Formation en distanciel ou en présentiel ?

Article

Les raisons pour lesquelles l’Institut Biblique de Bruxelles privilégie la formation en personne

Introduction

Ces deux dernières décennies, nous avons souvent entendu la question suivante : « Est-ce que vous proposez des cours à distance ? » Nous avons dû y répondre par la négative. Depuis la pandémie de la Covid-19, la pression s’est intensifiée dans ce domaine, avec une demande croissante de formations « en distanciel ». Pourquoi résistons-nous à cette pression ? La question est d’autant plus pertinente que le nombre d’Églises sans pasteur augmente en Europe francophone[1], sans parler de tous les endroits où des implantations devraient voir le jour. Dans cet article, nous expliquerons pourquoi nous privilégions le présentiel.

Les avantages du distanciel

Mais d’abord, disons-le de manière explicite : nous ne sommes pas hostiles à la formation à distance. Durant la pandémie, nous avons apprécié la possibilité qui nous a été offerte de maintenir nos cours grâce à Zoom. Peut-être proposerions-nous aujourd’hui un programme en distanciel, à titre de complément à notre formation essentielle, si nos ressources humaines et matérielles étaient suffisamment abondantes. Pour l’instant, sur le papier, notre « offre » à cet égard se borne à deux webinaires gratuits chaque année[2]. Mais il nous arrive de recommander des formations proposées par une institution sœur en distanciel, par exemple dans le but de rattraper un retard dans l’apprentissage du grec ou de l’hébreu. Bien plus, nous reconnaissons que ce mode de fonctionnement comporte plusieurs avantages.

1 - Le distanciel est plus flexible, plus accessible et moins coûteux

D’abord, bénéficier d’une formation en distanciel évite de bouleverser son cadre familial et professionnel. Là où il est question de visionner telle ou telle vidéo enregistrée par le professeur ou de lire tel ou tel manuel qu’il recommande, il est possible de tout simplement choisir les moments pour se laisser instruire sans que cela bouleverse son agenda. Mais, même là où l’on doit respecter un rendez-vous via Zoom (ou l’équivalent) avec un formateur/mentor/professeur, les retombées en termes de sacrifices familial et professionnel restent minimes. Par ailleurs, bien des ressources de qualité qui sont disponibles en ligne sont gratuites ou ne représentent qu’un coût peu élevé. Bref, la formation peut avoir lieu sans devoir envisager de déraciner la famille, de sacrifier son emploi ou de faire des économies. Ainsi, pour certains, dans la pratique, l’option en distanciel est la seule option, la seule formation biblique/théologique envisageable et accessible. Pour l’exprimer de façon plus positive, et si l’on se place dans la perspective d’un organisme basé en Europe qui dispense un enseignement en distanciel, il est réjouissant de pouvoir étendre l’accès aux cours à des frères et sœurs résidant au Québec, en Afrique francophone, en Polynésie…

2 - Le distanciel peut contribuer utilement à la formation

Une deuxième considération porte sur la réalité suivante : n’importe quelle formation biblique/théologique consiste en partie dans l’acquisition de connaissances. Selon la logique d’Esdras 7,10, le point de départ pour un ministère d’enseignement doit être l’étude de la parole de Dieu. Comme je l’ai exprimé en 2011[3] :

La Bible est un long livre. Elle comporte des difficultés[4]. Le serviteur de l’Évangile doit être prêt à transpirer sur un passage après l’autre – à être un ouvrier « qui n’a pas à rougir et qui dispense avec droiture la parole de la vérité[5] », à travailler en vue « d’être capable d’exhorter selon la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs[6] ». À cette fin, des devoirs, des interrogations et des examens peuvent être les amis des étudiants !

Or, une bonne partie de ce type de travail doit s’effectuer seul, en prière devant Dieu, dans son bureau. On peut être « en mode distanciel » et suer sur le sens de la parole de Dieu. Pour ce faire, et sans quitter son bureau, il est possible d’accéder à de nombreux ouvrages, articles et enseignements proposés par les professeurs faisant le plus autorité dans tel domaine. Implicitement, à l’Institut, nous sommes conscients qu’il est possible d’aller loin en s’auto-instruisant à la maison. Les ressources que nous proposons peuvent en effet y contribuer : nous mettons à disposition de très nombreuses vidéos[7] (une par semaine depuis 2013), des recensions[8] (à raison de deux par mois depuis plusieurs années) et des articles de fond[9] (plusieurs chaque année depuis 2007). Nos sites fournissent ainsi une grande quantité de ressources utiles pour le service du Christ qui sont d’ailleurs répertoriées en grande partie selon les catégories de notre cursus en présentiel.

3 - Le distanciel permet de militer contre une « bulle chrétienne » artificielle

Un troisième avantage du distanciel concerne le fait de rester ancré dans la société et dans l’Église locale – dans la « vraie vie ». En effet, se former en présentiel conduit souvent à se trouver dans une « bulle chrétienne » artificielle, sans lien étroit avec ses amis non croyants et avec des croyants « lambda », et parfois même à être déraciné de l’Église locale où l’on a eu l’habitude servir ses frères et sœurs. Plus le contexte dans lequel on se forme est différent de celui dans lequel on servira par la suite, plus grand est le risque d’un clivage malsain entre les outils que l’on acquiert et leur utilisation sur le terrain. Cela peut ainsi conduire à ce qu’un étudiant. soit doué pour communiquer à d’autres étudiants en théologie mais pas pour communiquer aux croyants dans une Église locale.

Nos raisons de privilégier le présentiel

Mais nous restons convaincus à l’IBB que les avantages du présentiel l’emportent largement sur ceux du distanciel – qu’il vaut la peine pour un futur serviteur de l’Évangile à temps plein de se former à temps plein sur trois ou quatre ans, si possible. Pourquoi ? Nous mettrons en évidence douze raisons. Mais posons d’abord quelques jalons bibliques concernant l’importance du présentiel en général.

L’importance du présentiel en général[10]

À l’image de notre grand Dieu tri-un, nous sommes créés pour vivre en communauté, pour développer des relations, pour mener une vie tournée vers autrui (Gn 1–2). Lorsque ce monde ne comptait qu’un seul être humain, la situation de cet être humain n’était pas enviable (Gn 2,18). Être privé du présentiel est une source de frustration qui fait parfois partie de notre expérience dans ce monde déchu. On le constate en lisant le Cantique des cantiques : on y « voit les deux bien-aimés se chercher à tour de rôle et mettre du temps à se trouver[11] ». Paul témoigne de son « ardent désir » de se rendre auprès des Romains, cela depuis de nombreuses années (Rm 1,15 ; 15,23). Ce type de frustration peut même faire partie du combat spirituel. Paul explique aux Thessaloniciens : « nous avons voulu aller vers vous, du moins moi Paul, à une ou deux reprises, mais Satan nous en a empêchés » (1 Th 2,18).

Nous, croyants en Jésus-Christ, ne sommes pas appelés à vivre dans un monastère ni en ermite, mais à avoir une bonne conduite au milieu des non-croyants (1 P 2,12) ; Jésus ne demande pas à son Père d’enlever ses disciples du monde (Jn 17,15).

N’est-il pas frappant de constater que, dans les deux livres les plus courts de la Bible, l’auteur précise à ses lecteurs qu’il a « beaucoup à … écrire » (2 Jn 12 ; 3 Jn 10), mais qu’il préfère leur parler « de vive voix » – littéralement « bouche à bouche » (2 Jn 12 ; 3 Jn 14) ? Et normalement, nous devrions avoir hâte de voir notre Seigneur face à face (Ap 22,4) !

1 - Le présentiel offre un environnement plus propice à la formation

Notre premier constat est donc que le présentiel est « normal », sain, réjouissant et donc propice à la formation. Certes, être temporairement seul devant un écran n’implique pas exactement de tourner le dos à ce constat, et les meilleures formations en distanciel essayent souvent de simuler un environnement sain en mettant sur pied des forums de discussion et d’autres formes d’interaction avec un intervenant ou d’autres étudiants.

Mais lorsque l’on est présent physiquement, la communication est plus efficace, que ce soit en cours, dans le contexte de rencontres de prière, ou pour les conversations pastorales. Outre des difficultés de connexion qui peuvent guetter certaines formes d’expérience à distance, nous connaissons toutes et tous la réalité de concentration plus aisément interrompue lorsque l’on est en train de recevoir un enseignement par écran interposé. Un collègue, qui était étudiant durant les confinements, estime qu’il pose au moins quatre fois plus de questions en présentiel qu’en distanciel ! Pratiquer la « classe inversée[12] » (apprentissage à la maison, suivi par un renforcement et un approfondissement avec le professeur dans un format interactif) marche nettement mieux en présentiel. En somme, toutes choses étant égales par ailleurs, vivre une formation en direct donne lieu à une expérience d’apprentissage qui est supérieure.

2 - Le présentiel est plus compatible avec le caractère relationnel de l’enseignement

En deuxième lieu, en perspective biblique, on apprend dans le contexte de relations. Qu’il s’agisse du pasteur qui instruit le troupeau (p. ex., 1 Tm 4,6-16 ; 1 P 5,1-5) ou des parents qui instruisent leur enfant (p. ex., Prov 1—7 ; Ep 6,4), il n’est pas question d’un simple dispensateur d’informations ou de quelqu’un qui pourrait, en principe, être au loin. Au moment d’écrire ces lignes, je viens de terminer la correction de devoirs en rapport avec une série de cours que j’avais assurée pour une institution de formation. Certains étudiants avaient été en cours avec moi et d’autres ont pu visionner mes enseignements par la suite. J’avoue avoir été plus motivé à corriger les devoirs des étudiants dont j’avais fait la connaissance et qui ont interagi avec moi en salle de cours. Lorsque je pense aux étudiants que j’ai pu servir en présentiel, j’ai plus aisément le réflexe de prier pour eux que pour ceux dont je n’ai pas fait la connaissance. Je ne diminue pas l’utilité de la formation pour les personnes l’ayant suivie à distance, mais elle revêt un aspect « désincarné » qui n’est pas optimal.

3 - Le présentiel permet de rendre visible la vie des professeurs

Cette dernière remarque concernant le côté « désincarné » s’applique également au professeur et m’amène à mettre en avant une troisième raison de privilégier le présentiel. L’impact de la formation est normalement d’autant plus grand que l’étudiant peut constater que le professeur croit et vit ce qu’il enseigne. Ne l’avons-nous pas déjà expérimenté dans l’éducation reçue à l’école primaire ou secondaire ? Les professeurs qui nous ont marqués sont ceux qui ont communiqué leur passion pour la matière qu’ils enseignaient ! Nous avons pu observer que c’était authentique, parce que nous avons pu jouir d’une certaine proximité avec eux.

En perspective biblique, enseignement et vie vont de pair (Esd 7,10 ; 1 Tm 4,16 ; Tt 2,8.10) ; il doit normalement être possible d’observer l’adéquation entre les deux (1 Tm 4,15). Comme je l’ai écrit ailleurs[13] :

L’Écriture souligne que la bonne conduite fait honneur à la bonne doctrine (Tt 2,6-10). Le péché mine la bonne doctrine (cf. 1 Tm 1,8-11). Le fait de s’attacher à la saine doctrine produit l’obéissance (Tt 1,1), tandis que les faux docteurs se reconnaissent à leurs mauvais fruits. Selon Jude 4, rejeter le fait que Jésus est Seigneur consiste peut-être en une vie immorale (cf. Tt 1,16[14]).

4 - Le présentiel rend les professeurs plus accessibles

Une quatrième considération est étroitement liée à la troisième : un étudiant en théologie a généralement à cœur de passer des moments plus privilégiés avec tel ou tel professeur, en binôme ou avec un ou deux camarades, par exemple dans le contexte d’un repas. Cela peut être l’occasion d’approfondir un sujet qui a été abordé en cours, de poser une question en privé ou en petit comité (une question qui ne concerne peut-être pas tous les camarades en cours), d’évoquer un souci théologique ou pastoral, de solliciter un avis concernant une difficulté rencontrée dans le ministère, de demander un conseil en lien avec un futur ministère. La prière peut entourer tous ces cas de figure. Il est parfois possible d’organiser une telle « rencontre » avec un professeur via Zoom, mais lorsque l’on se forme en présentiel, le professeur est disponible – parfois immédiatement, sans préavis.

Selon un professeur australien[15], alors que, par le passé, le contenu dispensé par les institutions de formation était d’une importance capitale, ces jours-ci, ce qui compte davantage, c’est l’aide prodiguée par l’institution à l’étudiant qui doit traiter la surabondance de contenu qui est déjà aisément disponible. En présentiel, le professeur peut expliquer plus en détail les questions en cause, soulever des enjeux, répondre aux questions, animer des tutorats, recommander des lectures, mettre en avant d’autres points de vue. Les professeurs ne sont pas forcément des puits de science, mais ils agissent en médiateur et en traducteur des connaissances au profit des étudiants.

5 - Le présentiel facilite le développement d’une attitude « béréenne »

Mais le professeur sait qu’il peut se tromper, et il est souvent plus facile pour lui de rectifier le tir lorsqu’il est en présence des étudiants, par exemple lors du cours suivant ; et il est souvent plus difficile de corriger une erreur qui a été enregistrée et diffusée sous forme numérique. En fait, le bon professeur fait bien de cultiver une attitude « béréenne » auprès des étudiants. C’est notre cinquième considération. Les Béréens étaient caractérisés par le discernement : ils « examinaient chaque jour les Écritures pour voir si ce qu’on leur disait était exact » (Ac 17,11). L’un des refrains que les étudiants entendent dans mes cours, c’est « Ne croyez jamais le prof ! » Nous souhaitons que les étudiants ne croient le professeur que lorsque celui-ci démontre que ses propos sont clairement conformes aux Écritures. La concrétisation d’une telle attitude « béréenne » est facilitée par des circonstances dans lesquelles l’étudiant peut aisément interrompre le professeur et intervenir – autrement dit, en présentiel.

6 - Le présentiel permet d’exploiter le principe selon lequel « le fer aiguise le fer »

Sixièmement, il ne faudrait pas sous-estimer la valeur des conversations qui ont lieu entre les étudiants. Lors d’un entretien avec le doyen d’une faculté de théologie en Australie où j’allais me former, il m’a expliqué que, dans un contexte résidentiel, on apprend un tiers en cours, un tiers en lisant des livres et en se préparant aux examens, et un tiers en discutant avec des camarades de classe. Ce dernier tiers peut surprendre, mais « le fer aiguise le fer » (Pr 27,17). Quelques semaines avant que je ne rédige ces lignes, un étudiant à temps plein a spontanément déclaré devant une caméra que ce qui l’avait le plus touché durant sa première année de formation à temps plein, c’étaient « les pauses entre les cours, où on a pu échanger sur nos convictions, sur ce que nous avons pu comprendre, et moins bien comprendre[16] ». On forge souvent ses convictions en formulant ce que l’on croit, en étant en interaction avec quelqu’un d’autre qui expose un point de vue contraire (cf. Pr 18,17) : « du choc des idées jaillit la lumière » ! Une autre étudiante à temps plein évoque le fait d’avoir dû se repentir d’une attitude blasée par moments – repentance rendue possible par les réactions enthousiastes de ses camarades de classe[17]. Un étudiant encore témoigne de ce que l’apprentissage des langues bibliques est plus facile en communauté : la persévérance et les efforts nécessaires sont favorisés par l’encouragement réciproque (cf. Hé 10,24). Je me souviens encore aujourd’hui de conversations avec des confrères de ma promotion à la faculté de théologie qui ont été déterminantes pour forger des convictions bibliques qui me sont chères depuis les années 1990.

7 - Le présentiel empêche un clivage malsain entre connaissances et caractère

Pour nos septième et huitième raisons de privilégier le présentiel, considérons des clivages bibliquement inadmissibles.

En perspective biblique (p. ex., Rm 12,1ss ; Ph 1,9-11 ; Col 1,9-13 ; Tt 1,1-3 ; Jc 1,23 ; 1 P 1,22–2,3), la parole de Dieu que l’on étudie est le moteur de croissance dans la maturité spirituelle. C’est ce qu’on trouve dans la pratique du vécu des étudiants et des anciens de l’Institut. Parfois la croissance est étonnamment rapide ! Il est certes possible d’étudier les Écritures et de passer à côté de l’essentiel (cf. Jn 3,10 ; 5,39) ; dans notre contexte, cela consisterait à adopter une attitude tronquée et pervertie vis-à-vis du cursus, en ne s’intéressant, par exemple, qu’au vocabulaire grec ou qu’à un diplôme comme une fin en soi. Mais normalement, cela se remarquerait assez rapidement dans notre contexte communautaire.

Si l’on se forme seul dans son bureau, personne (en dehors de Dieu) ne pourra savoir si, face à l’exigence biblique dans tel ou tel domaine de sa vie, la repentance a lieu ou non. En revanche, si l’on se forme en présentiel, un camarade de classe ou de groupe de prière est susceptible de demander comment on réagit à telle ou telle vérité biblique. Ou encore, si un étudiant n’avait plus envie de prier lors de notre journée la plus importante du semestre qu’est la journée de prière, cela ne passerait pas inaperçu. Il est difficile de se cacher là où l’on se réunit en personne !

Dans le cadre d’une formation à distance, le risque existe également que l’acquisition de connaissances soit déconnectée du relationnel. Durant un confinement de 2020, mon pasteur Stephen Orange a mis le doigt sur ce qui manque à l’« église virtuelle »[18] : nous pouvons éviter de nous engager véritablement dans la recherche des relations au sein de l’Église locale. Nous ne sommes alors plus confrontés au défi de devoir agir ainsi : « En toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l’amour » (Ep 4,2). Dans un contexte de confinement, nous gardons nos distances avec les autres. L’étudiant qui se forme en distanciel court un risque semblable. Il doit veiller à ce que les nouvelles convictions qu’il acquiert trouvent leur expression dans son contexte d’Église locale ; sinon, il court le danger que la formation reste théorique et abstraite.

8 - Le présentiel empêche un clivage malsain entre connaissances et service

Si les connaissances et le caractère vont de pair, il en va de même pour les connaissances et le service (p. ex., Esd 7,10 ; 2 Co 4,13 ; 1 Tm 4,6-7 ; 2 Tm 2,2 ; 2 Tm 3,16–4,2 ; Tt 1,9). À l’IBB, la semaine la plus importante de l’année est notre semaine d’évangélisation. L’école se répartit en quatre équipes qui se mettent à l’œuvre en partenariat avec des Églises pour annoncer l’Évangile sur le terrain. Certaines réactions à la suite de ces semaines sont récurrentes et nous réjouissent : des étudiant(e)s font remarquer qu’on devrait faire de l’évangélisation plus souvent, et/ou ils commentent le fait qu’ils sont motivés pour retrouver les bancs de l’école en vue d’être davantage équipés pour un tel service sur le terrain – notamment pour les conversations avec les différents types de personnes qu’ils rencontrent (Nord-Africains, Témoins de Jéhovah, catholiques pratiquants…).

Ainsi, le but n’est pas de « se former » tout court, mais de « se former en vue de servir le Maître ». Le présentiel permet d’éviter un clivage malsain entre connaissances et service. À l’IBB, outre des stages intensifs, les étudiants réguliers s’impliquent obligatoirement dans un stage tout au long de chaque semestre, en parallèle avec les études, au sein d’une Église locale.

9 - Le présentiel permet de renforcer l’ADN d’une Église locale en bonne santé

Neuvièmement, l’expérience de formation en présentiel peut pourvoir à un deuxième lieu, complémentaire à l’Église locale, où de bons réflexes ministériels sont développés. Voici quelques exemples. (1) Supposons que l’Église locale pratique la prédication expositive (textuelle). L’institution de formation peut former les étudiants à cette approche de la prédication – et la mettre en pratique dans le cadre de ses rencontres (notamment lorsque les professeurs apportent une prédication dans le cadre de la « chapelle », dans notre cas à l’IBB). (2) Une Église locale en bonne santé met l’accent sur l’évangélisation et la prière. L’institution de formation peut être un second lieu où l’étudiant observe ces valeurs à l’œuvre et est incité à les vivre. (3) L’Église locale souhaite inculquer à ses membres une certaine « culture » au sein des groupes de quartier qui se réunissent en semaine – une culture d’écoute humble de la parole de Dieu, d’application de cette parole à la vie de chacun(e), d’encouragement réciproque en s’attachant à « exprimer la vérité dans l’amour » (Ep 4,15). Les séries de cours de l’institution de formation (dont notamment « Atelier biblique » dans notre cas) équipent les étudiants à servir dans la même perspective, et l’ambiance de la communauté au sein de l’institution donne le ton pour l’encouragement réciproque par la parole.

10 - Le présentiel facilite des synergies bénéfiques entre maîtres de stage, aumôniers et professeurs

Notre dixième considération concerne l’avantage que le présentiel offre en termes d’optimisation de la formation selon les particularités de chaque étudiant(e). Lorsque l’on se forme en ligne, on se retrouve souvent à être soi-même l’arbitre de ses forces et de ses faiblesses – et seul à déterminer, en conséquence, les accents dans la formation. Dans le cadre d’une institution de formation, une équipe de professeurs/aumôniers (qui sont souvent en même temps des pasteurs expérimentés) évaluent les forces et les faiblesses des étudiants. Cette équipe dispose d’un réseau de maîtres de stage et est en bonne posture pour proposer le stage idéal pour remédier à telle ou telle faiblesse ou pour aiguiser tel ou tel don chez l’étudiant. Avant la fin de la formation sur trois ou quatre ans à temps plein, l’étudiant a une porte ouverte pour consulter de nombreux acteurs (l’ayant servi pour des stages, en tant qu’aumônier et/ou en cours) ; il a confiance en eux, et il a développé une amitié avec eux qui peut se révéler précieuse dans la poursuite de l’œuvre de l’Évangile.

11 - Le présentiel permet d’empêcher des candidatures inappropriées au ministère

Mais tout le monde ne devrait pas viser le ministère pastoral. L’avant-dernier avantage du présentiel que nous voudrions mettre en avant réside dans le fait qu’il peut servir à empêcher que des personnes non qualifiées entrent dans le ministère.

Un ministère assumé par une personne non qualifiée peut occasionner toutes sortes de dégâts, affectant les frères et sœurs de l’Église où la personne a commencé à œuvrer, et affectant également la famille de cette personne. L’un des fléaux qui donnent parfois lieu à des abus spirituels et qui jettent le discrédit sur nos milieux évangéliques, ce sont les pasteurs auto-proclamés qui ne rendent de comptes à personne.

N’importe quelle institution de formation qui décerne des diplômes (que ce soit en distanciel, en présentiel, ou les deux) doit insister sur le fait que le diplôme en soi ne correspond pas à une invitation à assumer la charge d’une Église locale. Les Écritures prescrivent des critères pour le service pastoral dont nous avons discuté dans un autre article[19]. Les formateurs en présentiel sont bien placés pour connaître le caractère et les dons des personnes qui voudraient se former et pour proposer des évaluations en cours de route. Ils ajoutent une couche de redevabilité (voire un « garde-fou ») à ce qui existe au sein de l’Église locale.

12 - Le présentiel facilite la formation en vue d’un ministère qui soit durable

Notre dernière considération réunit plusieurs des considérations précédentes. La majorité des lecteurs de ces lignes connaissent sans doute plusieurs bons pasteurs qui ont malheureusement abandonné le ministère[20]. L’objectif de la formation, qui est en tout cas prioritaire chez nous, est un ministère durable[21]. Le réseau de soutien développé durant les années de formation, les moments de formation continue, ainsi qu’une équipe à l’Institut qui prie contribuent à cette durabilité. Il s’agit là d’une « belle œuvre » (1 Tm 3,1) mais aussi d’une œuvre exigeante (p. ex., 1 Tm 5,17 ; 2 Tm 2,3). Difficile d’imaginer un chirurgien qui « bricolerait » sa formation : on ne confierait pas son enfant à un tel « chirurgien ». Semblablement, il devrait être impensable qu’un pasteur « bricole » sa formation : les enjeux sont trop grands. Il a besoin d’outils – de convictions théologiques justes, de réflexes ministériels qui glorifient Dieu, de compétences pour « dispense[r] avec droiture la parole de la vérité » (2 Tm 2,15), de résistance face aux critiques et à la souffrance[22]. Il y a quelques années, nous avons ajouté une série de cours au cursus : « Préparation aux épreuves dans le ministère pastoral ». Je remercie les pasteurs chevronnés David Vaughn et Olivier Favre d’avoir assuré cette formation importante. Merci de prier avec nous pour les diplômés de l’Institut, afin qu’ils continuent à exercer un ministère « fidèle, compétent et consacré », pour la gloire de Dieu, conformément à notre vision[23].

Conclusion

Je suis abonné à Zoom. J’en suis même « fana » ! Cela me réjouit de pouvoir me connecter avec des amis dans toutes sortes de pays, et même si j’ai pris l’habitude de prier pour que les interruptions pour cause de mauvaise connexion soient minimisées, la communication se passe généralement bien. Contrairement à l’expérience de certains, Zoom ne me fatigue pas. J’ai tiré grand bénéfice de webinaires. J’ai croisé d’innombrables frères et sœurs qui ont évoqué les bienfaits de tel ou tel enseignement en ligne. Je suis dans la joie lorsque j’entends parler de conversions survenues grâce au visionnage de telle ou telle vidéo sur YouTube. Nous n’avons aucune intention de diminuer la publication de ressources numériques sur nos sites.

Mais nous avons vu dans cet article que le distanciel a ses limites et que la formation en chair et en os présente de nombreux et considérables avantages. Dans la formation en vue du ministère pastoral, il est difficile de comparer la valeur du distanciel à celle du présentiel. Mais Matthieu Gangloff, qui a exercé un ministère pastoral et qui est actuellement professeur dans une institution sœur, m’a donné l’autorisation de le citer quant à son expérience de différents modes de formation en théologie. Il considère que dix ans à raison de deux soirées par semaine correspondent à un an en présentiel. Cela sonne vrai dans la perspective de mon expérience[24]. Mais la valeur d’amitiés développées dans une école biblique est difficile à quantifier, voire difficile à surestimer.

Mettre toute une année à part, voire plus, pour suivre une formation en personne peut certes coûter cher. Mais je n’ai encore croisé personne qui regrette un tel choix : au contraire, j’ai souvent entendu des témoignages de frères et sœurs qui sont reconnaissant(e)s d’avoir effectué cette démarche et d’avoir consenti les sacrifices nécessaires à cette démarche. J’ai aussi croisé des personnes ayant regretté de ne pas l’avoir fait… Mais ce n’est peut-être pas trop tard pour vous ou pour les personnes que vous conseillez ?

James HELY HUTCHINSON[25]


  1. https://www.infochretienne.com/articles/selon-le-cnef-les-evangeliques-ont-besoin-de-former-au-moins-1000-pasteurs-dans-les-dix-prochaines-annees/ (consulté le 10 juillet 2024). ↩︎

  2. https://www.institutbiblique.be/seminaires (consulté le 10 juillet 2024). ↩︎

  3. Dans l’éditorial du Maillon, été-automne 2011, p. 3, https://www.institutbiblique.be/maillon?x=ete-automne-2011 (lien consulté le 15 octobre 2024). ↩︎

  4. 2 P 3,16. ↩︎

  5. 2 Tm 2,15. ↩︎

  6. Tt 1,9. ↩︎

  7. Les Mini-Méditations du Mercredi : https://www.institutbiblique.be/videos. Vous pouvez aussi vous abonner à notre chaîne YouTube : https://www.youtube.com/@InstitutBibliquedeBruxelles (liens consultés le 4 octobre 2024). ↩︎

  8. https://www.bibliodok.com/ (lien consulté le 4 octobre 2024). ↩︎

  9. https://www.institutbiblique.be/articles (lien consulté le 4 octobre 2024). ↩︎

  10. Cf. https://www.youtube.com/watch?v=TyslOxtDN8w (consulté le 12 juillet 2024). ↩︎

  11. Bible d’étude Semeur 2000, Cléon d’Andran, Excelsis, 2001, p. 937. ↩︎

  12. Je remercie Toni ARNAUD, ancien professeur de physique en France et actuel étudiant à temps plein en 2e année, d’avoir attiré mon attention sur cette terminologie. Sans avoir connu l’expression, nous pratiquons, depuis de nombreuses années, la classe inversée pour certaines matières. ↩︎

  13. Sacrés désaccords !, Une méthode pour trier mes convictions quand d’autres ne croient pas comme moi, Marpent, BLF, 2023, p. 119 (italiques dans l’original). ↩︎

  14. Thomas R. SCHREINER, 1, 2 Peter, Jude (New American Commentary 37), Nashville [Tennessee], B & H, 2003, p. 440. ↩︎

  15. https://michaelfbird.substack.com/p/the-future-of-seminaries-is-not-what (lien consulté le 11 juillet 2024). ↩︎

  16. https://www.youtube.com/watch?v=HatdA_BMs70&t=97s (lien consulté le 11 juillet 2024). ↩︎

  17. Ibid. ↩︎

  18. https://www.youtube.com/watch?v=Ujse8FXCOwk (lien consulté le 11 juillet 2024). ↩︎

  19. https://www.institutbiblique.be/article?x=le-service-de-l-evangile-a-temps-plein-suis-je-en-bonne-voie&p=3 (lien consulté le 12 juillet 2024). ↩︎

  20. Cf. http://www.eglisededemain.com/media/00/00/1682824166.pdf (lien consulté le 12 juillet 2024). ↩︎

  21. Cf. la rubrique « Impact durable » qui figure dans un numéro sur deux de notre magazine Le Maillon à partir de 2021 (https://www.institutbiblique.be/maillons, lien consulté le 12 juillet 2024). ↩︎

  22. Pour une liste complète, https://www.institutbiblique.be/article?x=le-service-de-l-evangile-a-temps-plein-suis-je-en-bonne-voie&p=3 (lien consulté le 12 juillet 2024). ↩︎

  23. https://www.institutbiblique.be/vision (lien consulté le 12 juillet 2024). ↩︎

  24. Au début des années 90, je me suis formé par le biais de cours par correspondance avec une faculté de théologie avant de rejoindre cette faculté à temps plein en personne. ↩︎

  25. Je remercie les nombreux collègues et l’étudiant qui ont amélioré et/ou enrichi cet article grâce à leurs réactions à une ébauche. ↩︎