son vis-à-vis fasse disparaître sa douleur, mais il a simplement besoin de partager son chagrin, d’en parler et d’être écouté. L’entourage ne doit pas se hâter de « passer à autre chose » comme si la perte de l’être cher n’était pas si importante que cela.
Et « écouter » veut réellement dire « écouter » et non en profiter pour parler de ses propres deuils, ramener tout à soi, donner quantité de conseils (et l’auteur rappelle à ce propos, que, plutôt que de donner des conseils, il importe de diriger le regard de celui qui souffre vers Christ) ou s’efforcer de répondre à toutes les questions que se pose la personne endeuillée : il est des questions qui, ici-bas, ne recevront jamais de réponse.
Les deux chapitres suivants parlent de ce qu’il convient de faire et de ne pas faire. L’auteur insiste sur le fait d’être « présent » – la présence est, pour Nancy Guthrie, le mot qui résume tout le livre – et « présent » de façon concrète. Il ne suffit pas de se contenter de dire : « Appelle-moi si tu as besoin de moi ! » - l’autre n’appellera pas - mais de manifester une présence aimante, discrète et compréhensive, surtout sur le long terme ; envoyer des petits mots, des SMS, proposer des sorties, faire de courtes visites, inviter, etc. sera d’une grande aide pour celui ou celle qui a vu sa vie en partie détruite.
Après un cinquième chapitre plus « doctrinal » qui aborde les sujets sensibles du paradis, de l’enfer et de la vie après la mort, l’auteur propose – et c’est là un des passages particulièrement fort et bienfaisant du livre - une trentaine de textes bibliques extrêmement précieux à rappeler aux chrétiens endeuillés - textes qui ne nous reviennent pas forcément en mémoire au moment où il le faudrait - mais qu’il convient cependant de citer avec tact et au moment opportun.
Nancy Guthrie vit dans le Tennessee, état fortement marqué par la présence chrétienne, et il sera sans doute nécessaire d’adapter certaines de ses suggestions à notre propre pays beaucoup moins christianisé (importance des groupes « GriefShare » - fondés par l’auteur et permettant aux personnes endeuillées de se rencontrer, mais inconnus en France - entourage largement chrétien, sorties et repas typiquement américains). Cependant le tact, l’amour, la sensibilité, la sagesse et la compassion dont témoigne cet ouvrage ne peuvent que le recommander, tant à ceux qui désirent mieux accompagner des parents ou amis frappés par la mort d’un proche, que ceux qui passent eux-mêmes par le deuil.