Sacrés Désaccords ! Chapitre 2 : Un tri indispensable

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Comme mentionné dans l’éditorial, cet extrait du livre Sacrés désaccords ! explique pourquoi il faut faire le tri dans ses convictions, cela en fonction du message de l’Evangile.  Il est publié, avec l’aimable autorisation de BLF Éditions, à l’occasion de la parution du livre lui-même.

Une nécessité : reconnaître différents types de convictions par rapport à l’Évangile

Ce chapitre a comme but de vous convaincre que la première étape lorsqu’on est face à une question délicate ou à un désaccord entre chrétiens, c’est de reconnaître que bibliquement parlant, toutes les questions ne se situent pas au même niveau d’importance par rapport au message de l’Évangile.

Le message de l’Évangile concerne notre relation avec Dieu et le jugement à venir. Grâce à la mort de Jésus-Christ, il est possible d’être sauvé de la condamnation que nos fautes entraînent et de connaître une vie éternelle et glorieuse : il suffit de se soumettre au Seigneur ressuscité et de placer sa confiance en lui.

Certaines convictions font partie intégrante de ce message, alors que d’autres lui sont liées plus ou moins directement. C’est pourquoi il faut faire le tri et classer nos convictions selon leur degré de proximité avec ce message.

Comparez par exemple la façon dont l’apôtre Paul s’exprime en Galates, face à ceux qui ajoutent des règles à l’Évangile de grâce, et en Philippiens :

Mais si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait une bonne nouvelle différente de celle que nous vous avons annoncée, qu’il soit anathème ! Nous l’avons déjà dit, et je le répète maintenant : si quelqu’un vous annonce une bonne nouvelle différente de celle que vous avez reçue, qu’il soit anathème !
GALATES 1.8-9

Si donc nous sommes des gens « accomplis », tenons-nous-en à cette pensée ; et si sur quelque point vous pensez différemment, Dieu vous révélera aussi ce qu’il en est. Seulement, au point où nous sommes parvenus, avançons ensemble.
PHILIPPIENS 3.15

Dans un cas, l’apôtre appelle à combattre avec toute la fermeté requise contre le danger d’un « autre évangile » (qui n’en est pas un !). Dans l’autre, il s’en remet à Dieu pour que celui-ci éclaire, en son temps, ses frères et sœurs sur une question dont ils ne semblent actuellement pas convaincus.

Dans les Écritures, on peut ainsi discerner trois types de convictions selon leur degré de proximité avec l’Évangile :

Ces trois types de convictions peuvent être représentés par une « échelle des convictions à trois niveaux », par rapport à leur degré de proximité avec l’Évangile.

Reconnaître l’existence de ces trois types de convictions est essentiel. Il va nous permettre d’adapter notre comportement en conséquence.

En effet, nous défendrons avec intransigeance nos convictions qui sont constitutives de l’Évangile (A), avec clarté celles qui sont importantes à l’Évangile sans en être directement constitutives (B) et sans insistance celles qui sont accessoires à l’Évangile ©. Parfois, la communion avec des frères et sœurs avec lesquels on est en désaccord sera pleinement possible, mais la collaboration, non.

Considérons donc ces trois niveaux.

Trois niveaux de convictions par rapport à l’Évangile

La juste attitude face aux convictions A

Les convictions A sont les questions qui sont « avant toutes choses », pour reprendre la formule de l’apôtre Paul dans 1 Corinthiens 15.3-4 (DRB) :

Car je vous ai communiqué avant toutes choses ce que j’ai aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures, et qu’il a été enseveli, et qu’il a été ressuscité le troisième jour, selon les Écritures (…).

Il s’agit de la mort de Jésus pour nos péchés ainsi que de sa résurrection corporelle. Ces convictions se situent au cœur de l’Évangile. Elles le définissent et sont constitutives du message chrétien.

Les vérités de cette catégorie correspondent aux briques en bois d’un jeu de construction qu’on ne peut enlever sans que la tour ne s’effondre. Ou, pour prendre une autre image, elles correspondent à l’oxygène dont nous avons besoin pour vivre.

Face à de telles convictions, une intransigeance absolue sera requise. Renoncer à ces convictions ou les modifier, c’est pervertir et trahir l’Évangile.

La juste attitude face aux convictions B

Les convictions B sont les questions d’une importance capitale. Elles sont directement liées à l’Évangile, sans en être constitutives pour autant.

Par exemple, dans 1 Corinthiens 11.3-16, Paul fonde certaines distinctions en ce qui concerne les rôles hommes-femmes sur la doctrine de la Trinité.

La doctrine de la Trinité est une doctrine d’importance de premier rang[1]. Mais il est possible de rejeter les distinctions que Paul évoque en 1 Corinthiens 11 sans pourtant rejeter la doctrine de la Trinité.

Quelle est notre posture face à de telles questions ?

Nous les défendons avec clarté, c’est-à-dire toujours avec fermeté, mais nous tenons compte du fait que d’autres chrétiens qui ne partagent pas ces convictions ne sont pas en train de remettre l’Évangile en cause.

La juste attitude face aux convictions C

Les convictions « C » sont des questions dont Dieu a choisi de parler dans sa sainte Parole, mais qui sont relativement peu importantes, c’est-à-dire sans lien étroit avec le message de l’Évangile.

Toujours dans 1 Corinthiens 11 : est-ce que le repas du Seigneur devrait avoir lieu dans le contexte d’un vrai repas, contrairement à la pratique de prendre un petit morceau de pain et un petit gobelet de jus de raisin, comme c’est souvent le cas lors du rassemblement du dimanche matin ?

Quel que soit son point de vue à ce sujet, force est de constater que l’Évangile est loin d’être en cause. Des prises de position divergentes sur ce type de question ne devraient en aucun cas représenter des facteurs de querelle ou de division. On renonce au combat !

Trier ses convictions : une idée nouvelle ?

Non, l’idée de trier ses convictions n’est pas nouvelle !

Écoutons Jean Calvin[2] :

Tous les articles de la doctrine de Dieu n’ont pas la même valeur. Certains sont tellement nécessaires à connaître que personne ne doit en douter… D’autres sont en débat parmi les Églises, sans rompre, cependant, leur unité.

Toujours dans 1 Corinthiens 11, Henri Blocher met en avant cet exemple[3] :

La doctrine de l’expiation est partout dans l’Écriture, comme le sang dans le corps, disait Vinet ; elle est sûrement d’un tout autre rang que la prescription du voile pour les femmes, quelle que soit l’interprétation qu’on en donne, puisqu’on ne la trouve qu’en un seul passage (1 Corinthiens 11).

Le poids de telle ou telle doctrine dans les Écritures (la densité des occurrences, le degré d’insistance, la pondération) joue dans notre appréciation de son importance.

Force est également de constater que :

Lorsque des hommes de Dieu scientifiquement compétents, et qui se veulent tout à fait dociles devant l’Écriture, se trouvent en grands nombres dans les deux camps d’une controverse, nous pouvons présumer que l’objet du débat n’appartient pas au cœur absolument vital du christianisme[4].

Conclusion

C’est notre point de départ pour gérer tout désaccord entre chrétiens : nous reconnaissons que toutes les convictions n’ont pas le même degré d’importance par rapport au cœur de la foi chrétienne.

Revenons donc à Agathe, Blanche, Colin, Delphine, Émile et Félix : les questions auxquelles ils sont confrontés sont-elles essentielles, importantes, ou accessoires à l’Évangile ? Comment doivent-ils agir en conséquence ?

Dans les vignettes qui suivent, vous verrez les différents types d’attitude qu’ils peuvent adopter selon la manière dont ils classent les questions qui les préoccupent par rapport à l’Évangile.


  1. Voir les constats du chapitre cinq. ↩︎

  2. Jean CALVIN, Institution de la religion chrétienne, Mise en français moderne par Marie de VEDRINES et Paul WELLS avec la collaboration de Sylvain TRIQUENEAUX, Aix-en-Provence/ Charols, Kerygma/Excelsis, 2009, livre IV, 1, 12. ↩︎

  3. Henri BLOCHER, « L’unité chrétienne selon la Bible », Théologie évangélique 9, 2010, p. 227. ↩︎

  4. Ibid., p. 228. ↩︎

Calendar9 juin 2023
PersonJames Hely Hutchinson