L’éducation des enfants : avons-nous négligé une considération critique ?

Article

Le 6 décembre 2025, à Lille, se tiendra un séminaire sur l’éducation des enfants. Cette journée aura la particularité – bénéfique (!), nous osons le penser – d’être animée simultanément par Olivier Favre et son fils Joël, avec leur épouse respective, Denise et Anne. Joël et Anne ont aussi des (jeunes) enfants ! A titre d’avant-goût de l’utilité de cette journée de formation, nous vous invitons à profiter de cet article préparé par Olivier et Denise. Inscrivez-vous au séminaire sur le site de l’IBB (rubrique « Prochains séminaires »).

Introduction

Cet article aborde les différents domaines d’apprentissage qui, dans la providence divine, se présentent à nous et nécessitent chacun une approche spécifique afin d’éviter des effets contreproductifs dans la vie de nos enfants.

1 Les différents domaines d’apprentissage qui régissent la vie d’un enfant

Il nous semble que les différents domaines d’apprentissage dans la vie de nos enfants peuvent se résumer à quatre : les lois, les principes, les aptitudes/dons et les libertés.

Dans les lois on trouve :

  • Tout ce qui est explicitement interdit par la Parole de Dieu comme : ne pas voler, ne pas mentir…
  • Tout ce qui est explicitement commandé par la Parole de Dieu comme : être généreux, pardonner, aimer Dieu et son prochain…
  • Tout ce qui est interdit ou commandé par l’Etat[1] comme : payer son ticket de métro, respecter les limitations de vitesse …
  • Tout commandement et tout ordre que les parents donnent à leur enfant. Car, puisque l’autorité parentale est une autorité déléguée de Dieu[2] et que l’obéissance des enfants à leurs parents est un commandement établi par la loi morale de Dieu, désobéir à ses parents veut dire pécher contre Dieu.

En effet, toute désobéissance à ce qui est inclus dans ce domaine d’apprentissage des lois est un péché, car c’est une désobéissance à Dieu qui a établi les lois morales et donné la structure à la société.

Dans les principes on trouve :

  • Toutes les « lois » qui peuvent varier en fonction du contexte, comme, par exemple, le fait de demander à votre enfant de ne pas courir à la fin du culte dans le bâtiment de l’église. Il s’agit d’une « loi circonstancielle », car elle s’applique à ce moment précis et dans un but particulier : ne pas bousculer les personnes âgées ou les gens qui discutent.
  • Dans ce domaine on pourra aussi inclure tous les codes qu’on établit entre nous et nos enfants pour véhiculer un « message codé » par lequel nous nous comprenons. Un exemple pourrait être le fait de demander à notre enfant de ne pas nous interrompre lorsque nous parlons avec un adulte, mais de mettre sa main sur notre bras, pour que nous sachions qu’il veut nous parler, et d’attendre que nous nous adressions à lui.

Ainsi les principes, ce sont ces règles qui peuvent changer en fonction du contexte et qui font qu’on ne régit pas toute la vie de nos enfants avec des lois strictes.

Dans les aptitudes et les dons on trouve :

  • Toutes les aptitudes que presque chacun peut développer : apprendre à lire, faire du vélo, apprendre à nager, faire la vaisselle, passer l’aspirateur…
  • Tous les dons, les talents naturels variés que Dieu a donnés aux uns et pas aux autres, comme un don musical ou artistique, des capacités sportives ou intellectuelles hors du commun… En général, ces talents, même s’ils sont des dons, requièrent beaucoup de discipline et d’entrainement et donc d’encouragement et de soutien de la part des parents pour les développer.

Dans les libertés on trouve :

  • Tout ce qui n’entre pas dans les autres catégories, comme « les goûts et les couleurs », les loisirs et les intérêts variés ainsi que la manière différente qu’on a de faire les choses …

Être sensibilisé à l’existence de ces quatre domaines est critique pour l’éducation de nos enfants. Cela nous permettra d’être attentifs à la manière d’accompagner nos enfants dans leurs différents apprentissages, car chaque domaine nécessite un accompagnement particulier.

2 Le développement des différents domaines d’apprentissage dans la vie de nos enfants

Ces domaines étant bien distincts les uns des autres, il importe de considérer maintenant quels sont les moyens donnés par Dieu pour développer les apprentissages de nos enfants dans chacun d’eux.

Les lois et les principes

Nous abordons ces deux domaines ensemble, car ils sont assez proches.

Chaque enfant, puisqu’il a été créé à l’image de Dieu, a « l’œuvre de la loi de Dieu » inscrite dans son cœur[3], ce qui veut dire qu’au fond de lui-même il a une certaine conscience de ce qui est bien et mal. De ce fait, sa conscience agit comme une sorte de radar qui scanne toute sa vie et émet des jugements moraux (bien/mal) en fonction des valeurs qui l’habitent. Et notre responsabilité de parents est de développer et d’affiner cette conscience morale de nos enfants pour qu’ils sachent de plus en plus précisément ce qui est bien et mal aux yeux de Dieu.

Comment parvenir à les faire progresser dans ce sens ? La clé est de leur donner de réfléchir à leurs incompréhensions et à leurs comportements pécheurs à la lumière des lois de Dieu, des principes qui en découlent et de l’Evangile. Alors qu’ils sont tout jeunes, nous commençons par leur enseigner les commandements de Dieu et les principes que nous en avons tirés sans autres explications puis, lorsqu’ils grandissent, nous leur expliquons de plus en plus « pourquoi » ces règles sont établies et « pourquoi » leur comportement est répréhensible aux yeux de Dieu. Ainsi nous pourrons, par exemple, expliquer à notre enfant que nous n’acceptons pas ses crises de colère parce qu’elles démontrent son manque de maîtrise de soi et l’égocentrisme de son cœur. Ou nous pourrons lui expliquer pourquoi le fait de courir dans le bâtiment de l’église à la fin du culte est une désobéissance au commandement de l’amour du prochain. En agissant ainsi, lorsque notre enfant désobéira, les lois et les principes nous serviront de « pédagogue » pour le conduire à Christ en lui montrant sa culpabilité devant Dieu et son besoin d’un Sauveur.

Dans ces domaines des lois et des principes, l’obéissance attendue de la part de notre enfant est une obéissance immédiate et sans contestation, car, dans ces deux domaines, toute désobéissance est une faute morale et donc un péché aux yeux de Dieu. Et il doit être sanctionné comme tel, même s’il s’agit d’un ordre donné par les parents[4]. C’est pourquoi, en tant que parents, il est capital de bien réfléchir à la façon dont nous nous adressons à nos enfants afin d’éviter, autant que possible, de multiplier les lois et les principes en formulant toutes nos directives sous forme d’ordre qui pourrait irriter notre enfant lorsque cela n’est pas nécessaire[5].

Ayant compris que dans les lois et les principes toute désobéissance est un péché, il est évident qu’il est impossible de renforcer l’apprentissage de notre enfant dans ces domaines au moyen de récompenses, de « primes » ou de « bonus ». Si nous allions dans ce sens, nous lui donnerions l’impression que son obéissance est optionnelle, que sa désobéissance n’est pas grave et qu’en fait il a le choix (il peut obéir s’il désire avoir la récompense, ou désobéir si la récompense ne l’intéresse pas). Considérez l’exemple suivant : Si vous dites à votre enfant « Chaque fois que tu es gentil avec ton frère on mettra une croix sur le tableau, et quand tu en auras dix, tu recevras une récompense », quel message lui transmettez-vous ? « Tu n’es pas obligé d’être gentil avec ton frère, c’est toi qui décides. Et si tu décides de ne pas être gentil, ce n’est pas grave, tu n’auras tout simplement pas de récompense ». Mais est-ce que c’est vraiment le message que vous désirez lui transmettre ? Non, bien sûr, car la gentillesse envers son frère n’est pas une option : c’est une obligation divine.

Par contre, afin d’encourager nos enfants lorsqu’ils ont bien obéi, il peut y avoir de temps en temps, ce qu’on pourrait appeler une « récompense de grâce » par laquelle nous lui montrons que nous sommes conscients des efforts consentis. Par exemple, si vous avez vu que votre enfant s’est abstenu de courir dans le bâtiment à la fin du culte alors que tous ses copains le faisaient, vous pouvez l’encourager en lui disant : « J’ai vu que tu t’es bien comporté, c’est pourquoi je vais t’offrir … ton dessert préféré ». Mais il ne faut pas que cela se passe chaque fois  : un tel encouragement doit rester une « récompense de grâce » et non un dû.

Les aptitudes et les dons

Les aptitudes et les dons sont des domaines dans lesquels il n’y a a priori aucune connotation morale. C’est donc ici que nous pouvons faire intervenir les récompenses de type « primes et bonus » afin d’encourager nos enfants à développer au mieux leurs aptitudes et leurs dons. Et les systèmes variés d’encouragements avec des tableaux, des points, des gommettes, etc. peuvent être très utiles pour les stimuler à progresser et à persévérer. Et si le succès escompté n’est pas au rendez-vous, ce n’est pas grave, car dans ces domaines il n’y a pas de faute « morale ».

Ainsi c’est la responsabilité de chaque parent de réfléchir aux aptitudes qu’il veut développer chez son enfant et aux dons naturels qu’il voit chez lui. Et là il peut y avoir une grande différence entre les familles en fonction de leurs intérêts et des priorités qu’elles établissent. Certaines mettront davantage d’importance sur un domaine alors que les autres en valoriseront un autre comme le sport, la musique, les langues, les arts, les voyages … Et ce qui importe ici, c’est d’avoir des buts réalistes en fonction de l’âge et des capacités des enfants afin de les stimuler sans les décourager et de ne pas projeter sur eux les frustrations des échecs de notre jeunesse.

Les libertés

Dans ce domaine des libertés, nous devons apprendre à laisser notre enfant libre de ses choix, sans pour autant être naïf au point de penser que sa liberté est totale. Car notre enfant est tout d’abord conditionné par sa nature pécheresse puis aussi par son entourage familial en particulier. Par exemple, si vous ne mangez jamais de fruits de mer et que vous faites la grimace quand on vous parle de déguster une huître, votre enfant est libre de les aimer, mais il y a moins de probabilité qu’il en raffole que s’il était né chez un ostréiculteur. Et cela est valable pour des centaines de domaines dans notre vie.

C’est pourquoi, conscients de ce danger, il importe d’essayer de donner un maximum de liberté à nos enfants dans ces domaines qui sont « sans importance », même si leurs goûts et leurs choix sortent des habitudes et des traditions familiales. Alors osons les laisser « explorer et découvrir » des choses, afin de garder notre « rigidité » pour ce qui en vaut la peine.

3 Les dangers mis en lumière par ces différents domaines d’apprentissage dans la vie de votre enfant

Ayant compris à quoi correspondent ces quatre domaines d’apprentissage et comment les développer dans la vie de notre enfant, il importe de terminer cet article en attirant votre attention sur un danger qui nous guette en tant que parents. C’est la manière dont nous verbalisons nos attentes envers nos enfants, en particulier dans les domaines des aptitudes et des dons et dans celui des libertés. Car si elles sont mal formulées, nos exigences peuvent très vite « glisser » des deux colonnes de droite vers celle de gauche (lois). Voici trois exemples :

  • Si vous dites à votre enfant qui colorie : « tu dois dessiner le soleil en jaune ! », par votre façon de formuler les choses vous êtes en train de « transformer » une liberté en une loi. Et si votre enfant choisit de colorier son soleil d’une autre couleur, alors vous vous trouverez contraint de le corriger, car il vous a désobéi.
  • Savoir nager fait partie des aptitudes. Et il n’y a aucune raison de corriger votre enfant s’il ne sait pas nager. Par contre, si vous lui dites  « Je te paie dix leçons de natation et tu dois apprendre à nager pendant ces dix leçons », à nouveau, par vos paroles « maladroites », vous avez fait « glisser » une aptitude dans la colonne des lois.
    Et si votre enfant ne parvient pas à nager au bout des dix leçons, vous serez obligé de sévir ou de vous repentir et demander pardon d’avoir fait pression sur l’enfant d’une façon non biblique et irresponsable. Il aurait suffi de dire « J’espère que tu apprendras à nager » : dans ce cas-là, le cadeau des dix leçons serait resté dans le bon domaine.
  • La question de la nourriture est aussi un sujet délicat qui nécessite beaucoup de sensibilité. En ce qui nous concerne, il nous semble que si nous l’avions abordée sous l’angle d’une aptitude à développer et non des principes rigides, cela nous aurait permis d’éviter bien des punitions et des crises inutiles, en particulier avec l’un de nos fils lorsqu’il était en bas âge.

La liste d’exemples de « glissades » pourrait s’allonger, mais nous espérons que ces trois situations vous ont permis de découvrir l’importance de bien réfléchir avant de donner un ordre à votre enfant. En effet, limitons les ordres exclusivement aux deux premiers domaines.

Pour conclure cet article qui mériterait une plus ample réflexion, nous espérons au moins vous avoir rendus sensibles à l’utilité d’être attentifs à ces différents domaines d’apprentissages tout en sachant qu’en définitive, nous comptons sur la grâce de Dieu pour œuvrer dans la vie de nos enfants. ◼


  1. Car l’Etat a une autorité déléguée de Dieu tant qu’il ne nous demande pas de désobéir à un des commandements divins (Rm 13.1-7 ; 1 P 2.13-17). ↩︎

  2. Ex 20.12 ; Ep 6.1-3. Cela veut dire qu’elle est soumise aux mêmes limites que l’autorité de l’Etat (cf. note 1 ci-dessus). ↩︎

  3. Rm 2.14-15. ↩︎

  4. Ici nous ne parlons pas forcément de châtiment corporel, mais d’une sanction qui démontre que la désobéissance n’est pas acceptable. ↩︎

  5. Ep 6.4. ↩︎

Calendar28 avril 2025
PersonOlivier et Denise Favre