Si vous lisiez déjà le Maillon en 2017, vous vous souvenez de ce que nous avons publié un numéro spécial pour marquer les 500 ans de la Réforme (les articles restent d’actualité[1] !). En parallèle avec cette publication, nous avons diffusé une vidéo[2], tournée intentionnellement sur la Grand Place de Bruxelles. Ce choix d’emplacement a été motivé par un événement survenu en 1523, à savoir le décès, en cet endroit, des deux premiers martyrs de la Réforme. Il convient de consacrer quelques lignes à cet événement 500 plus tard[3].
Petit récapitulatif : par la providence de Dieu (et non l’intention de Martin Luther), la Réforme est lancée le 31 octobre 1517 lorsque les 95 thèses sont affichées sur la porte de la cathédrale de Wittenberg. Petit à petit, la vérité de l’Evangile – il suffit aux êtres humains de placer leur foi en Christ pour connaître le salut face au jugement que leurs péchés entraînent – gagne du terrain.
Pourtant, Charles Quint, né à Gand et souverain sur un empire qui englobe de grands pans de l’Europe, s’oppose à la Réforme. Il institue une inquisition d’Etat dans les Pays Bas (englobant l’actuelle Belgique). Adhérer à l’Evangile peut coûter cher : torture, confiscation de biens, peine capitale[4].
Les premiers martyrs s’appellent Henri Voes et Jean van Esschen. Ils appartiennent à un couvent augustinien à Anvers. Arrêtés et incarcérés à Vilvoorde avec les autres de ce couvent dès juin 1522, ils auraient pu abjurer et rentrer à Anvers comme les autres… mais ils tiennent bon. Le 1er juillet 1523, ils sont brûlés au bûcher sur la Grand Place de Bruxelles. Selon l’historien Emile Braekman[5] :
Pendant que les flammes montaient, un des deux s’écria : « Il me semble voir des roses répandues » [« Mich geduncktt man strewe mir rosen under »], puis ils chantèrent le Te Deum[6] et récitèrent le Symbole des Apôtres[7]. Le supplice dura quatre heures.
Avant la fin du mois, Martin Luther est au courant de ce développement[8]. Le mois suivant, il compose « Un beau Chant des deux Martyrs de Christ, brûlés à Bruxelles par les sophistes de Louvain » :
Un nouveau chant nous entonnons,
Que notre aide soit au Seigneur !
Ce qu’il a fait nous chanterons
A sa gloire et à son honneur.
A Bruxelles, dans les Pays-Bas,
Au moyen de deux jeunes gens,
Il révéla sa puissance
Merveilleuse, en les décorant
Richement de ses plus beaux dons.
Le nom du premier était Jean,
Riche de la grâce de Dieu.
Henri, son frère par l’Esprit,
Etait sans fraude un vrai chrétien.
De ce monde étant séparés,
Ils ont la couronne gagné.
Comme de vrais enfants de Dieu
Ils sont morts pour sa Parole,
Dont ils ont été les martyrs[9].
Il y a cent ans (1923), on a essayé de marquer cet anniversaire. Monique Weis explique :
…[U]n vitrail représentant le martyr des deux augustins est offert à la Ville de Bruxelles espérant qu’il puisse rappeler dans la capitale ce moment si important de l’histoire protestante (et de l’histoire tout court)… Financé par la Société d’Histoire du Protestantisme belge, l’œuvre assez classique est due au Suisse Louis Rivier, inspiré par les martyrologes du XVIe siècle. Le vitrail est finalement relégué dans les caves du Musée de la Ville ; sa portée symbolique est vite oubliée[10].
Ce que les êtres humains oublient ou étouffent, notre grand Dieu n’oublie pas. A l’Institut, nous sommes persuadés que le combat mené par les Réformateurs garde toute sa pertinence aujourd’hui. Nous continuons, en effet, à œuvrer en vue de promouvoir l’Evangile, persuadés que « Dieu sauve l’homme par sa seule grâce, au moyen de la seule foi en Christ seul, révélé par l’Écriture seule, et pour la seule gloire de Dieu[11]. »
https://www.institutbiblique.be/maillon?x=numero-special-sur-la-reforme (consulté le 26 septembre 2022). ↩︎
https://www.youtube.com/watch?v=oaDu_jqzUXk (consulté le 26 septembre 2022). ↩︎
Nous avons préparé cet article sous l’impulsion de Jean-Pol Vilain qui a aussi pourvu à deux des sources citées. Nous lui en savons gré. ↩︎
Pour ce paragraphe et le suivant, nous nous appuyons sur Emile M. BRAEKMAN, Le protestantisme belge au 16e siècle, Carrière-sous-Poissy, La Cause, 1997, p. 52-54. ↩︎
Ibid., p. 54. ↩︎
NDLR du Maillon : Un chant en latin dont la première ligne veut dire « Nous te louons, ô Dieu ». ↩︎
NDLR du Maillon : Une confession de foi qui commence par « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant ». ↩︎
Emile BRAEKMAN, « Exécution des premiers martyrs de la réforme », Evangile et Liberté, https://www.evangile-et-liberte.net/elements/archives/101.html, consulté le 27 septembre 2022. ↩︎
Ibid. ↩︎
« Les troubles du XVIe siècle dans la mémoire bruxelloise », Bruxelles Patrimoines 11-12, 2014, p. 20. ↩︎
Jacques NUSSBAUMER, « Les 5 solas, entre slogans et confession de foi », https://point-theo.com/les-5-solas-eSntre-slogans-et-confession-de-foi/amp/, consulté le 27 septembre 2022. ↩︎