
Melissa KRUGER, 5 sujets de prière pour vos enfants, Des prières qui changent les choses pour les générations futures, Paris, Scriptura, 2022, tr. de l’anglais (5 Things to Pray for Your Kids, 2019), 96 p.
L’auteure a pour but d’inspirer, au travers de la Bible, les prières de personnes qui se soucient d’enfants en particulier. Concrètement, elle choisit 21 passages bibliques qu’elle scinde chacun en cinq parties pour cinq moments de prière. Chacune des cinq parties est accompagnée d’une suggestion de prière.
Trois atouts du livre sont mis en avant pour l’approche prônée dans le livre :
- Assurance : « Chaque suggestion de prière s’accompagne d’un verset de la Bible. Vous serez donc assurés, en utilisant ce guide, de prier selon la volonté de Dieu, puisque toutes ces prières reposent sur sa parole » (p. 9).
- Puissance : l’auteure explique que les prières adressées en fonction de la volonté de Dieu révélée dans sa parole sont puissantes.
- Testée et approuvée : l’introduction a été écrite par la fille de l’auteure, âgée à l’époque de dix-sept ans. Celle-ci témoigne de l’exaucement par Dieu des prières de sa mère et de l’importance dans sa piété personnelle de l’exemple de ses parents.
Il serait plus facile pour le parent de jeunes enfants d’entrer pleinement dans l’esprit du livre, mais il serait aisé à tout un chacun, moyennant une transposition, d’adapter les prières à la situation de l’enfant. Par exemple, à la page 32, Kruger suggère de prier pour que l’enfant éprouve de la joie à la lecture des Ecritures, et, à ce titre, elle s’appuie sur le psaume 19.9. Cette prière présuppose que l’enfant lise la Bible ou est exposé à la parole à l’Eglise ou à la maison.
Les passages choisis par l’auteure sont pour la plupart étonnants, ce qui fait que ce livre est assez stimulant. Associer nos enfants à des passages qui de prime abord semblent ne pas pouvoir enrichir nos prières pour eux permet une autre méditation de la parole. Au travers des choix de l’auteure, le lecteur pourra développer et affiner sa méditation des versets lus. C’est un outil précieux pour les temps de prière, notamment pour les enfants.
S’il est vrai que tous les versets de la Bible sont utiles, nous ne pouvons pas nous en servir sous leur forme brute, c’est-à-dire en mode copier-coller en remplaçant le pronom par le nom de l’enfant. L’auteure choisit de ne pas nous livrer son analyse du contexte des versets, son destinataire, sa situation spirituelle, l’alliance de l’époque, le moment dans le déroulement du plan de salut, l’accomplissement à la croix. Pourtant, nous ne pouvons faire l’impasse de ces questions si nous voulons appliquer correctement un texte donné dans nos prières.
Deux exemples de cette faiblesse dans le livre suffisent. (1) « Remerciez Dieu d’être toujours en train de veiller sur eux » (p. 20), basé sur le psaume 21. (2) « Priez pour que votre enfant comprenne petit à petit combien Dieu l’aime en faisant l’expérience de votre amour chaque jour » (p. 64), basé sur Colossiens 3,12-14. En contexte, ce passage s’adresse à une communauté de chrétiens : ce sont ces derniers qui sont aimés de Dieu. S’il est juste que le verset 14 appelle le croyant à se revêtir de l’amour dont il a été bénéficiaire envers ses frères et sœurs en Christ, c’est-à-dire de manière horizontale, le verset 12 (auquel la suggestion de prière est rattachée) parle de l’amour de Dieu envers nous, c’est-à-dire de manière verticale, à sens unique (dans un premier temps). Le verset ne parle pas d’une personne (croyante ou non croyante) qui grandirait en compréhension d’un attribut de Dieu par l’expérience vécue dans son foyer (horizontale) au regard de la relation verticale de Dieu envers cette personne témoin. D’autres passages seraient plus adéquats : 1 Pierre 3,1-6 ; 1 Corinthiens 7,12-16.
Revenons sur les trois atouts du livre :
- L’assurance de l’auteure de prier selon la volonté de Dieu est à relativiser. J’ai dit « amen » avec enthousiasme avec elle à certaines de ses prières et pas du tout à d’autres.
- La puissance dans la prière dépend de plusieurs facteurs, y compris l’attitude du cœur (Jc 5,16 ; Hé 10,22). Il y a le danger de croire, ce que Kruger laisse penser, que les mots utilisés dans nos prières, puisqu’ils sont dans l’Ecriture, confèrent une puissance à la prière.
- Je suis heureuse que la fille de l’auteure soit enfant de Dieu et qu’elle ait pu bénéficier des prières de ses parents. Cependant, il ne faudrait pas penser que le salut de nos enfants dépende de nous, de notre exemple, de nos prières où des mots utilisés dans celles-ci (cf. Ep 2,8-9).
Pour conclure, ce livre peut être un bon support à la prière à condition, comme pour tout ouvrage humain, de ne pas le suivre les yeux fermés.