
Florent VARAK (sous dir.), 2012 : la fin – Le silence de l’Église, Lyon, Clé, 2011, 127 p.
Le thème de la fin du monde suffit à lui seul pour susciter de l’intérêt. Lorsqu’une date l’accompagne, l’intérêt est multiplié ! Or, l’idée d’une fin du monde pour le 21 décembre 2012 ne manque pas d’adeptes. Relayée et alimentée par les médias – par Internet en particulier – cette pensée fascine de nombreuses personnes, au point de créer en elles des peurs et des anxiétés. D’où vient une telle pensée ? Quels sont les procédés à la base du calcul de la date ci-mentionnée ? Que penser des autres procédés qui donnent lieu à la prédiction d’événements futurs comme « le code de la Bible » popularisé par Michael Drosnin ? Quel est l’avenir de notre pauvre terre ?
Sous la direction du pasteur Florent Varak, les auteurs de cet ouvrage font le point sur le sujet, en répondant d’après leur domaine de compétence, et dans une perspective chrétienne.
Ainsi, depuis les origines de la pensée jusqu’aux développements modernes, nos auteurs examinent l’idée de la fin du monde en décembre 2012.
Varak commence (p. 10ss) par mettre en évidence la peur et les angoisses suscitées par la sortie en 2009 du film 2012 (science fiction) de Roland Emmerich. Face à la psychose créée, la discrétion de l’Église, habituée à des prévisions de ce genre, étonne. En effet, mentionne Luc Mary, « la « date eschatologique » du 21 décembre 2012 n’est que la 183e du nom […] depuis l’effondrement de l’Empire romain. Depuis mille cinq cents ans, pas une décennie ne s’écoule sans que des prophéties de mauvais augure ne prévoient la disparition prochaine de l’Homme. À la fin du 20e siècle, nous comptons même des prédictions tous les ans » (p. 13). Le manque d’intérêt de l’Église pour de telles prédictions contient donc une certaine dose de sagesse. On se souvient que le moine Joachim de Flore avait déjà annoncé la fin du monde pour 1260 ; Charles Taze Russell (fondateur des Témoins de Jéhovah) l’avait prédite pour 1914 ; et, plus récemment, le pasteur Harold Camping a prédit le retour du Christ pour mai 2011. Cependant, Varak recommande aux chrétiens de s’inspirer de ces affirmations frauduleuses pour parler de la fin telle que la Bible l’envisage.
Armand Rouméas met en œuvre ses talents d’historien passionné pour nous conduire aux sources de la pensée. La prétendue date fatidique du 21 décembre 2012 remonte aux Mayas, ancien peuple de Mésoamérique[1] dont le calendrier était basé sur des cycles linéaires à partir d’un certain point zéro[2]. Les Mayas comptent en baktuns (cycles de 144 000 jours = ~394 années). D’après ce calendrier, nous arrivons à la fin du 13e cycle baktun qui prend fin le 21 décembre 2012[3]. Pour les Mayas, cependant, cette date ne sera pas la fin du monde, mais marquera le « commencement d’un nouveau cycle, sous le patronage de nouvelles forces spirituelles » (p. 25).
A partir de cette date du 21 décembre 2012, plusieurs hypothèses sont envisagées par des scientifiques. On avance que la planète inconnue Nibiru[4] tomberait près de la terre le 21 décembre 2012 et que cela aboutirait à une aspiration de l’atmosphère de la terre, et provoquerait des tempêtes et des tremblements de terre et peut-être une sortie de la terre de son orbite. Le physicien suisse Jean-René Moret nous rassure cependant que si Nibiru existait, on l’aurait déjà aperçue ! Il montre aussi que les autres phénomènes[5] évoqués par les scientifiques comme devant se produire le 21 décembre 2012 sont peu probables et fait remarquer que « rien ne vient appuyer les scénarios que l’on nous annonce pour 2012 » (p. 35).
Bien que les prédictions pour la fin du monde en 2012 soient basées sur des supputations sans fondement, il est un fait que ce bruit est et continuera d’être relayé par les médias, en particulier l’Internet. On prétend même que le grand cataclysme du 21 décembre 2012 aurait été prédit[6] par la gigantesque machine super sophistiquée du projet « Web Bot »[7] mis en œuvre en 1997 par Cliff High et George Ure. L’objectif du Web Bot était de récolter des fragments de nos pensées sur le Net (presse, forums, blogs, publications, tweets,…) dans le but de prédire l’avenir (p. 38). Cependant, Uto Tuikalepa, ingénieur spécialisé en intelligence artificielle, montre que les résultats sont discutables, Web Bot n’étant « qu’un révélateur du monde qu’imaginent les internautes » (p. 55).
Nous sommes ici proches des procédés prédisant des événements futurs comme avec « le code de la Bible » mis en œuvre en 1994 par trois chercheurs israéliens et popularisé en 1997 par Michael Drosnin (cf. p. 63s)[8]. Le bibliste Tom Blanchard souligne la folie d’une telle méthode qui permet « de trouver n’importe quoi, n’importe où », c’est-à-dire ce que l’on cherche (p. 69). Appliqué à la Bible, ce procédé est dangereux et ridicule ; c’est pourquoi Blanchard invite à lire la Bible pour comprendre le message qu’elle voudrait nous transmettre et non pas comme « une gigantesque pile de lettres de scrabble » qui servirait de matrice pour construire nos propres messages (p. 70).
L’annonce de la fin en 2012 est propre à rendre anxieux et remplir de peur. Le médecin généraliste Vincent Rébeillé-Borgella affronte ce fait et fournit quelques pistes (p. 80ss) permettant de vaincre la peur et d’éviter des comportements individuels ou collectifs de repli sur soi.
Et si la fin du monde était réellement pour le 21 décembre 2012 ? Samuel Path, jeune étudiant en informatique, n’hésite pas à considérer la possibilité que l’hypothèse soit vraie, dans le but de faire prendre conscience de la réalité de la fin, un jour, de nos vies. Si la fin était en 2012, la véritable question serait alors : « Sommes-nous prêts ? Et puis que faisons-nous pour nous préparer ? » (p.90). En effet, conclut-il, « Paul n’avait pas peur de la mort, et s’il était vivant aujourd’hui, il n’aurait pas du tout peur de 2012 » (p. 92).
Varak prononce les paroles finales en dirigeant nos regards vers l’espérance chrétienne, telle que la Bible nous la présente . Cette espérance commence par la repentance et le pardon des péchés « pour attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère à venir » (1Th 1.9-10).
Cet ouvrage, aéré et agréable à lire, est à recommander ! A coup sûr, il nous aidera à voir clair ; sa lecture contribuera à mieux diriger nos regards/cœurs vers celui qui viendra – en 2012 peut-être, mais celui qui viendra certainement : « Oui, je viens bientôt », dit-il ; et nous répondons : « Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22.20).
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Région s’étendant du nord du Mexique au Costa-Rica. ↩︎
Qui correspond, dans nos calendriers, au 13 août 3114 av. J.-C. ↩︎
Certains spécialistes optent pour le 23 décembre 2012 (Claude-François Baudez), d’autres pour le 12 décembre 2014 (André Segura). Les Shamans mayanistes (héritiers de la pensées des Mayas) parlent du 28 octobre 2011 (qui est derrière nous). ↩︎
Ces scientifiques supposent que la planète Nibiru (ou Nabiru) appartient à notre système solaire ; elle circulerait à contre-sens par rapport aux autres planètes. ↩︎
P. ex., des éruptions solaires importantes, l’inversion des pôles magnétiques, la fusion de la terre sous l’effet de la chaleur du soleil, l’éruption d’un supervolcan. ↩︎
De même les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, le tsunami de 2004 ou l’ouragan Katrina en 2005. ↩︎
« Web » est l’abréviation pour « World wide web », et « Bot » est la contraction de « robot » qui désigne le « petit robot logiciel ». Ce robot collecterait les informations issues du Web, les digèrerait pour envisager l’avenir, prédire des catastrophes (p. 38-47). ↩︎
Le procédé du « code biblique » consiste à lire une lettre dans la Bible, puis une autre après un intervalle X donné, et après un autre intervalle Y de lire une autre lettre, et ainsi de suite. De la sorte, on retrouverait des mots codés qui révèlent un nom, un événement ou une histoire (cf.p. 65). ↩︎