Avortement

Recension
Calendar1 juillet 2022
PersonJoël Favre
Couverture

Lizzie LING, avec Vaughan ROBERTS, Avortement, tr. de l’anglais (Abortion, 2020), Clé, Lyon, 2021, 120 p.

Comment aborder ce sujet extrêmement sensible qu’est l’avortement ? Quel rôle les chrétiens peuvent-ils jouer dans le débat public ? Et quel message peuvent-ils apporter à celles qui l’ont vécu, ou à celles qui seraient tentées d’y avoir recours ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles le docteur Lizzie Ling apporte des réponses dans ce livre qui s’adresse à tous, dans un style simple et clair. Alors que l’année dernière, la France enregistrait le nombre le plus élevé d’avortements depuis les années 1990 (env. 232 000) et qu’un projet de loi visant à allonger encore le délai légal pour avorter (le faisant passer de 12 à 14 semaines) est en cours de discussion au parlement, il est crucial que les chrétiens soient équipés pour réfléchir d’une manière biblique à ce sujet complexe, afin de pouvoir l’aborder avec sagesse auprès de leur entourage. C’est tout l’objectif de ce livre, dont voici les principaux points forts.

Premièrement, Lizzie Ling écrit avec toute l’empathie et la compassion de celle qui a souvent été confrontée personnellement à la question de l’avortement. Médecin généraliste pendant de nombreuses années et assistante pastorale auprès des femmes dans l’Église Saint Ebbe à Oxford, elle a sans nul doute accompagné de nombreuses femmes ayant vécu, ou envisageant sérieusement, un avortement. Elle a choisi de ponctuer son livre de leurs témoignages poignants, ce qui nous rappelle, si besoin en était, que derrière le débat public se jouent des drames personnels. Ces témoignages nous permettent également de comprendre que les causes de l’avortement sont complexes et variées (pauvreté, pression exercée par autrui, peur et panique, etc.). « Les femmes qui se font avorter ont souvent le sentiment de ne pas avoir le choix, même si elles pensent que c’est mal » (p. 52). C’est pourquoi nous devons faire preuve de beaucoup de tact et de compréhension lorsque nous évoquons le sujet.

Deuxièmement, l’auteure résume bien le débat en montrant qu’il porte sur deux questions différentes, bien que liées. La première question, « Quand commence une vie humaine ? », n’en est pas vraiment une, car d’un point de vue purement scientifique il ne fait plus aucun doute qu’une vie humaine distincte commence dès la fécondation. Mais aujourd’hui, le débat est souvent posé en termes légèrement différents. La question est de savoir « Quand devient-on une personne ? », c’est-à-dire, à quel stade de développement la vie humaine naissante mérite-t-elle d’être protégée ? Lors de la « nidation » ? À partir du « point de viabilité » ? Au moment de la naissance ? Sans entrer dans une réflexion philosophique complexe, Lizzie Ling démontre habilement que s’il faut remplir certains critères (viabilité, indépendance physique, etc.) pour être considéré comme une personne humaine digne de protection, cela soulève la question insoluble suivante : Qui définit ces critères et sur quelle base ? Ce faisant, elle illustre « la pente glissante des positions actuelles sur la notion d’identité individuelle » (p. 48).

Troisièmement, l’auteure consacre plus de la moitié du livre à des réponses aux questions concrètes que nous sommes tous susceptibles de nous poser à un moment ou un autre de notre vie : Que dire à mon amie qui envisage sérieusement d’avorter ? Comment soutenir une personne qui a vécu un avortement ? Si je suis enceinte, dois-je faire un dépistage prénatal alors que je suis contre l’avortement en toutes circonstances ? Existe-t-il une situation justifiant l’avortement ? Que pouvons-nous faire en tant qu’Eglise ? etc. Cette deuxième moitié du livre sera particulièrement utile pour équiper celles et ceux qui veulent s’engager concrètement auprès de femmes qui ont vécu un avortement ou qui seraient tentées d’y avoir recours. Les réponses sont simples (sans être simplistes), et nous aident à voir comment nous pouvons agir à notre niveau.

Enfin, Lizzie Ling souligne qu’en cela, comme en tout, nous devons faire confiance au caractère de Dieu et garder à l’esprit sa grâce ! Nous vivons dans un monde déchu, et alors que nous cherchons à apporter notre aide, nous ne manquerons pas de nous retrouver impliqués dans des situations difficiles, à proposer des solutions qui ne peuvent être qu’imparfaites. C’est pourquoi nous devons nous souvenir que « Dieu est amour, il est bon, il est puissant… et promet d’être notre refuge et notre force, une aide omniprésente dans les moments difficiles, » comme il l’a démontré à Agar, en Genèse 16 : « Cette histoire s’adresse directement aux nombreuses craintes qui hantent les femmes lorsqu’elles se retrouvent enceintes de façon inopinée, et elle révèle un Dieu qui se soucie d’elles et qui s’approche d’elles » (p. 59). Un Dieu qui pardonne aussi, par la foi en Jésus, et nous lave de toute culpabilité, y compris de celle liée à l’avortement.

Pour ces différentes raisons, je vous encourage vivement à lire ce livre et à l’offrir autour de vous. Bien sûr, vu sa taille réduite (120 pages seulement !), il ne faut pas s’attendre à un traitement exhaustif du sujet. Nous aurions, par exemple, apprécié que Lizzie Ling fournisse davantage de fondements théologiques et bibliques en faveur de l’octroi du statut de personne à l’embryon précoce. Il n’en reste pas moins que ce livre est une excellente ressource pour l’église. Avec simplicité et délicatesse, il fait le tour d’un débat chargé d’émotions et donne des outils pratiques pour nous mettre à l’action. À lire !