Paris 2024 : Quelles passerelles entre les Jeux Olympiques et l’Evangile ?

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Introduction

41 sports, 329 épreuves, 10 500 athlètes, 41 sites de compétition, 20 000 journalistes accrédités… La France n’a jamais organisé un événement plus grand que les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024[1]. Entre le 26 juillet et le 11 août, la capitale sera envahie à bien plus grande échelle que cent ans auparavant. Le Stade de France a fait peau neuve.

Pourquoi voudrait-on parler de l’Evangile en lien avec les Jeux Olympiques ? On peut penser à de nombreuses raisons. Considérons le fait que des sœurs et des frères en Christ peuvent se trouver parmi les grandes sportives et sportifs et qu’on pourrait avoir à cœur de prier pour les occasions qui se présentent à eux pour parler de l’Evangile. Par exemple, la sprinteuse Allyson Felix, retraitée depuis 2022, et les footballeurs Olivier Giroud et Bukayo Saka professent ouvertement la foi en Jésus-Christ. Pensons aux efforts, qu’on voudrait soutenir, pour distribuer des exemplaires d’un évangile ou annoncer l’Evangile aux nombreuses personnes qui convergeront sur Paris. Pensons à la date symbolique, les J. O. de Paris 1924 ayant été rendus célèbres par le film Chariots de feu qui a mis en avant la foi du missionnaire Eric Liddell.

Dans les lignes qui suivent, notre but s’inscrira dans le cadre d’un autre projet, quoique toujours lié à l’Evangile : inculquer un certain nombre de réflexes bibliques utiles qui peuvent être associés à cet événement iconique, pour ensuite les exploiter dans notre vie de disciple.

1. Réjouissance

Commençons par considérer la réjouissance que les différents sports olympiques peuvent susciter, y compris en nous qui sommes croyants. En clair, les exploits des sportifs de haut niveau attirent beaucoup d’intérêt. On calcule qu’aux J. O. de Rio en 2016, il y a eu 350 000 heures de diffusion à la télévision[2]. En perspective biblique, il n’est pas malsain de se réjouir devant le spectacle qu’offrent les gymnastes, les nageurs, les basketteurs… Leurs prestations impressionnantes témoignent de la grâce commune de notre grand Dieu qui donne « la vie, le souffle et toutes choses » (Ac 17,25), y compris les forces physiques, les capacités à s’entraîner, l’intelligence déployée pour élaborer la stratégie du jeu.

Qohelet nous exhorte à jouir de la vie (p. ex. Ec 9,9), et il ajoute : « Tout ce que tu trouves à faire, fais-le avec la force que tu as » (Ec 9,10). Les jeunes font bien de suivre « les voies de [leur] cœur et les regards de [leurs] yeux » (Ec 11,9), ce qui peut bien se traduire par regarder la finale du 100 mètres ou les doubles mixtes en tennis.

Cela dit, la joie que nous pouvons trouver dans le sport sera toujours éphémère, superficielle, décevante. Ce même livre de l’Ecclésiaste affirme cela par rapport à toute activité à laquelle nous pouvons nous adonner : cette activité est vapeur (Ec 1,2). Pour le sport, on peut constater cela sous de nombreux angles. Considérez la frustration qu’on éprouve lorsqu’on se déplace pour regarder le Tour de France, et que les coureurs passent en quelques secondes seulement. Considérez le sentiment d’injustice qu’implique le fait que « [l]es plus rapides ne gagnent pas toujours la course… » (Ec 9,11) : on pense à l’athlète qui est en tête de course des 100 mètres haies et qui frôle l’avant-dernière haie, perd son rythme et se heurte contre la dernière haie. Considérez la courte durée de la carrière d’un joueur de NBA – cinq ans – ou la déception lorsque Ivo Van Damme, médaillé d’argent pour le 800 mètres et le 1500 mètres à l’âge de 22 ans, est mort la même année dans un accident de la route.

Se réjouir devant les sports des J. O. est légitime, mais y rechercher la joie profonde et durable ne l’est pas. En revanche, il existe une joie indicible, glorieuse et éternelle… en Christ (Es 35,10 ; 1 P 1,8).

2. Rassemblement

Une deuxième passerelle entre les J. O. et l’Evangile concerne la notion de rassemblement. Dans nos sociétés occidentales, on a raison d’être préoccupé par le manque de cohésion. On est conscient de la diversité ethnique, linguistique, culturelle… et on doit travailler pour rassembler des personnes qui n’ont peut-être pas beaucoup de centres d’intérêt en commun. L’individualisme et la solitude sont des fléaux dans nos sociétés. La fête des voisins est une idée parmi d’autres qui est destinée à inverser la tendance. Et le sport a une remarquable capacité à rassembler des gens, à transcender des barrières, à créer un sentiment de communauté. On le constate dans les tribunes, avec les chants et les cris des supporters ; on le constate devant l’écran géant ; on le constate lors d’un marathon. Vivent les J. O., événement rassembleur et force unificatrice !

Et pourtant, on n’échappe pas au hooliganisme, à la haine qui peut remonter à la surface entre équipes rivales, aux critiques sévères qu’on adresse aux joueurs dont la prestation laisse à désirer. Le récent documentaire Netflix sur le footballeur David Beckham montre avec quelle aisance un sportif en vue peut devenir un pestiféré national. Pour certains matches de football, il faut déployer 2000 agents de police ! Le professeur Alain Nisus, dans un article sur le sport, énumère les formes suivantes d’idolâtrie et de démesure : « enthousiasme excessif, fanatisme, superstition, déni de la réalité, prétention totalisante, intolérance, aveuglement des masses, ethnocentrisme et nationalisme[3] ».

Il existe une force beaucoup plus impressionnante, puissante, efficace que le sport dans sa capacité à rassembler. Il s’agit de l’Evangile de Jésus-Christ. Certes, nos Eglises locales ne sont pas des rassemblements de personnes parfaites, et le péché peut s’y manifester de façon honteuse. Mais, en Jésus-Christ, les barrières de nationalité, d’ethnie, de rang social, de genre, d’âge tombent. Dans l’Eglise locale, il n’y a « ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre ; mais Christ est tout et en tous » (Col 3,11). En Christ, tout mur de séparation a été renversé ! Nous, croyants en Jésus-Christ, savons qu’il ne peut rien y avoir de plus merveilleux que de pouvoir glorifier Dieu pour le pardon de nos fautes. Et, dans le monde à venir, nous serons rassemblés en une foule immense – on ne saurait compter le nombre de personnes, comme on peut le faire dans un stade de football. Ce rassemblement réunira des personnes de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue (Ap 7,9). Et voici ce que nous crierons d’une voix forte : « Le salut est à notre Dieu qui est assis sur le trône et à l’Agneau » (Ap 7,10).

3. Representation[4]

En guise de troisième passerelle entre les J. O. et l’Evangile, reconnaissons-le : pour beaucoup de personnes, le sport correspond à une religion. Des auteurs chrétiens[5] relèvent, par exemple, des rites quasi-religieux tels que l’allumage de la flamme olympique ; le signe de croix que font beaucoup de footballeurs avant d’entrer sur le terrain ; la cérémonie de remise de médailles. Le stade peut s’apparenter à un temple. Il y a les fêtes sportives, les hymnes en début de match, les chants durant le match, les héros, les martyrs.

Dans cette perspective, gagner peut être extrêmement important. Considérons ce qui se passe souvent dans l’esprit du supporter qui soutient une équipe. Il ne connaît pas les joueurs, mais ces joueurs le représentent. Et si leur prestation n’est pas à la hauteur, ce supporter se sent lésé. Des recherches montrent comment l’emploi des pronoms reflète le désir chez les spectateurs de s’associer avec les gagnants et de prendre des distances avec les perdants : « Nous avons gagné », ou « Ils ont laissé filer notre occasion d’être champions nationaux ![6] »

La pression pour obtenir de bons résultats peut grandir lorsque de grandes sommes d’argent sont en jeu. La corruption et le dopage ne sont pas des phénomènes rares dans le sport de haut niveau. Les joueurs et les supporters peuvent s’embourber dans une sorte d’esclavage de la victoire – ce qui entraîne le découragement, voire des larmes ou la dépression en cas de défaite. Nous connaissons bien l’image de l’athlète qui a la tête courbée, le visage entre ses mains. Son monde est en train de s’écrouler, estime-t-il…

Le croyant en Jésus-Christ connaît les moyens d’être libéré d’un tel esclavage. Car il a une représentation qui prime par rapport à toute autre représentation possible, et c’est une représentation qui satisfait l’âme. Jésus-Christ a vécu une vie parfaitement exempte de toute corruption, de toute triche, de tout truquage. Et cette vie compte en faveur de toute personne qui est unie au Christ par la foi. En lui, nous, êtres humains corrompus, sommes parfaitement justes – non pas en nous-mêmes, mais du fait d’être revêtus de la justice du Christ (Ph 3,9 ; 2 Co 5,21). Il suffit de se confier en lui.

J’avoue que je suis fier lorsque Elise Mertens bat une tête de série supérieure dans le classement en tennis ; lorsque Nafissatou Thiam remporte la médaille d’or en heptathlon ; lorsque Romelu Lukaku marque un but. En perspective biblique, je peux l’être, pourvu que mon identité ne se trouve pas là, mais en Christ.

4. Rigueur

En quatrième lieu, penchons-nous sur le ressourcement qu’offre le sport ainsi que la rigueur qu’implique l’entraînement[7]. Les J. O. servent à inspirer maintes personnes à pratiquer un sport. Nous les êtres humains, créés en image de Dieu, possédons une âme et un corps. Cela arrive à des croyants de négliger le corps au nom d’une certaine spiritualité mal placée. Ce n’est pas parce que notre corps est le temple du Saint-Esprit (1 Co 6,19) que nous pouvons négliger d’en prendre soin. Le livre des Proverbes nous permet de comprendre la sagesse de vivre en adéquation avec la création (cf. Pr 3,19). Il est normal de nous nourrir, de nous reposer, de respecter une certaine hygiène de vie.

Dans cette perspective, le sport peut être précieux. Considérons 1 Timothée 4 : « Rejette les contes profanes de vieilles femmes. Exerce-toi plutôt à la piété. En effet, l’exercice physique est utile à peu de chose, tandis que la piété est utile à tout, car elle a la promesse de la vie présente et de la vie à venir » (1 Tm 4,7-8). Ainsi l’apôtre Paul exhorte Timothée à repousser la fausse doctrine ; dans le verset précédent, il l’a déjà exhorté à embrasser la bonne doctrine. Et il poursuit en parlant de ce à quoi la bonne doctrine donne normalement lieu, à savoir la piété.

Paul reconnaît ici dans 1 Timothée 4 que l’exercice corporel, lorsqu’on le prend au sérieux, implique la discipline, la rigueur, l’entraînement. Faire du footing le soir implique de transpirer. Faire partie d’une équipe de rugby implique de l’effort. Jouer au hockey implique de la coordination, de la discipline, de l’entraînement. Propos mineur ici chez Paul : un peu de sport ne fait pas de mal, y compris (dans le contexte) au serviteur de la parole – au contraire. C’est utile. Cela peut faire partie d’une hygiène de vie qui est normale, voire saine.

Passons maintenant à son propos majeur. Transposons ce type de discipline. Le genre de rigueur nécessaire pour réussir sa vie dans des domaines séculiers, ou le genre d’entraînement dont font preuve les athlètes de haut niveau, transposé au domaine spirituel, revêt une valeur à tous égards et à tout jamais. Lorsqu’on mène le combat pour mettre à mort les pensées de luxure ou de jalousie, cela a des répercussions bénéfiques pour la vie à venir. Selon le contexte, pour nous qui sommes docteurs de la parole, une telle discipline spirituelle implique une influence au plan éternel : le salut des uns et des autres est en jeu. Relevons le verset 16 : « Veille sur toi-même et sur ton enseignement. Mets-y de la persévérance, car en agissant ainsi, tu te sauveras toi-même ainsi que ceux qui t’écoutent. »

Le sport est utile pour le ressourcement et la rigueur, mais l’Evangile et la piété qu’il entraîne se trouvent dans une autre ligue…

5. Récompense

Enfin, on peut penser au lien entre la récompense pour l’athlète et celle que reçoit le croyant. Les J. O. de Séoul de 1988 m’ont marqué pour une épreuve en particulier. Ben Johnson, le Canadien, a créé la surprise en remportant le 100 mètres face à Carl Lewis. Il a reçu la médaille d’or. Il a même battu le record du monde. Mais on a découvert plus tard qu’il avait été dopé… et il a dû rendre sa médaille. Normalement, comme l’affirme 2 Timothée 2,5, « [l]’athlète n’est pas couronné s’il n’a pas respecté les règles ».

Dans des cas de succès légitime, comment concevoir la récompense ? Une réaction bibliquement appropriée, et qui devrait être celle des croyants, est de glorifier Dieu pour sa grâce commune en rendant l’athlète capable de réaliser l’exploit. Mais, dans le monde, la récompense ne tourne-t-elle généralement pas autour de la gloire de l’athlète ? Ce n’est pas un petit problème : Dieu ne donne pas « [s]a gloire à un autre » (Es 42,8 ; 48,11)…

Par ailleurs, la récompense n’est-elle pas si éphémère ? Dans 1 Corinthiens 9,25, Paul la qualifie d’« une couronne qui se corrompt ». Il fait allusion à une couronne faite de feuillage que recevaient les vainqueurs des courses à l’époque, et il est vrai que les médailles décernées aux J. O. de Paris seront plus durables. Mais Paul parle dans le même verset d’une couronne « qui ne se corrompt pas », d’une couronne spirituelle, que nous recevrons, nous qui persévérerons dans la course chrétienne. Il s’agit de la vie éternelle. Paul peut dire qu’il a « achevé la course » et que la « couronne de justice [lui] est réservée », comme « à tous ceux qui auront attendu » le retour de Jésus-Christ (2 Tm 4,7-8).

Le Nouveau Testament exploite à plusieurs reprises l’image de la course pour encourager la persévérance dans la vie chrétienne (Ph 3,12-14 ; Hé 12,1-2). Le danger nous guette constamment de nous tourner vers telle idole, que ce soit dans le domaine sportif ou ailleurs, et de ne pas nous délecter suffisamment de notre glorieux Seigneur et Sauveur. Paul doit dire aux Galates : « Vous couriez bien. Qui vous a arrêtés pour vous empêcher d’obéir à la vérité ? » (Ga 5,7). Dans le contexte, les enjeux sont de taille et concernent l’Evangile. Des faux docteurs sont en train d’influencer les Galates dans le sens d’embrasser un autre évangile qui n’en est pas un. Il s’agit d’un « évangile » qui consiste à poursuivre la vie chrétienne en faisant confiance à sa propre performance, au lieu de faire continuellement confiance à la performance de Jésus-Christ.

Que Dieu nous donne de rester fermement attachés à la vérité de l’Evangile. Nous sommes en règle avec Dieu par la foi seule. Nous ne participons aucunement à notre salut. Nous nous appuyons uniquement sur le Christ pour connaître l’approbation de Dieu. C’était vrai au moment de commencer la course. Que cela puisse être vrai aujourd’hui et tout au long du reste de la course, en attendant de recevoir la couronne qui ne se corrompt pas.

Conclusion

Ce que tant de nos contemporains rechercheront dans les J. O. ne se trouve durablement et profondément qu’en Christ. En effet, nous avons vu que nous pouvons apprécier la supériorité de l’Evangile sous ces divers angles liés aux J. O. : la réjouissance (en Christ), le rassemblement (qui, en Christ, transcende de nombreuses barrières), la représentation (par le Christ), le ressourcement (et la discipline spirituelle, rendue possible par le Christ), la récompense (gagnée pour nous par le Christ). Que nous puissions profiter de ces passerelles : que notre Seigneur et Sauveur soit dans nos pensées durant les J. O., et que Dieu ouvre des portes pour que nous le proclamions dans notre entourage.


  1. https://www.paris2024.org/fr/dates-jeux-olympiques-paris-2024/ (consulté le 13 février 2024). ↩︎

  2. Ibid. ↩︎

  3. Alain NISUS, « Sport », dans Christophe PAYA, Nicolas FARELLY, dir., La foi chrétienne et les défis du monde contemporain, Repères apologétiques, Charols, Excelsis, 2013, p. 403. ↩︎

  4. Greg STRAIN, « When Too Much Sport Is Barely Enough », The Briefing, le 7 juin 2000 (plus disponible en ligne, le 15 février 2024). ↩︎

  5. NISUS, art. cit., p. 398-405 ; STRAIN, art. cit. ↩︎

  6. Robert B. CIALDINI, Influence, The Psychology of Persuasion, New York, HarperCollins, 2021rev et augm, p. 118-119, italiques dans l’original. ↩︎

  7. Pour le choix du terme « rigueur » pour cette rubrique, je signale ma dette envers ma fille Clara. ↩︎

Calendar9 avril 2024
PersonJames Hely Hutchinson