Bienvenue à Corinthe

Recension
Calendar6 novembre 2025
PersonPaul Appéré
Couverture

Ben WITHERINGTON, Bienvenue à Corinthe, Économie, politique, culture et foi chrétienne dans un environnement païen, tr. de l’anglais (A Week in the Life of Corinth, 2012) par Noélie CLAUDEL (Une semaine dans le monde du Nouveau Testament), Charols, Excelsis, 2025, 185 p.

Dès les premières lignes de ce petit livre au titre alléchant pour qui aime à replacer le texte biblique dans son contexte économique, politique, culturel et religieux, le lecteur comprend qu’il tient entre ses mains une fiction.

L’histoire que nous propose l’auteur est plutôt gentillette et l’intrigue assez mince. L’humour y trouve sa place, ainsi qu’une imagination fertile. Le « discours de l’estomac », en particulier, est désopilant.

Mais là n’est pas l’intérêt de l’ouvrage, même si, bon public, l’on finit par trouver attachants des personnages comme, par exemple, Éraste, le futur édile de Corinthe, Camillia, son épouse dévouée, Julia, sa fille surdouée et, bien sûr, Nicanor, le héros.

Non, l’intérêt est ailleurs.

D’abord, peut-être, dans l’invitation qu’il nous adresse à nous figurer le regard qu’un païen pouvait porter sur le christianisme naissant. C’est là que Nicanor nous vient en aide.

Ensuite, dans l’étonnante quantité d’informations touchant à la vie quotidienne à Corinthe qu’il nous livre incidemment. La fiction n’est ici qu’un prétexte pour restituer aussi fidèlement que possible le milieu dans lequel l’apôtre Paul en particulier, mais aussi Priscilla, Aquilas, Phœbé et tant d’autres vécurent leur foi.

Enfin, dans sa manière intelligente de nous relater la comparution de Paul devant Gallion, par exemple. Ou sa façon naturelle et crédible de nous faire vivre un dimanche type en Achaïe. Les trois derniers chapitres s’y emploient habilement en citant largement les Écritures.

Mais il n’y a pas que l’histoire racontée. Particulièrement intéressants sont les nombreux encadrés qui entrecoupent le récit. De nature plus didactique, ils traitent brièvement, mais utilement de sujets aussi variés que l’esclavage, les gladiateurs, les patrons, le clientélisme, les juifs, le calendrier, la monnaie, l’éducation, les bains, la médecine, l’alimentation, la justice, les croyances, la rhétorique et j’en passe.

Deux d’entre eux m’ont particulièrement intéressé. Le premier concerne Paul et le sérieux handicap que lui valaient ses problèmes de vue. Le second touche à la prophétie, celle pratiquée dans le monde grec et celle en vigueur dans la jeune Église chrétienne.

Et puis, il y a ces textes bibliques que l’auteur insère judicieusement dans leur contexte, comme par exemple l’hymne de Philippiens 2, les recommandations en lien avec la célébration de la Cène d’1 Corinthiens 11 ou l’ode à l’amour d’1 Corinthiens 13.

Cela dit, l’ouvrage souffre tout de même de quelques faiblesses.

Formelles d’abord. Sa petite taille rend difficile à lire une carte comme celle du centre de Corinthe au premier siècle. C’est dommage. Et les photos, toutes en noir et blanc, manquent de définition. Deux erreurs enfin : l’une de compréhension d’1 Corinthiens 7.21 en page 147 et l’autre d’étourderie en page 154 : ce n’est pas Éraste, mais Nicanor qui s’exclame.

Didactiques ensuite. Outre que figurent en bas de pages des renvois à des sites internet susceptibles de disparaître, les indications bibliographiques sont trop minces pour inviter à la recherche. Le lecteur dont l’appétit aura été aiguisé trouvera peut-être de quoi se rassasier dans des ouvrages comme ceux de Murphy-O’Connor, Vesco ou Hugedé, pour ne citer qu’eux[1].

Bref, ce petit livre agréable à lire devrait faire le bonheur de tout chrétien désireux de contextualiser des récits comme celui d’Actes 18 ou des lettres comme les deux écrites aux Corinthiens par Paul. Pasteurs et théologiens le trouveront sans doute un peu sommaire, mais goûteront le rafraîchissement que procure sa lecture. Il n’est que de se remémorer des scènes comme Paul dans sa fabrique de tentes, ou l’apôtre dictant sa lettre aux Thessaloniciens, ou encore Julia priant pour son père, ou enfin Éraste sortant de son sommeil pour s’en convaincre !


  1. Jerome MURPHY-O’CONNOR, Corinthe au temps de Saint Paul, D’après les textes et l’archéologie, tr. de l’anglais (St. Paul’s Corinth) par Jean PRIGNAUD, Paris, [Le] Cerf, 1986, 297 p. ; Jean-Luc VESCO, En Méditerranée avec l’Apôtre Paul, Paris, [Le] Cerf, 1972, p. 113-131 ; Norbert HUGEDÉ, Saint Paul et la Grèce, Paris, Belles-Lettres, 1982, p. 159-221. ↩︎